Il est délicat de déterminer si la mort de Ziad Abou Ein – un des chefs du Fatah en Cisjordanie – lors d’une manifestation dans le nord de Ramallah mercredi, conduira à une poussée de violence plus large.

Le risque est bien là, particulièrement après l’annonce de la décision de l’Autorité palestinienne d’arrêter la coordination sécuritaire avec Israël.

Un des collègues du Fatah d’Abu Ein, Jibril Rajoub, du Comité central du Fatah, a déclaré au Times of Israel que tous les aspects de la coordination sécuritaire seraient suspendus indéfiniment, et, en outre, que l’Autorité palestinienne avait l’intention de se tourner vers de nombreuses organisations internationales avec la requête d’accepter la Palestine comme État membre dès que possible.

Dans un entretien différent, Rajoub a ajouté que les dirigeants palestiniens se rencontreraient mercredi soir afin de s’accorder sur des décisions formelles sur ces questions.

Pourtant, la situation sur le terrain, au moins actuellement, est bien différente des déclarations de Rajoub dans la presse.

Mercredi après-midi, la coopération sécuritaire à tous les niveaux a été maintenue entre Palestiniens et Israéliens. Aucun officiel palestinien n’a formellement informé Israël d’une démarche d’arrêt de la coopération.

Tout au contraire, même en ce qui concerne la mort d’Abu Ein, le coordinateur des activités du gouvernement dans les Territoires, le Général major Yoav (Poli) Mordechai et son homologue palestinien, Hussein Al-Sheikh, se sont mis d’accord pour permettre à un médecin légiste israélien de participer à l’autopsie d’Abu Ein (un ami d’Al-Sheikh) avec des médecins jordaniens.

Ironiquement, et peut-être tristement, les détails de l’incident lui-même ne sont plus aussi pertinents. Les Palestiniens ont décidé qu’Abu Ein est un shadid (un martyre) qui a été tué dans un affrontement avec l’armée israélienne. Cela malgré les témoins visuels qui maintiennent qu’Abu Ein a été seulement bousculé pendant la manifestation.

Dans les photos et les images vidéos de certains de ses derniers moments, on voit Abu Ein en train de parler avec un officier israélien et de lui crier dessus, mais il n’y a pas de violence. Même après, lorsqu’Abu Ein ne se sentait pas bien, il s’asseoit sur le sol, mais il n’y a aucun signe de violence autour de lui. Est-il possible que des problèmes cardiaques aient causé sa mort ? Certainement.

Le problème, qui est similaire à d’autres cas de l’histoire du conflit israélo-palestinien, est que les faits ne sont pas nécessairement la question clef. Cela explique pourquoi le potentiel pour l’escalade est si réel.

Sur fond de stagnation économique pour les Palestiniens et d’augmentation des incidents violents entre les Palestiniens et les habitants des implantations, même un décès qui a pu être causé par une santé fragile pourrait annoncer le commencement d’une longue et dangereuse détérioration de la situation sécuritaire.

Abu Ein, âgé de 55 ans, est un des personnages les plus connus des journalistes israéliens couvrant la Cisjordanie. Il parle couramment hébreu, a passé en tout 13 ans dans les prisons israéliennes, – sa première incarcération était lié au dépôt d’une bombe dans une poubelle à Tibérias et au meurtre de deux adolescents israéliens. Il était un proche de Marwan Barghouti, le commandant de la milice Tanzim du Fatah.

En avril 2002, Barghouti s’est caché dans la maison d’Abu Ein où il a finalement été arrêté par l’unité sous couverture de l’armée. Ce journaliste a visité la maison et a parlé plusieurs fois à Abu Ein au sujet de l’arrestation de Barghouti. Celui-ci a passé un appel téléphonique imprudent qui a conduit à la découverte de sa résidence et à son arrestation dans la maison d’Abu Ein.

Dans les dernières années, Abu Ein s’était concentré sur la question des prisonniers. Il était présent à chaque libération de prisonniers et était fréquemment interrogé par la presse israélienne. Malgré son passé de terroriste, au cours des années passées il était considéré comme l’un des membres les plus modérés du Fatah et soutenait les négociations et le dialogue avec Israël.

Récemment, il était devenu le chef de l’office qui coordonne l’opposition aux implantations et la barrière de sécurité dans un poste qui est équivalent à celui d’un ministre.

Très probablement, mercredi soir, nous saurons si l’annonce d’arrêter la coordination sécuritaire était simplement une menace vide ou si l’Autorité palestinienne a réellement l’intention de la mettre en pratique.

Les décisions que l’Autorité palestinienne prendra établiront probablement la direction générale dans laquelle nous nous dirigeons. Si une décision formelle de mettre un terme à la coordination sécuritaire entre Israël et l’Autorité palestinienne est prise, et que l’Autorité palestinienne se tourne effectivement vers les organisations internationales pour en devenir membre, une escalade des hostilités sera plus proche que jamais.

D’un autre côté, si les officiels de l’Autorité palestinienne font preuve de retenue, tout cela pourrait être évité.