Le Musée des Pays de la Bible de Jérusalem a présenté jeudi soir ce qu’il appelle le plus ancien livre de prières juif – ou siddour – connu lors d’une cérémonie privée.

On estime que le petit manuscrit, de la taille d’un iPhone 4s, a 1 200 ans d’âge. Il comporte environ 50 pages, avec une écriture hébraïque couvrant chaque page épaisse.

Il est la propriété de Steve Green, le descendant d’Oklahoma City des proprietaires de la chaîne nationale de magasins Hobby Lobby qui detient la collection Green, avec plus de 40 000 antiquités bibliques. Les membres de la famille sont de fervents chrétiens, descendants de prédicateurs, et les principaux bailleurs de fonds des ministères évangéliques.

Ils ont constitué ce qui est considéré comme la plus grande collection privée au monde de textes et d’objets bibliques rares et entendent l’utiliser comme la base du futur Musée de la Bible de huit étages à Washington, DC, un projet familial estimé à 800 millions de dollars. Le livre de prières fera partie de la collection du musée.

Green était sur place jeudi soir pour présenter le siddour, actuellement presenté à côté de textes similaires dans le cadre de l’exposition temporaire

Le Livre des Livres. Avant d’être dévoilé, Green l’a montré au Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui l’a examiné et l’a salué comme un « lien entre notre passé et le présent, et un objet de grande valeur. »

Mais certains chercheurs ont exprimé des doutes sur le fait que le recueil de prières ait été écrit en un seul morceau. Montré jeudi soir sans couvercle de verre, la directrice du musée Amanda Weiss a déclaré que « ce livre doit être étudié ».

« Je suis sûre que ce sera le sujet de nombreuses thèses de doctorat », a déclaré Weiss.

La provenance et le contenu du livre de prières sont déjà des objets sur lesquels débattent plusieurs universitaires et des experts de la langue hébraïque. Avec pas moins de 10-15 écritures différentes dans le texte, et un curieux mélange de prières et poèmes liturgiques, les experts se demandent quand le livre a été écrit.

« Après avoir vu seulement des photos de l’ouvrage, et non l’original, il semble que les pages sont authentiques, mais c’est une question qui reste à préciser», a déclaré Matthew Morgenstern, professeur d’hébreu à l’université de Tel Aviv.

Selon Morgenstern, qui a travaillé sur des matériaux similaires de la même période, le siddour contient les prières du service quotidien du matin, des poèmes liturgiques et des extraits de la Haggadah de Pessah.

Il estime que c’est étrange qu’un livre de prières reunisse ces trois sujets disparates. Il a également mentionné la taille des pages, qui sont similaires, mais inégales.

Un expert sur ​​la reliure de manuscrits pourrait « probablement vous dire en cinq minutes » si les feuilles de l’ouvrage ont été cousues ensemble au Moyen Age ou dans des temps plus modernes », a déclaré Morgenstern.

« Il y a ici beaucoup de battage », a déclaré Morgenstern. « Ce n’est pas logique ; où est la preuve ? »

« Le livre de prières a circulé entre les mains d’antiquaires et de marchands de livres pendant une longue période avant d’être acquis par la Fondation Green », a déclaré Ben Outhwaite, chef de l’Unité de Recherche de Gueniza à la Bibliothèque de l’Université de Cambridge, qui possède la plus grande collection au monde de manuscrits juifs médiévaux.

« Il fait l’objet d’attention depuis plusieurs années, mais les gens étaient réticents à s’en occuper », a déclaré Outhwaite. « Ils voulaient être sûrs. A Cambridge, nous n’aurions jamais pu travailler dessus parce que ses origines sont obscures ».

Pour Weiss, la directrice du musée, le texte a appartenu à une famille pendant des générations avant de se retrouver sur le marché des antiquités.

En regardant le siddour sur écran, Green a ajouté qu’il y a eu « beaucoup d’intrigues autour du livre, » qui a été clairement écrit par « plus d’une main. »

« Il y a beaucoup de questions auxquelles il faut répondre, » a-t-il dit. « Il faudra à nos experts des années pour déterminer sa signification. Mais nous avons pensé qu’il serait utile à la collection ».

Selon Outhwaite, « Steve Green doit avoir été satisfait » de la provenance de texte, sinon il ne l’aurait pas acheté.

Il est difficile de déterminer la provenance d’un tel texte, disent les experts, principalement parce qu’on en a trouvés très peu qui aient été écrits après la période des Manuscrits de la Mer morte et avant celle de la Gueniza du Caire.

La Fondation Green a effectué un test au carbone 14 sur le livre de prières, un processus dans lequel un centimètre carré d’une page est brûlé et testé afin de déterminer son âge. Les experts ont affirmé qu’il a été écrit dans la première moitié du IXe siècle.

Les résultats des essais de carbone ont surpris Outhwaite, qui a affirmé que les photos du livre ont montré un texte qui ressemblait à ce qu’il possède dans la bibliothèque de Cambridge et datant du 11ème siècle.

Pourtant, sans recherche approfondie, il est difficile de déterminer certains faits saillants sur le livre.

« C’est la première instance d’un manuscrit d’un temps mort », a déclaré Outhwaite. « Il est vraiment important de savoir s’il provient véritablement de cette période. ».

Morgenstern et Outhwaite ont tous deux déclaré que les Green ne présenteraient jamais sciemment un objet discutable.

Néanmoins, dit Morgenstern, les informations sur le livre doivent être clarifiées.

« Il a été présenté au public comme un siddour, » a-t-il ajouté, « avant d’avoir obtenu certaines réponses. »

Le livre de prières historique sera montré au public dans le musée pendant les quatre prochaines semaines, jusqu’à ce que l’exposition ferme après Souccot.