Alors que l’armée israélienne est aux prises avec les infrastructures souterraines du Hamas, les tunnels terroristes et les tirs de roquettes, les Israéliens intériorisent progressivement la longue préparation à ce conflit qu’a pu mener le régime islamiste de Gaza ainsi que le cynisme de sa stratégie.

Deux semaines après ce conflit, et en dépit de l’immense ampleur des frappes israéliennes sur les cibles du Hamas – environ 100 roquettes par jour sont encore tirées sur Israël – l’offensive terrestre se révèle tout sauf simple, avec un Hamas manifestement capable d’infliger un nombre important de victimes et amenant l’armée israélienne toujours plus profondément dans la bande de Gaza.

Si cela apparaît de plus en plus consternant pour les citoyens israéliens, les stratégies du Hamas ne sont pas une surprise pour l’armée israélienne ou pour les dirigeants politiques. Pendant des mois, les chefs militaires ont mis en garde à la fois contre la menace étendue des roquettes du Hamas et contre la construction du « Gaza souterrain ».

Nous écrivions il y a cinq mois – je n’étais certainement pas parmi les premiers à le savoir – au sujet des ateliers de production des roquettes M-75 de Gaza dirigées vers Tel Aviv, au sujet des tunnels transfrontaliers, et au sujet du ​​réseau souterrain dont le Hamas se sert pour cibler les forces terrestres israéliennes, pour abriter ses installations de commandement et pour protéger son leadership.

Mais le fait d’en être conscient, cependant, n’a pas rendu le défi moins complexe. Alors que le nombre de victimes de l’armée israélienne augmente et que le Hamas peut à la fois se vanter de tuer des Israéliens et de diffuser de terribles vidéos et photos de victimes civiles palestiniennes, ce défi aux stratèges d’Israël s’avère considérable.

L’objectif déclaré du Premier ministre Benjamin Netanyahu pour ce conflit était d’atteindre une sécurité durable et d’apporter la quiétude au peuple israélien – des objectifs qui demeurent essentiels. Mais le Hamas n’a aucun intérêt à offrir cela à Israël. Son objectif global déclaré reste la destruction de l’Etat d’Israël. Son objectif intermédiaire est de s’assurer que son autorité dans la bande de Gaza soit maintenue et puisse prospérer, en faisant souffrir Israël au maximum, et ce quel que soit le coût pour les habitants de Gaza.

Comme le chef de son bureau politique, Moussa Abou Marzouk, a déclaré à Mahmoud Abbas la semaine dernière au Caire : « Que représentent 200 martyrs par rapport à la levée du siège ? » – une référence au blocus sécuritaire israélo-égyptien qui a tellement affaibli l’économie de Gaza que cela a nui à la position du Hamas avant même qu’éclate ce conflit.

Alors que les pertes d’Israël augmentent à Gaza, sa répugnance à envoyer des troupes dans les pièges de la mort du Hamas semble susceptible d’entraîner d’autres scènes comme celles de Shejaiya dimanche matin – avec fatalement des pertes humaines à Gaza, Israël se trouvant pris dans un étau : l’impératif de s’attaquer au Hamas, et d’autre part, l’utilisation cynique du Hamas des habitants de Gaza pour le protéger.

L’idée que le nombre de morts à Gaza pourrait entraîner le Hamas à rechercher un cessez-le-feu semble très exagérée. « Que représentent 200 martyrs… » avait demandé Abou Marzouk…

D’où l’importance du refus de Tzipi Livni, dans une interview vendredi soir à la télévision, d’éliminer la possibilité que ce conflit s’étende au point où Israël en finisse avec le Hamas une fois pour toutes. Les journalistes de la Deuxième chaîne sont presque tombés de leur chaise que le membre le plus « colombe » du cabinet israélien affirme ne pas exclure une telle option.

Quand le Hamas jubile à la mort de soldats, quand le défi posé par ses tunnels et par ses roquettes s’aggrave, quand Israël devient contraint de s’enfoncer toujours plus profondément dans la bande de Gaza, quand l’image d’Israël est salie, mais aussi lorsque la détermination du Hamas et sa capacité à tuer des Israéliens reste puissante, Tzipi Livni et le reste de la direction israélienne peuvent difficilement rejeter l’idée d’une invasion à grande échelle pour renverser le régime du Hamas. Et c’est ce vers quoi nous nous dirigeons probablement.