On ne saura qu’avec le recul si la violence à Jérusalem depuis le meurtre abominable de Muhammad Abu-Khdeir en juillet peut être qualifiée de troisième Intifada. Pourtant, ce que le meurtre de mercredi de Chaya Zissel Braun a montré, au-delà de la cruauté de l’acte et la tension durable à Jérusalem, c’est la perspicacité de la stratégie du Hamas pour renverser l’Autorité palestinienne en Cisjordanie en assassinant sans relâche des Israéliens innocents.

C’est l’une des manières dont Israël devrait interpréter les récentes évolutions de la situation à Jérusalem.

Lorsque Abdel Rahman al-Shaludi, membre du Hamas et proche d’un ancien chef de l’aile armée de l’organisation, a transformé sa voiture en arme mortelle mercredi, il a agi, que cela ait été planifié ou non, exactement selon les plans d’un coup d’État du Hamas dévoilés en août.

Dans le même temps, le Shin Bet a déclaré qu’il avait dévoilé un plan du Hamas pour « renverser l’Autorité palestinienne et prendre le contrôle de la Judée et de la Samarie ».

On se faisait déjà une idée du coup d’État : l’encerclement d’Al-Muqata (siège de l’AP) et le renversement du président de l’Autorité palestinienne.

Pourtant, ce que le Shin Bet a découvert était en réalité un plan, coordonné depuis les quartiers généraux du Hamas en Turquie, pour établir un réseau de cellules terroristes. Ce réseau devait comprendre un total de 93 agents « qui destabiliseraient la situation sécuritaire en Cisjordanie et mèneraient une série d’attaques graves en Israël ».

Le Shin Bet n’a pas dit la suite : Israël, comme à Gaza, critiquerait l’Autorité palestinienne, la tension monterait, et au final, Israël riposterait. Cela affaiblirait l’Autorité palestinienne au point que le Hamas pourrait entrer en action et finir le travail.

Et les réactions à l’attentat terroriste ont été, en effet, inhabituellement dures et dirigées directement contre l’Autorité palestinienne du président Mahmoud Abbas.

Le ministre de la Défense Moshe Yaalon, s’exprimant depuis Washington, a déclaré qu’ « il n’y a pas, et qu’il n’y a jamais eu, de culture de paix au sein de l’Autorité palestinienne, mais plutôt une culture de haine et de djihad contre les Juifs ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a considéré que le Hamas était responsable, mais aussi Abbas « qui, il y a seulement quelques jours, a incité à attaquer les Juifs à Jérusalem », a-t-il déclaré.

Le Hamas, bien sûr, ne peut revendiquer à son compte la tension croissante et la violence constante dans la partie nord de la ville depuis le meurtre de juillet.

D’autres forces opèrent aussi, la friction au mont du Temple et le status quo qui sépare de nombreux résidents arabes de Jérusalem Est de la Cisjordanie, et qui ne sont pas affiliés, au moins par la citoyenneté, à Israël.

Pourtant, il est clairement dans l’intérêt de l’organisation d’entretenir l’instabilité afin que la moindre petite étincelle puisse déclencher une troisième Intifada.

« Je le dis et je le répète, je ne reconnais pas d’Intifada », a insisté le ministre de l’Intérieur Yitzhak Aharonovitch mercredi après l’attaque terroriste.

Au lieu de cela, a-t-il déclaré, il y a eu « une augmentation des incidents » depuis peu, mais c’est une augmentation qui, avec l’aide d’une présence policière renforcée dans la capitale, « sera maîtrisée ».

Pour Aharonovitch et la police israélienne, ce ne sera pas une mince affaire. Il faut espérer que la situation soit réglée avant que le feu ne passe par-dessus la barrière pour se propager en Cisjordanie.