Tzipi Livni doit bien au peuple d’Israël de démissionner du gouvernement et d’expliquer clairement qu’un accord de paix global est possible avec Mahmoud Abbas mais que le Premier ministre Benjamin Netanyahu empêche cet accord, a déclaré le député du parti Meretz Nitzan Horowitz

S’adressant mercredi au Times of Israel, le député de gauche a déclaré qu’il avait suivi le processus de négociations avec un intérêt proche de l’obsession, à la fois à travers les rencontres avec Abbas et d’autres Palestiniens et en tant que membre de la commission des affaires étrangères et de la défense, car c’est crucial pour l’avenir d’Israël.

Il a déclaré qu’il était certain qu’Abbas était prêt à une vraie réconciliation entre les peuples israélien et palestinien.

Si toute la responsabilité entière pour l’échec de négociations ne devrait pas retomber sur les Israéliens, Horowitz a déclaré qu’Israël était la partie la plus forte.

La triste vérité était que « Netanyahu ne veut pas d’une réconciliation historique ». Abbas, au contraire, « a prouvé de toutes les manières possibles qu’il était un partenaire qui voulait aller de l’avant. »

Livni sait tout cela très bien, a-t-il expliqué. Elle est absolument convaincue qu’Abbas est prêt pour cet accord, souligne-t-il. Elle doit à Israël une explication claire et démissionner pour cela.

« Voilà pourquoi j’ai dit qu’elle devrait se lever et quitter le gouvernement. Demandez-lui [pourquoi elle ne l’a pas fait], a-t-il dit. Elle est une feuille de vigne maintenant. C’est l’assistante de Netanyahu. Elle n’a rien à faire dans ce gouvernement… Elle pense ‘Je représente un petit parti [son groupe, Hatnua, dispose de six sièges sur 120 au parlement]. Que ferais-je dans l’opposition ? »

Horowitz, s’exprimant avec la rédaction du Times of Israel à Jérusalem, a déclaré que ça avait été une « grande erreur » d’Israël de suspendre les négociations lorsque Abbas a obtenu un pacte d’unité avec le Hamas le mois dernier.

Si le nouveau gouvernement palestinien accepte les quatre principes du Moyen Orient, la reconnaissance d’Israël, l’acceptation des précédents accords, la renonciation à la violence et au terrorisme, « alors c’est une bonne chose. Cela sert nos intérêts. Si cela mène à une modération du Hamas, c’est excellent, mais il faudra voir… La pire des erreurs est pourtant de mettre un terme aux négociations pour cela… Nous nous faisons seulement de mal à nous même avec cette démarche. »

Il a déclaré qu’Abbas n’était pas simplement un partenaire pour un accord mais pour une « réconciliation historique ». C’est « bien plus qu’un arrangement politique sur des frontières ». Pourtant, il n’y avait pas d’empressement réciproque dans le gouvernement de Netanyahu. « Je ne vois pas ce désir chez Netanyahu et de nombreux ministres, c’est triste pour moi de le dire », a déclaré Horowitz.

Il a déclaré que c’était une erreur de ne pas faire confiance à Abbas parce qu’il avait refusé d’accepter l’offre de paix de l’ancien Premier ministre Ehud Olmert en 2008. « Olmert ? Nous savons bien qui il est et ce qu’il fait », a déclaré le député Meretz, faisant une allusion à la récente condamnation de l’ancien Premier ministre pour corruption.

« Même à l’époque, il était allé au bout. Abbas aurait signé un accord avec quelqu’un accusé de corruption » et aurait pu se retrouver avec un bout de papier sans valeur entre les mains. « Cela aurait dû être validé, passer par la Knesset. Ce n’était pas un accord réglé. »

Âgé de 49 ans, Horowitz, un ancien journaliste et membre de la Knesset depuis 2009, a souligné la coopération sécuritaire actuelle entre Israël et la Palestine comme un signe de bonne foi de la part d’Abbas.

Soixante-dix Palestiniens ont été tués l’année dernière, y compris la semaine dernière, au cours de la manifestation le Jour de la Nakba à Beitunia, « apparemment de manière injustifiée. Vous vous imaginez ce qu’Israël aurait dit si deux Israéliens avaient été tués dans de telles circonstances ? », a-t-il demandé.

La police palestinienne arrête les extrémistes islamiques. Nous avons des années d’un calme sans précédent, une coopération économique. Abbas déclare qu’il s’oppose de tous les moyens possibles à la violence, qu’il ne soutient pas l’idée du ‘droit du retour’, il évoque les frontières de 67 avec des échanges de territoires… »

L’exigence de Netanyahu qu’Abbas reconnaisse Israël comme un Etat juif était la preuve que le Premier ministre n’était pas prêt pour une réconciliation. « C’est un effort pour contraindre Abbas de mettre une kippa, de chanter Hatikva et de dire qu’il est sioniste.

Cela n’aura pas lieu. C’est la même chose qu’avec le juge Jubran [Arabe israélien de la Cour suprême] quand certains membres de partis de droite se sont plaints qu’il n’avait pas chanté Hatikva [à une cérémonie en 2012]… C’est une volonté de pousser les gens dans des coins. »

Questionné sur son affirmation qu’Abbas a abandonné son exigence pour le ‘droit du retour’, Horowitz a noté que le président palestinien a lui-même déclaré publiquement qu’il ne sentait pas avoir le droit de retourner et de vivre sur son lieu de naissance, à Safed. Une renonciation formelle de cette exigence pourrait être raisonnablement attendue seulement « à la fin, dans le cadre d’un accord global », lorsque Israël aura également fait les compromis nécessaires sur Jérusalem, les implantations et d’autres sujets fondamentaux.

« A ce que je sais, il abandonne vraiment l’exigence d’un ‘droit de retour’, a réaffirmé Horowitz en déclarant que Livni souscrit à cette déclaration. » En fin de compte, c’est la question qui définit le peuple palestinien. C’est un compromis historique.

Les Palestiniens le comprennent de mieux en mieux. Je crois que qu’il en parlera dans le cadre d’un accord général. Il ne peut pas le dire dès le départ, parce qu’il perdrait le soutien de la rue palestinienne… Lorsqu’il y aura un accord, des frontières, [une entente sur] un Etat palestinien viable, alors oui, il le fera. »

Malheureusement, au cours de neufs derniers mois de négociations, a expliqué Horowitz, les parties « n’ont discuté de rien [de concret]. C’est notre côté qui a empêché cela. Il a déclaré qu’Abbas lui avait confié que même si les négociations n’allaient nulle part, il ne voulait pas les abandonner alors qu’il y avait une « lueur d’espoir ».

Pourtant, le Premier ministre « ne voulait, ou ne pouvait pas [avancer], et l’on ne sait pas pourquoi. Sa politique, son idéologie, son environnement, peut-être tous ses facteurs… Peut-être a-t-il peur. Cela vient peut-être de sa famille. Je ne sais pas… Si Bibi signe un accord, il y aura une majorité à la Knesset et dans le pays. Il ne le veut pourtant pas. C’est une question de force de dirigeant. »

Horowitz a déclaré que Netanyahu considère son gouvernement comme stable, la situation sécuritaire est relativement calme, alors pourquoi entrerait-il dans un processus qui pourrait lui créer des migraines politiques, et lui apporter l’opposition de la droite ? « Le statu quo peut cependant changer. Nous sommes témoins d’un regain d’incidents. J’ai le sentiment que sans horizon politique, sans espoir, ce sera le chaos. Peut-être pas tout de suite, mais cela viendra. »

Il a expliqué être convaincu qu’Abbas souhaite un accord, et Livni aussi en est convaincue. « J’apprécie l’effort qu’elle a fait, a-t-il déclaré. Je lui ai néanmoins dit hier quand dans la situation actuelle, après que les négociations aient déraillé, après qu’elle ait fait l’effort personnel de rencontrer Abbas [à Londres la semaine dernière] et ait été humiliée [par ses collègues ministres au sujet de cette rencontre], elle n’a strictement rien à faire dans ce gouvernement. Elle devrait se lever et partir. Elle se fait du tort à ce niveau. »

Il a suggéré qu’elle était totalement réticente à l’idée d’abandonner son poste ministériel. « Parfois, c’est difficile d’abandonner son siège », a-t-il déclaré. « Maintenant c’est trop, tout est fini. Pas seulement pour elle. Elle, [et ses collègues du parti de centre gauche] Amram Mitzna et Amir Peretz, devraient se lever et partir. »

Horowitz explique que mettre la faute de l’échec de négociations sur Abbas nous aide à nous sentir mieux. « Nous l’avons accusé de tous les maux, des accidents de la route, de tout, tout est sa faute. En quoi tout cela aide-t-il ? Nous fuyons les vraies questions. Certaines personnes déclarent sans pincettes ‘Nous avons l’intention d’annexer les territoires’. Cela je peux le comprendre. »

« Je sais où nous en sommes [avec ces personnes]. Tous les jeux de Netanyahu, toutes ses excuses ne sont pas compréhensibles. »

« Alors, Abbas s’en est allé et a signé 15 accords internationaux [tandis que les négociations ont échoué au début d’avril]. Il a signé un traité sur les droits des enfants. Peut-on me dire où est le problème ? Ne serait-il pas utile qu’ils honorent le traité en Palestine ? »

« Nous fuyons sans cesse le vrai problème : la réconciliation, et la reconnaissance du fait qu’à l’arrivée des Juifs ici, cette terre n’était pas entièrement vide. Il y a un autre peuple qui habite ici. Il a aussi des droits. Je suis un partisan fervent d’un Israël juif et démocratique. Il y a également un autre peuple ici. »

Horowitz a déclaré que les Palestiniens ont également commis des erreurs. Faisant référence au Palestinien de 16 ans qui a poignardé un soldat israélien dormant à côté de lui dans le bus à Afula en novembre, il a déclaré que des « choses doivent changer des deux côtés. Nous n’avons pas le luxe de nous priver d’un accord sur cette terre. C’est une petite terre. C’est tellement dommage parce que nous en avons la possibilité. »

Il a souligné que si de nombreux Israéliens déclarent vouloir se séparer des Palestiniens, il croit que la vraie réconciliation est le chemin nécessaire. « C’est une erreur de penser que nous ne voulons pas traiter avec ces Palestiniens, que nous voulons construire une barrière, qu’ils seront de l’autre côté et que nous ne les verrons pas. C’est une approche raciste : ‘Je ne veux pas de ces Arabes.’ Voilà pourquoi je parle vraiment de paix, et de réconciliation. Il n’y a pas d’avenir sur cette terre sans une réconciliation juive et arabe. Regardez Jérusalem : la moitié de la ville est arabe. »

Horowitz a insisté sur l’importance des traités de paix d’Israël avec l’Egypte et la Jordanie comme des précédents fondamentaux. « Où en serions-nous si nous n’avions pas de paix avec l’Egypte et la Jordanie ? Rappelez-vous de ce que les gens disaient à l’époque [du président égyptien Anouar] Sadate. Les gens oublient la guerre du Kippour et les milliers de victimes. Il y a eu des moments [au cours de nos guerres les plus amères] où nous avons pensé que notre patrie juive risquait d’être détruite. »

Il explique que « les avantages pour Israël, les opportunités, sont tout simplement incroyables » si un accord peut être atteint. « Notre peuple a erré pendant des siècles. La réconciliation avec l’autre peuple, cette paix, sera le ciment de notre place sur cette terre… La paix fera disparaître les points d’interrogation [sur nos droits ici]. »

Ce qu’il appelle « la barrière de séparation » n’a pas été mise en place par accident, explique-t-il. « Cela reflète plus ou moins nos plans [d’un accord permanent]. Et c’est ce qui aura lieu. »

« La plupart d’entre eux, la plupart d’entre nous le savent. La seule question est de savoir combien de temps, combien d’argent, combien de victimes faudra-t-il encore attendre avant que n’ait lieu ce qui aurait dû avoir lieu il y a bien longtemps. Maintenant, tout n’est pas de notre faute, et le jeu consistant à désigner des coupables ne m’intéresse pas. J’attends avec impatience de voir comment nous pouvons parvenir à un accord. Et nous pouvons vraiment y parvenir. »

Il a ajouté : « Je siège à la commission des affaires étrangères et de défense. Je vois cela de près. Je vois les occasions que nous manquons. Quand il s’en ira, qui va lui succéder ? Michelle Obama ? Quelqu’un de plus extrême viendra… Je ne le dis pas dans l’intérêt d’Abbas, des Palestiniens, mais dans l’intérêt de l’Etat d’Israël. L’Etat d’Israël dispose de quelqu’un qui a prouvé de toutes les manières possibles qu’il est un partenaire souhaitant aller de l’avant. »

Il a aussi critiqué Yair Lapid, le chef du parti Yesh Atid, pour ne pas avoir pris position sur cette question.

Pourtant Lapid n’est pas dans la pièce des négociations pour voir les choses en direct, lui a-t-on demandé. « C’est exact », a répondu Horowitz. « Je parle d’elle. Je suis très en colère contre elle à cause de ce qu’elle fait. Très en colère. Elle devrait partir. »