JTA – Que se cache-t-il derrière la menace de Netanyahu de dissoudre sa coalition pour la réforme des médias ? C’est la question que beaucoup se posaient en Israël dimanche, quand le Premier ministre Benjamin Netanyahu a menacé de dissoudre son gouvernement pour empêcher une réforme des médias publics. Selon les médias israéliens, Netanyahu a dit samedi à ses ministres qu’à moins que la création d’un nouveau radiodiffuseur financé par l’Etat ne soit annulée, « nous organiserons des élections ».

Netanyahu a ignoré les questions de journalistes à ce sujet au moment où il partait pour une visite diplomatique en Chine samedi soir, et son bureau n’a pas répondu aux demandes de confirmation de JTA.

Netanyahu et son ministre des Finances, Moshe Kahlon, s’affrontent publiquement depuis des mois sur le lancement prévu du nouveau radiodiffuseur, qui devait être plus indépendant politiquement que son prédécesseur. Après avoir soutenu la législation de 2014 qui a créé « Kan », Netanyahu a mené les efforts pour l’enterrer. Pour sa part, Kahlon s’est opposé au projet de Netanyahu pour plutôt remanier l’Autorité de radiodiffusion d’Israël (IBA), qui était autrefois fustigée, car de plus en plus chère et hors de propos.

Jeudi dernier, quelques heures après que Kahlon a annoncé une rupture avec son allié de longue date, Netanyahu, sur ce sujet, les deux hommes ont conclu un compromis qui permettrait à Kan d’être lancé le 30 avril. Netanyahu avait accepté d’abandonner son opposition en échange d’un soutien de Kahlon à une législation qui permettrait au gouvernement de superviser toutes les chaînes de télévision et toutes les radios du pays.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) avec le ministre des Finances Moshe Kahlon lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 11 août 2016. (Crédit : Emil Salman/Pool)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) avec le ministre des Finances Moshe Kahlon lors de la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 11 août 2016. (Crédit : Emil Salman/Pool)

Mais samedi, sur Facebook, Netanyahu a déclaré qu’il avait « changé d’avis », laissait les observateurs se torturer pour comprendre pourquoi le Premier ministre, maître de la survie politique, mettrait en jeu son gouvernement de droite. Voici quelques-unes des théories qui sont discutées en Israël.

Netanyahu est devenu fan de l’IBA

Sur Facebook, Netanyahu a attribué sa volte-face aux « histoires déchirantes » qu’il avait entendues en rencontrant vendredi les employés de l’IBA. Quelque 1 000 employés devraient perdre leur emploi à la fermeture de l’Autorité, et beaucoup ont protesté contre cette décision.

Netanyahu a également cité des estimations, selon lesquelles il serait moins cher de remanier l’IBA que de lancer une nouvelle corporation. « Alors, pourquoi avons-nous besoin de la corporation ? », a-t-il demandé.

Cependant, les nombres du Trésor contredisent les estimations de Netanyahu. Et peu d’Israéliens croient qu’il a soudainement développé un faible pour les employés de l’IBA. Dans le passé, il les avait férocement critiqués, affirmant qu’ils étaient des gauchistes qui soutenaient le terrorisme.

Jeudi, des sources du ministère des Finances ont déclaré aux médias israéliens que « Netanyahu semble avoir oublié les avoir qualifier de membres du Hamas et a adopté une loi pour limiter leur intégration dans le [nouveau] radiodiffuseur. »

L'Autorité de radiodiffusion d'Israël, à Jérusalem, le 6 mars 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’Autorité de radiodiffusion d’Israël, à Jérusalem, le 6 mars 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il craint la colère de Kan

Des détracteurs et des alliés de Netanyahu ont suggéré que sa principale inquiétude était que le nouveau radiodiffuseur se retourne contre lui. David Bitan, le président de la coalition, avait déclaré en août que Kan avait déjà été « piraté par des gens dont l’agenda est gauchiste et anti-gouvernemental. »

En août, Netanyahu lui-même aurait posé une question rhétorique aux employés de l’IBA : « Que se passera-t-il si tout le monde au sein de la [nouvelle] corporation vient de Breaking the Silence [une association de gauche] ? »

Certains commentateurs ont cependant affirmé que le désir de Netanyahu de contrôler la couverture médiatique n’expliquait pas pourquoi il demandait de nouvelles élections, puisqu’il ne pourrait pas réellement attendre d’un autre futur gouvernement qu’il l’aide à annuler Kan.

« Tout d’abord, précisons que dans tous les cas, la [nouvelle] corporation ne sera pas fermée. Avec ou sans élections, elle lancera ses programmes télévisés, radiophoniques et numériques le 30 avril, et l’Autorité de radiodiffusion d’Israël cessera d’exister », a écrit dimanche Yossi Verter dans Haaretz.

Les nouveaux locaux de la société de radiodiffusion publique, à Tel Aviv, le 29 août 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Les nouveaux locaux de la société de radiodiffusion publique, à Tel Aviv, le 29 août 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Il essaie d’éviter d’être mis en examen

La police a interrogé Netanyahu quatre fois dans le cadre de deux enquêtes sur des faits présumés de corruption. Même si Netanyahu a répété moult fois qu’ « il n’y aura rien parce qu’il n’y a rien », certains ont supposé qu’il pouvait chercher une excuse pour appeler à de nouvelles élections afin d’empêcher la police de recommander sa mise en examen, ce qu’elle fait traditionnellement pendant une campagne jusqu’à la fermeture des bureaux de vote.

Les analystes politiques de la Deuxième chaîne ont suggéré que les enquêtes pouvaient être un facteur de motivation pour le Premier ministre. Mais évidemment, après les élections, il n’y aurait rien pour empêcher la Justice d’avancer, d’autant plus facilement si Netanyahu n’était plus Premier ministre.

La police arrive à la résidence du Premier ministre à Jérusalem pour interroger Benjamin Netanyahu, le 6 mars 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La police arrive à la résidence du Premier ministre à Jérusalem pour interroger Benjamin Netanyahu, le 6 mars 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il veut mettre la coalition à ses pieds

Dernièrement, la coalition de Netanyahu a semblé de plus en plus difficile à contrôler. En plus de la rupture entre Netanyahu et Kahlon, le député du Likud Yehuda Glick a publié un texte de 700 mots sur Facebook pour déplorer ce qu’il dit être une culture de la peur au sein du Likud.

Le président du parti HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, et le président du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, à la Knesset, le 22 juillet 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le président du parti HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, et le président du parti Yisrael Beytenu, Avigdor Liberman, à la Knesset, le 22 juillet 2015. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

La semaine dernière, le ministre de l’Education Naftali Bennett et d’autres membres du gouvernement ont publiquement affronté Avigdor Liberman, ministre de la Défense, sur sa menace de suspendre le financement public d’une académie religieuse prémilitaire de l’implantation d’Eli, en Cisjordanie, si le rabbin controversé qui la dirige ne démissionnait pas. La semaine précédente, le ministre des Transports Yisrael Katz et le député du Likud Avi Dichter ont tous les deux annoncé qu’ils se présenteraient pour être Premier ministre une fois que Netanyahu ne serait plus là.

Etant donné ces médisances ministérielles, beaucoup ont interprété la menace de Netanyahu d’appeler de nouvelles élections comme une tentative de remettre de l’ordre. Dimanche, soutiens et détracteurs ne différaient que sur la probabilité de succès de cette tentative.

Dans Israël Hayom, Mati Tuchfeld a rendu hommage au leadership du Premier ministre dans ces conditions difficiles. « Ce n’est pas simplement le radiodiffuseur, et ce n’est pas simplement Kahlon, a-t-il écrit. C’est aussi Naftali Bennett, qui, il y a à peine quelques jours a déclaré que Netanyahu négligeait le sionisme religieux. C’est aussi Liberman, qui même s’il apparait être le partenaire le plus fiable de Netanyahu, a tenu des propos sur la fermeture de la yeshiva d’Eli qui ont placé le Premier ministre dans une impasse. »

D’autre part, Nahum Barnea a conclu dans Yedioth Ahronoth que Netanyahu était voué à « s’auto-détruire » pendant son quatrième mandat de Premier ministre, tout comme ses anciens homologues britanniques Margaret Thatcher et Tony Blair.

Sa femme et son fils lui ont dit d’agir ainsi

Enfin, certains ont accusé la femme que les Israéliens adorent détester, l’épouse de Netanyahu, Sara.

Sima Kadmon a écrit dans Yedioth Ahronoth que Sara Netanyahu avait demandé à son mari de prendre des mesures car elle n’aime pas certains journalistes embauchés par Kan.

« Il est évident pour quiconque est proche du Premier ministre que quelque chose se passe quand Netanyahu est sensible à l’influence de ses proches, a-t-elle écrit. Mesdames et messieurs, réveillez-vous. C’est votre Premier ministre. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara à leur arrivée à la cour des magistrats de Tel Aviv pour leur procès en diffamation contre le journaliste Yigal Sarna, le 14 mars 2017. (Crédit : Moti Kimchi/Pool/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son épouse Sara à leur arrivée à la cour des magistrats de Tel Aviv pour leur procès en diffamation contre le journaliste Yigal Sarna, le 14 mars 2017. (Crédit : Moti Kimchi/Pool/Flash90)