10 000 Druzes israéliens rassemblés en solidarité avec leurs pairs en Syrie
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10 000 Druzes israéliens rassemblés en solidarité avec leurs pairs en Syrie

Environ 250 druzes syriens ont été tués cette semaine dans des attaques de l'Etat islamique - le plus gros coup porté à la communauté en 7 ans de guerre civile

Des hommes druzes dans le Golan israélien se rassemblent à proximité de la frontière syrienne, brandissant leur drapeau communautaire, après avoir entendu parler d'un attentat suicide à la bombe dans le village druze syrien de Hader, le 3 novembre 2017 (Crédit :  Jalaa Marey/AFP)
Des hommes druzes dans le Golan israélien se rassemblent à proximité de la frontière syrienne, brandissant leur drapeau communautaire, après avoir entendu parler d'un attentat suicide à la bombe dans le village druze syrien de Hader, le 3 novembre 2017 (Crédit : Jalaa Marey/AFP)

Ce sont environ 10 000 Druzes qui se sont rassemblés samedi en solidarité avec leur communauté de l’autre côté de la frontière sur le plateau du Golan syrien, qui a été dévasté par des attaques perpétrées par le groupe djihadiste de l’Etat islamique ces derniers jours.

Le bilan humain lors de ces attaques coordonnées de l’Etat islamique à Sweida, en Syrie, s’élevait à approximativement 250 morts jeudi. C’est le bilan le plus lourd jamais enregistré dans cette province à majorité druze au cours de cette guerre civile qui aura duré jusqu’ici sept ans.

Le rassemblement des Druzes israéliens a eu lieu au tombeau de Nabi Shuayb, un prophète druze, à Kfar Zeitim, près de Tibériade, dans le nord d’Israël.

Sheikh Moafaq Tarif, leader spirituel de la communauté druze israélienne, a expliqué que l’attaque avait été une tentative visant à défier « l’existence même des Druzes dans le sud de la Syrie ».

Le tombeau de Nabi Shuayb à Kfar Zeitim (Centre d’éducation druze, Wikipedia)

« Nous avons mis en garde et averti le monde dans le passé sur le danger menaçant nos frères druzes en Syrie mais le monde a gardé le silence », a-t-il ajouté, selon Haaretz.

« Malheureusement, depuis, le monde a continué à garder le même silence – et même face à ces images difficiles… de femmes et d’enfants assassinés de sang-froid dans leur sommeil ».

Sweida, qui se trouve majoritairement entre les mains du gouvernement, a été largement isolé du conflit qui fait rage dans le reste de la Syrie depuis 2011.

Mais les massacres qui ont commencé mercredi ont brisé ce calme relatif et fait la démonstration de ce que l’Etat islamique conserve la capacité de commettre des attentats terroristes meurtriers contre des civils même si l’organisation a été chassée de ses dernières poches urbaines restantes au cours de ces derniers mois.

Quatre kamikazes ont frappé la ville de Sweida, tandis que d’autres combattants de l’EI ont attaqué des villages au nord et à l’est du pays à l’aide d’armes à feu et d’explosifs.

Le bilan humain a atteint les 246 morts jeudi, dont 135 civils, selon l’observatoire syrien des droits de l’Homme, une organisation basée à Londres.

Les autres tués étaient des combattants pro-gouvernementaux ou des résidents qui avaient pris les armes pour défendre leurs villages.

« Le bilan ne cesse de s’alourdir alors que des civils blessés meurent et que des gens qui avaient disparu sont découverts morts », a commenté le chef de l’Observatoire, Rami Abdel Rahman.

C’est l’attaque la plus meurtrière commise dans la province et l’un des décomptes funèbres les plus lourds pour une attaque de l’Etat islamique dans tout le pays.

La télévision d’Etat a diffusé des images des processions funéraires à Sweida, montrant des hommes portant la traditionnelle coiffe blanche de la minorité druze échangeant des condoléances.

Ces hommes transportaient des cercueils arborant le drapeau à deux étoiles du gouvernement et des photographies des défunts contre un arrière-plan aux couleurs arc-en-ciel représentant leur communauté.

L’Etat islamique se réorganise

Au moins 56 djihadistes sont morts en menant l’attaque, a indiqué l’observatoire.

L’EI a revendiqué les attaques dans une série de déclarations faites sur ses chaînes de propagande, mercredi.

L’organisation a posté des clichés macabres montrant des djihadistes décapitant au moins quatre hommes qui, selon elle, étaient des combattants à la solde du gouvernement capturés à Sweida.

L’Etat islamique a subi une série de défaites qui ont causé son retrait des derniers bastions urbains occupés par l’organisation dans le cadre du « califat » transfrontalier tentaculaire qu’il avait proclamé en Irak et en Syrie en 2014.

Mais il maintient une présence, notamment dans une poche de la province orientale de Deir Ezzor et dans certaines parties du vaste désert central de Badiya, ainsi qu’à Sweida.

Jeudi, le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Muallem a critiqué les attaques alors qu’il accueillait une délégation de diplomates chinois à Damas, selon l’agence de presse d’Etat SANA.

Il a expliqué que « les troupes restantes de Daesh [EI] venant de la Badiya ont commis un crime brutal et barbare qui a fait des centaines de morts et de blessés ».

Des sites d’information à Sweida ont prétendu que certains des djihadistes ayant participé à l’attaque de mercredi avaient pu sortir en toute sûreté du camp de réfugiés de Yarmuk, dans le sud des faubourgs de Damas.

Les derniers combattants de l’EI étaient partis du camp en compagnie de leurs proches au mois de mai vers le territoire encore détenu par le groupe, dans le désert.

Des sites internet de Sweida ont posté des images qui prétendaient montrer des soldats de l’EI morts dans l’assaut, avec leurs pièces d’identité témoignant du fait qu’ils étaient originaires de Yarmouk.

Zeina, une habitante du minuscule village d’Al-Matuna, a expliqué que sa famille s’était révélée au bruit des coups de feu et des explosions de grenade vers 5h30 du matin, mercredi.

« L’un de mes proches a tiré en représailles sur l’un des soldats qui se trouvait devant notre maison et nous l’avons entendu crier : ‘Les infidèles m’ont tué’, » a-t-elle confié à l’AFP.

Son cousin et son épouse ont tous les deux été abattus.

« Les villages qui ont été attaqués étaient à cran la nuit dernière et tous les hommes se trouvaient dans un état d’alerte élevé », a ajouté jeudi Zaina, âgée de 32 ans.

‘Insensé’

Selon SANA, des douzaines de personnes ont été tuées dans l’assaut mais aucun bilan spécifique n’a été livré.

L’agence a expliqué que le calme était revenu à Sweida dans la soirée de mercredi après que les forces du gouvernement et des villageois armés ont entouré les combattants de l’EI et les ont tués.

Cette attaque de l’EI a attiré les condamnations des Nations unies ainsi que des alliés du gouvernement : la Russie et le groupe terroriste libanais du Hezbollah.

« Nous condamnons ce crime méprisable, ses auteurs et tous ceux qui en sont responsables et qui sont à l’origine de l’idéologie takfiriste [musulmane extrémiste] adoptée par ces groupes », a fait savoir le Hezbollah jeudi dans un communiqué.

La commission internationale de la Croix rouge a estimé que cette attaque était « insensée et tragique ».

« Des informations plus pénibles émanant de Syrie font état de 200 civils tués dans la ville de Sweida hier », a-t-elle écrit sur Twitter. « Nous le répétons : Les civils ne font pas partie du combat ».

La minorité druze de Syrie constitue environ trois pour cent de la population. Elle est considérée comme hérétique par les groupes musulmans sunnites extrémistes, notamment par l’EI.

Plus de 350 0000 personnes ont été tuées depuis que le conflit en Syrie a éclaté, il y a sept ans, mais les efforts répétés de la communauté internationale à trouver une solution négociée ont échoué à mettre un terme aux effusions de sang.

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