200 Syriens déplacés à la frontière israélienne ; Moscou bombarde les civils
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200 Syriens déplacés à la frontière israélienne ; Moscou bombarde les civils

Les soldats israéliens ne sont pas directement intervenus mais ils ont appelé les civils syriens à retourner dans leur camp alors que l'offensive du régime a fait au moins 10 morts

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Une photo prise depuis le plateau du Golan montre les réfugiés venant à la frontière entre la Syrie et Israël depuis un camp de personnes déplacées situé  à proximité du village syrien de Burayqah, dans le sud de la province de Quneitra, le 17 juillet 2018. (Crédit : AFP /JALAA MAREY)Y
Une photo prise depuis le plateau du Golan montre les réfugiés venant à la frontière entre la Syrie et Israël depuis un camp de personnes déplacées situé à proximité du village syrien de Burayqah, dans le sud de la province de Quneitra, le 17 juillet 2018. (Crédit : AFP /JALAA MAREY)Y

Environ 200 Syriens déplacés se sont approchés mardi de la frontière israélienne, certains brandissant des drapeaux blancs, lors d’une initiative qui visait vraisemblablement à demander de l’aide à l’Etat juif alors que les forces loyales au dictateur syrien Bashar el-Assad sont entrées dans la zone dans le cadre d’une opération militaire contre les secteurs détenus par les rebelles dans le sud-ouest du pays.

Les réfugiés ont fui vers la frontière alors qu’un raid aérien russe sur une école avoisinante qui était utilisée comme refuge a fait au moins 10 morts, des civils, selon une équipe de recherche et de secours.

L’armée israélienne a indiqué avoir connaissance de la situation mais ne pas avoir encore déterminé la nécessité de passer à l’action directe.

Dans une séquence filmée par l’agence de presse Reuters, des soldats appellent les Syriens qui s’approchent à s’éloigner de la frontière.

« Reculez avant qu’il n’arrive quelque chose de regrettable. Si vous voulez que nous puissions vous venir en aide, reculez », dit un officier israélien à la foule rassemblée en arabe, selon Reuters. « Dépêchez-vous ».

Les militaires ont confirmé que les soldats avaient utilisé un porte-voix pour dire aux 200 Syriens approximativement de reculer à distance de la barrière, mais un porte-parole de l’armée israélienne a expliqué que cette demande avait été formulée en raison d’inquiétudes de ce qu’ils n’approchent d’un champ de mines situé à côté de la frontière.

Toutefois, un officier a dit également aux Syriens que « nous ne voulons pas vous faire du mal », selon Reuters.

« Il n’y a pas eu d’incidents qui sortent de l’ordinaire », a indiqué le porte-parole.

Après un moment, les Syriens se sont dispersés, a dit l’armée, et ils ont été vus en train de retourner vers un camp de personnes déplacées dans le village de Bariqa, à proximité de la frontière.

Depuis la reprise de l’offensive d’Assad contre les provinces de Deraa et Qouneitra, qui se trouvent largement entre les mains des rebelles, le mois dernier, Israël a exprimé sa crainte de ce que les Syriens du secteur ne tentent de franchir la frontière pour trouver un refuge au sein de l’Etat juif.

Des Syriens sur un véhicule qui transporte leurs effets personnels alors qu’ils retournent dans leurs maisons, dans les villes et les villages situés dans les faubourgs de l’est de Deraa, le 7 juillet 2018 (Crédit : AFP Photo/Mohamad Abazeed)

Les responsables israéliens ont indiqué de manière répétée que le pays n’accepterait pas de réfugiés mais qu’il fournirait une aide humanitaire aux personnes déplacées par les combats.

Israël a également insisté sur le fait que la Syrie doit se conformer à l’Accord de séparation des forces signé en 1974, qui avait été conclu suite à la guerre de Yom Kippour l’année précédente et qui a établi une zone démilitarisée sur la frontière entre les deux pays.

Mardi, des observatoires ont rapporté la mort de plusieurs Syriens dans des bombardements russes et du régime à proximité de la frontière et notamment sur une école d’Ain el-Tineh, à une dizaine de kilomètres de la frontière du Golan.

Khaled Solh, de la Défense civile syrienne, a indiqué que le bâtiment de l’école, dans le village, était utilisé pour abriter des familles qui avaient été obligées de fuir leurs habitations pendant les combats.

Solh a précisé qu’au moins 10 personnes ont été tuées dans l’attaque. Moaz al-Assaad, un photographe qui se trouvait sur les lieux, mardi, a expliqué avoir compté au moins 20 blessés, dont des enfants.

A l’ouest de la province adjacente de Deraa, des raids aériens russes ont tué un civil à proximité du village d’Al-Aliya, a fait savoir l’Observatoire syrien des droits de l’Homme.

« Depuis mardi matin, de lourdes frappes aériennes russes et des bombes larguées par le régime prennent pour cible un secteur qui chevauche Quneitra et Deraa », a commenté le chef de l’observatoire Rami Abdel Rahman.

Hayat Tahrir al-Sham, un ancien groupe affilié à al-Qaida, est présent dans la zone, a-t-il ajouté.

Lundi, à Qouneitra, les rebelles d’au-moins cinq villes ont brandi le drapeau national, cherchant à réaliser un accord avec le régime, a expliqué Abdel Rahman.

« Les factions rebelles de ces villes ont arrêté de se battre pour éviter les bombardements et les destructions », a-t-il dit.

Vendredi, l’Etat juif a abattu un drone syrien qui opérait dans cette zone-tampon, ce qui, selon Israël, a représenté une violation de l’accord conclu en 1974.

Même si l’objectif de cette zone démilitarisée était d’éviter d’autres affrontements entre les deux pays en appelant à un strict respect de l’accord de cessez-le-feu, l’Etat juif a également établi une zone de sécurité de-facto où les Syriens fuyant les violences peuvent être épargnés par l’offensive du régime d’Assad, à un certain degré.

Lundi, les rebelles et les forces du gouvernement se sont affrontés pour un point de reconnaissance situé à proximité de la frontière avec Israël, les forces gouvernementales bombardant les villages et les positions rebelles autour de Tel al-Haara, a fait savoir l’observatoire.

Une photo prise depuis le plateau du Golan israélien montre des rebelles syriens aux côtés d’un tank et d’un canon d’artillerie à proximité de la frontière, dans la province de Quneitra, dans le sud-est de la Syrie, alors que les forces gouvernementales mènent l’assaut, le 16 juillet 2018 (Crédit : AFP Photo/Jalaa Marey)

Tel al-Haara surplombe le plateau du Golan, qu’Israël a capturé à la Syrie lors de la guerre des Six jours de 1967 et qu’il a plus tard placé sous sa souveraineté, et c’est également l’endroit où se trouvait une base de reconnaissance syrienne saisie par les forces d’opposition en 2014, durant la guerre civile qui est encore en cours.

Depuis le 19 juin, les forces gouvernementales ont repris des villes et des villages qui se trouvaient aux mains des rebelles dans le sud-ouest de la Syrie, aux frontières avec Israël et la Jordanie, et elles ont re-capturé la ville de Deraa, berceau de la révolte, en 2011, contre Assad.

Le gouvernement contrôle dorénavant le principal poste-frontière entre Damas et Amman, une artère essentielle pour les exportations syriennes vers la Jordanie et les états du Golfe, riches en pétrole, plus au sud. La Jordanie avait fermé le point de passage frontalier en 2015 lorsqu’il était tombé aux mains des rebelles.

Israël et la Jordanie ont signalé leur consentement à la campagne même si l’Etat juif a précisé qu’il n’accepterait pas la présence de forces iraniennes ou mandataires de la république islamique le long de sa frontière. Assad s’est appuyé sur le soutien de l’Iran et de son mandataire libanais, le groupe terroriste du Hezbollah, dans sa guerre contre les forces d’opposition locale et une insurrection de l’Etat islamique qui a proliféré dans tout le pays au milieu de la décennie.

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