3 nano-satellites israéliens en orbite avec un seul gramme de carburant par jour
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3 nano-satellites israéliens en orbite avec un seul gramme de carburant par jour

L'ingénieur en chef se dit ravi de lancer ces technologies depuis le Kazakhstan, où Staline avait banni ses grands-parents "simplement parce qu'ils étaient de riches Juifs"

Image d'illustration : trois nano-satellites (Crédit : Rick_Jo via iStock by Getty Images)
Image d'illustration : trois nano-satellites (Crédit : Rick_Jo via iStock by Getty Images)

Des scientifiques israéliens se préparent à lancer un trio de minuscules satellites qui tourneront autour de la Terre toutes les 90 minutes, en utilisant seulement un gramme de carburant par jour en tout.

Les nano-satellites de la taille d’une boîte à chaussures quitteront la Terre depuis le Kazakhstan à bord d’une fusée russe samedi à midi, heure locale, et seront lancés quatre heures plus tard, à 50 kilomètres au-dessus de la surface de la Terre, pour une orbite de trois ans.

Le cerveau de l’opération ? Pini Gurfil, un ingénieur aérospatial dont le père et les grands-parents ont été bannis de Russie vers le Kazakhstan « simplement parce qu’ils étaient de riches Juifs ». Le professeur d’origine israélienne, dont le père a immigré en Israël en 1973, a déclaré au Times of Israël que le lancement de son innovation depuis le Kazakhstan est comme une clôture de l’épreuve traumatisante endurée par sa famille, qui avait fini par tuer sa grand-mère.

Israël s’est déjà fait une place dans le domaine en pleine expansion des nano-satellites en lançant plusieurs satellites uniques, dont un le mois dernier. L’équipe de Gurfil espère que l’ambitieux projet de trois satellites renforcera la position d’Israël dans le mouvement mondial en faveur des petits satellites.

Des nanosatellites construits au Technion, à l’intérieur des boîtes d’où ils seront éjectés en orbite (Crédot : Technion).

Les satellites seront lancés pour déterminer si on peut utiliser une série de petits satellites, au lieu d’un seul grand satellite, pour surveiller les signaux des balises de localisation d’urgence utilisées par les navires, les avions, les explorateurs et les randonneurs. Si cela est possible, disent les chercheurs, cela pourrait ouvrir la voie à une surveillance beaucoup moins coûteuse de ces systèmes.

« Il s’agit d’une avancée significative pour la recherche et la technologie spatiales israéliennes », a déclaré Gurfil, l’un des meilleurs spécialistes de l’espace du Technion. « Cela ouvre de nouvelles possibilités pour les balises de localisation, et pour la miniaturisation des satellites qui est un axe important au niveau international, et considéré comme une innovation disruptive. »

Le trio de satellites sera maintenu en formation parfaite, à moins de 250 kilomètres de distance, grâce à de minuscules navigateurs embarqués.

Des ingénieurs avec l’un des nouveaux nanosatellites construits au Technion. (Crédit : Technion).

Un système de carburant spécialement conçu, mis au point à l’Institut de technologie Technion-Israël avec le reste de la technologie embarquée, permettra à chaque satellite d’accomplir sa mission avec 400 grammes de krypton, le gaz souvent utilisé pour remplir les ampoules fluorescentes. Cela représente en moyenne 133 grammes de carburant par an, soit 0,37 gramme par satellite et par jour.

Les nanosatellites construits au Technion. (Crédit : Technion).

L’équipe du Technion pense que le fait de disposer de trois satellites distincts relativement proches les uns des autres, chacun suivant l’emplacement des balises, permettra d’obtenir des relevés très précis. Elle testera cette théorie avec son trio de satellites « à faible coût » de 9 millions de dollars, financé par la Fondation Adelis et l’Agence spatiale israélienne, qui est en développement depuis près de 10 ans.

Gurfil a déclaré qu’il s’agirait d’un événement chargé d’émotion. « Il a fallu tellement de temps pour développer ces satellites, en particulier le minuscule système de carburant, et c’est le premier lancement de trois satellites ensemble par Israël, donc tout cela est significatif », a-t-il commenté. « Mais c’est également significatif à un autre niveau. »

« La fusée transportant les satellites sera lancée depuis le Kazakhstan. Il y a environ 80 ans, mon père et ses parents ont été déportés d’URSS par Staline au Kazakhstan – comme d’autres – simplement parce qu’ils étaient de riches Juifs. »

« Ma grand-mère est morte de faim au Kazakhstan et a été enterrée, et aujourd’hui, nous lançons un satellite israélien depuis le même endroit. C’est donc émouvant pour moi, et symbolique au niveau national pour l’État juif. D’une certaine manière, c’est comme une guérison de l’Histoire ».

Selon Gurfil, le rendement énergétique a été obtenu en concevant les satellites de manière à exploiter les forces naturelles pour manœuvrer.

« La gravité de la Terre les propulse vers l’avant, ce qui signifie que seul un minimum de carburant est nécessaire pour leur orbite actuelle », a déclaré Gurfil. « C’est normal pour les satellites, mais ce qui est spécial, c’est que ces satellites utilisent également un minimum de carburant pour le contrôle et la navigation. »

« En effet, ils exploitent très efficacement les forces naturelles comme la gravité et la résistance atmosphérique pour trouver leur chemin. Pendant dix ans, nous avons cherché à savoir comment faire voler des satellites en formation sans qu’ils ne s’éloignent les uns des autres en raison des forces naturelles, et ce, de manière à économiser du carburant. Nous sommes maintenant prêts à lancer, et nous sommes émus et enthousiastes. »

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