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A Auschwitz, une « Marche des Vivants » à l’ombre de la guerre en Ukraine

"Ce qui s'est passé il y a des années et que nous voulions oublier, cela a lieu aujourd'hui en Ukraine", estime une Ukrainienne qui s'est refugiée à Oswiecim, près d'Auschwitz

Une femme tient un drapeau ukrainien au camp de concentration nazi d'Auschwitz à Oswiecim, en Pologne, le 28 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Czarek Sokolowski)
Une femme tient un drapeau ukrainien au camp de concentration nazi d'Auschwitz à Oswiecim, en Pologne, le 28 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Czarek Sokolowski)

Sur le site de l’ancien camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau, où elle participe jeudi à une marche commémorant les victimes de l’Holocauste, Olga, une réfugiée ukrainienne en Pologne, craint que l’Histoire se répète aujourd’hui.

Devant le tristement célèbre portail « Arbeit macht frei » (« Le travail rend libre », ndlr), elle a attendu, avec trois mille autres personnes venues de plusieurs pays, principalement d’Israël, le son de la shofar, corne traditionnelle, qui a donné le signal de départ de la « Marche des Vivants », première depuis le Covid.

Longue de trois kilomètres, cette marche relie le camp d’Auschwitz à celui de Birkenau, le principal site d’extermination.

Entre 1940 et le début de 1945, l’Allemagne nazie avait exterminé à Auschwitz-Birkenau environ 1,1 million de personnes, dont un million de Juifs de différents pays européens.

Ce camp où quelque 80 000 Polonais non-juifs, 25 000 Roms et 20 000 soldats soviétiques ont également trouvé la mort, a été libéré par l’Armée Rouge en janvier 1945.

« Ce qui s’est passé il y a des années (l’Holocauste) et que nous voulions oublier, cela a lieu aujourd’hui en Ukraine », estime Olga, une trentaine d’années, qui a trouvé refuge, avec une douzaine de personnes ayant fui la ville de Vinnitsa dans l’ouest de l’Ukraine, dans la ville d’Oswiecim, près d’Auschwitz.

Les leçons de l’Holocauste

Anna, une autre réfugiée, est venue à la marche avec son fils Mischa, quatre ans, qui brandit fièrement un grand drapeau ukrainien bleu et jaune.

« On n’est pas juif mais on est venu ici pour rendre hommage aux victimes de l’Holocauste », explique-t-elle, « on ne voudrait pas que l’Histoire se répète avec la nation ukrainienne ».

Edward Mosberg, survivant américain d’Auschwitz, à gauche, et sa petite-fille se préparent pour la Marche des vivants, qui n’a pas eu lieu pendant deux ans en raison de la pandémie mondiale de COVID-19, à Oswiecim, en Pologne, le 28 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Czarek Sokolowski)

Pour Agnes Kaposi, 89 ans, une des huit survivants de l’Holocauste participant à la marche, la guerre en Ukraine est quelque chose de « profondément triste ».

« Cela me ramène des souvenirs que je ne pensais même pas avoir », déclare-t-elle à l’AFP.

« Quand je lis ce qui arrive à ces gens, je me rappelle soudain des choses qui me sont arrivées à moi et aux personnes que j’aimais et c’est terrible ».

« Je trouve cela désespérément triste que le monde n’ait pas retenu les leçons de l’Holocauste », ajoute-t-elle.

Non à la haine

Cette année, le président polonais Andrzej Duda a parcouru le chemin entre Auschwitz et Birkenau au début de la marche.

Le président polonais Andrzej Duda, à droite, et le survivant américain d’Auschwitz Edward Mosberg, assistent à la Marche des vivants, qui n’a pas eu lieu pendant deux ans en raison de la pandémie mondiale de COVID-19, à Oswiecim, en Pologne, le 28 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Czarek Sokolowski)

« Bien que cette marche soit toujours accompagnée de recueillement et de deuil, elle n’en est pas moins un événement de la vie, c’est un événement de la victoire de la vie », a-t-il déclaré en rendant hommage aux victimes de l’Holocauste lors d’un discours à Birkenau.

« Nous sommes ici pour montrer que chaque nation a un droit sacré à la vie, à cultiver ses traditions, à se développer », a-t-il souligné.

« Nous crions haut et fort : non à la haine, non à l’antisémitisme, non au sentiment anti-ukrainien, non au sentiment anti-polonais, non à la haine », a-t-il lancé.

Galit Hamam, 20 ans, place sur les rails qui menaient vers les chambres à gaz de Birkenau un petit panneau en bois avec plusieurs noms inscrits dessus pour commémorer la mort des membres de sa famille dans l’Holocauste.

« Je pense que nous devons tous nous en souvenir et faire savoir aux gens ce qui s’est passé ici, ce qui s’est passé là bas », en Ukraine.

Originaire de Leeds au Royaume-Uni, elle accompagne lors de la marche son grand-père, Arek Hersh, survivant d’Auschwitz.

Pour lui, on ne peut pas comparer ce qui se passe en Ukraine à l’Holocauste.

« Rien ne peut être comparé aux camps de concentration, rien », lance-t-il.

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