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A Gaza, l’ex-otage David Cunio a envisagé le suicide par médicaments

Dans une interview, l'ex-otage explique qu'il n'a longtemps eu que 250 ml d'eau et une demie pita par jour et qu'il a dû faire 20 km dans les tunnels pour fuir les combats à Gaza

L'ex-otage David Cunio s'entretient avec la chaîne N12, dans le cadre d'une interview diffusée le 12 janvier 2026. (Capture d'écran de la chaîne N12)
L'ex-otage David Cunio s'entretient avec la chaîne N12, dans le cadre d'une interview diffusée le 12 janvier 2026. (Capture d'écran de la chaîne N12)

Dans une interview éprouvante diffusée lundi, l’ex-otage David Cunio a déclaré avoir envisagé de récupérer des médicaments pour se suicider lorsqu’il était détenu dans des conditions terribles par les terroristes du Hamas à Gaza.

C’est aux informations de la chaîne N12 que Cunio a par ailleurs évoqué le doute et l’incertitude qui l’ont assaillis, dans l’ignorance de ce qui était arrivé à son frère Ariel, lui aussi pris en otage, et par ailleurs séparé de sa femme et de ses enfants, libérés avant lui.

Cunio est revenu en détails sur la matinée du 7 octobre 2023, lorsqu’il a été enlevé chez lui, au kibboutz Nir Oz, par les terroristes du Hamas qui ont attaqué la communauté, mis le feu à des maisons, tué ou kidnappé des habitants.

David a été enlevé en même temps que sa femme, Sharon, leurs filles jumelles Yuli et Emma, ainsi que la sœur de Sharon, Danielle Aloni, 44 ans, et sa fille Emilia, 5 ans, venues leur rendre visite pour ce week-end de fêtes.
« Soudain, du coin de l’œil, j’ai vu Sharon, entraînée par l’un des terroristes, et j’ai crié : ‘Ma femme, ma femme », a déclaré Cunio avant d’ajouter que, dans les premiers instants, ils avaient été séparés d’Emma.

« Nous étions terrifiés qu’Emma ne soit pas avec nous », a confié Cunio. « Nous n’arrêtions pas de poser des questions, de dire qu’il y avait une autre petite fille comme Yuli – Emma, sa jumelle – pour qu’on la retrouve. Mais personne ne savait où elle était ; c’était le chaos. Nous n’avions envie de rien, ni manger ni boire ; nous ne pouvions pas supporter l’idée qu’Emma ne soit pas avec nous. »

Les destructions causées par le groupe terroriste du Hamas lors de sa prise d’assaut du kibboutz Nir Oz, près de la frontière avec Gaza, dans le sud d’Israël, le 19 octobre 2023. (Crédit : Erik Marmor/Flash90)

« La vie là-bas était très difficile mais je ressentais avant tout le besoin de les protéger parce que j’étais le seul homme », a rappelé Cunio à propos de la captivité avec ses proches à Gaza.

« Il est arrivé à plusieurs reprises que les deux terroristes du Hamas supposés nous surveiller s’endorment, avec un couteau sous leur lit. Je me suis demandé si je pouvais faire quelque chose, peut-être même nous sauver. Mais quand tu y repenses, tu te dis — d’accord, je les élimine tous les deux, on part et après quoi ? On tombera sur les autres et ils nous mettront en pièces. »

Cunio a dit avoir utilisé un tableau blanc pour écrire le mot « SOS » en hébreu et l’avoir placé près de la fenêtre, dans l’espoir qu’il soit aperçu par un drone israélien et que les soldats viennent les chercher.

Lorsque la maison dans laquelle ils étaient retenus a été touchée par une frappe aérienne, au dixième jour de la guerre, on les a transférés à l’hôpital Nasser de Khan Younès. Là-bas, on a fait passer Cunio pour un cadavre, caché dans un sac, et Sharon portait un hijab.

C’est à l’hôpital que toute la famille retrouve la seconde fille, Emma, qui avait perdu beaucoup de poids et souffrait d’une éruption cutanée. Au début, elle a eu du mal à reconnaître ses parents et sa sœur, jusqu’à ce que Sharon lui chante des chansons, a expliqué Cunio.

Témoin de scènes sanglantes au kibboutz, Emma souffrait de terreurs nocturnes et se réveillait en hurlant.

« Les terroristes nous disaient de la faire taire. Mais comment faire taire une fillette de trois ans ? En la giflant ? Que pouvais-je faire ? » s’est rappelé Cunio.

Illustration : Les jumelles Emma et Yuli Cunio, 3 ans, et leur mère Sharon Aloni Cunio quittent l’hôpital pour enfants Schneider, le 7 décembre 2023. (Crédit : Autorisation du centre médical pour enfants Schneider)

« Le pire jour de ma vie »

Sharon et les jumelles ont été libérées le 27 novembre à la faveur d’un cessez-le-feu temporaire entre le Hamas et Israël négocié par le Qatar et les États-Unis.

« Le pire jour de ma vie, c’est quand on m’a séparé de Yuli, Emma et Sharon », a-t-il dit. « Tout le monde pleurait. Je n’arrêtais pas de dire à Sharon que j’avais peur. J’ai demandé à tout le monde de ne pas m’abandonner et de me faire sortir, parce que je savais que tout le monde allait partir. »

Après la fin de la trêve, on a fait monter Cunio à bord d’un véhicule : c’est là qu’il a rencontré Itzik Elgarat, qu’il dit avoir immédiatement reconnu. Elgarat devait ensuite être assassiné en captivité, et son corps, rendu en février 2025.

Les deux hommes ont été conduits ensemble dans un tunnel ; Cunio en a profité pour demander à ses ravisseurs des nouvelles de son frère Eitan, dont il ne savait rien. Ce n’est que la veille de sa libération qu’il a su qu’Eitan avait survécu au massacre.

Le terroriste lui a alors dit qu’il y avait bien un Eitan avec eux – mais c’était Eitan Horn. Incapable de prononcer le prénom de son frère, Cunio avait surnommé Horn « Pancho » pendant leur captivité, a-t-il précisé.
Dans les tunnels, il y avait une pièce avec des otages âgés, qui furent assassinés, d’après Cunio. « Quatre-vingts ans. Ils étaient si maigres. C’est inhumain. »

Yarden Bibas, « mon meilleur ami », se trouvait également dans le tunnel, a ajouté Cunio. « Je pensais qu’ils l’avaient tué. Nous nous sommes précipités dans les bras l’un de l’autre, nous nous sommes embrassés, encore et encore et nous avons pleuré. »

Cunio a demandé à rester avec Bibas, mais les terroristes lui ont dit que c’était impossible et Cunio a passé la plus grande partie de sa captivité en compagnie d’Eitan Horn, de son frère Iair Horn et de Sagui Dekel-Chen.

L’ex-otage Yarden Bibas (au centre) tenant des affiches appelant à la libération de David et Ariel Cunio, sur la Place des Otages, à Tel Aviv, le 18 mars 2025. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Quelques jours après son arrivée, Cunio a de nouveau croisé Bibas, très pâle : il venait d’apprendre que sa femme Shiri et leurs enfants avaient été assassinés par leurs ravisseurs.

« Shiri était comme ma sœur. Sharon et moi nous connaissions bien. Ils formaient un couple parfait. Je ne savais pas comment gérer une nouvelle pareille. J’ai pleuré et je l’ai pris dans mes bras », a-t-il dit, ajoutant qu’il avait tenté de convaincre Bibas que les terroristes avaient menti ou fait une erreur.

Cunio a également parlé de Yahya Sinwar, le chef du Hamas à Gaza tué par Tsahal en octobre 2024, qui était venu les voir dans leur tunnel et avait demandé à Bibas s’il pouvait faire quelque chose pour lui.

Bibas a en effet évoqué cette rencontre lors d’une interview, en mai dernier.

Bibas a dit à Sinwar qu’il voulait être libéré avant les corps de sa femme et de ses enfants afin de pouvoir les accueillir, et jusque-là, rester avec Cunio. « Cinq jours plus tard, ils nous séparaient », a dit Cunio.

« Ramasser le plus de médicaments possible et les avaler d’un coup »

Les conditions de détention étaient si dures que Cunio a envisagé le suicide, a-t-il confié à la chaîne N12.
« J’ai pensé à tout un tas de choses — comme ramasser le plus de médicaments possible et les avaler d’un coup », a dit Cunio avant d’ajouter qu’il avait eu la chance de se trouver avec de bonnes personnes.

Au cours de l’entretien, Cunio a dit avoir souffert de la faim et fait l’objet de torture psychologique. « Longtemps, nous n’avons eu que 250 millilitres d’eau et une demie pita par jour », a-t-il déclaré.

« Il faisait noir comme dans un four et on entendait nos estomacs qui criaient famine », a-t-il dit. « On les suppliait de nous donner une autre cuillerée de confiture, un petit quelque chose en plus, mais cela ne servait à rien. Jour après jour, on s’affaiblit, on maigrit et malgré tout, on devait se lever à chaque fois qu’ils passaient. C’était, pour nous, la chose la plus difficile. On souffrait de vertiges, des gens s’évanouissaient. »

« Au début, quand on vous ment au sujet de votre femme, on n’y croit pas », a poursuivi Cunio. « Mais avec le temps, le mensonge se fraie un chemin, surtout quand on vous répète : ‘Ta femme est passée à autre chose, elle ne se bat pas pour toi, elle s’est mise avec quelqu’un d’autre.’ Cette merde s’infiltre lentement. Aussi irréel que cela puisse paraître, on finit par y croire. »

L’ex-otage Sharon Alony Cunio lors d’un rassemblement sur la Place des Otages, à Tel Aviv, le 13 septembre 2025. (Crédit : Lior Rotstein/Forum des familles des otages et disparus)

Il a dit avoir marché 20 kilomètres dans les tunnels, jusqu’à l’épuisement, pour changer de lieu face à l’intensification des combats dans la zone où il était détenu.

« De 10h à 23h, nous avons marché dans les tunnels. Rampant dans des tunnels de 50 centimètres de haut, parfois 1,6 mètre, parfois 1,3 mètre », a-t-il dit en ajoutant que les otages n’avaient le droit de s’arrêter que deux minutes, alors même qu’ils étaient épuisés ou saignaient.

Cunio a également dit qu’il faisait des rêves dans lesquels il était chez lui, avec les siens, mais à son réveil, il était toujours en captivité.

En janvier 2025, Iair Horn et Dekel-Chen ont été libérés, mais pas Cunio et Eitan Horn. Dans une vidéo de propagande diffusée par le Hamas pour donner à voir la séparation des frères Horn, on voit le visage de Cunio, mais flou.

« On a énormément pleuré, on était très tristes. À ce moment-là, nous nous sommes dit : s’il ne signe pas maintenant la deuxième phase, nous sommes morts, nous n’avons aucune chance », a déclaré Cunio, en parlant manifestement du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Les hostilités ont finalement repris et la seconde phase de ce cessez-le-feu a été abandonnée, ce qui a valu à Cunio de rester otage jusqu’au 8 octobre.

La veille de sa libération, il a retrouvé son frère Ariel, qui venait d’être déplacé.

L’ex-otage David Cunio retrouve ses filles jumelles, Emma et Yuli, elles aussi ex-otages libérées en novembre 2023, au centre hospitalier Sheba, le 13 octobre 2025. (Crédit : Shauli Lendner/Service de presse du Gouvernement)

« Il devait être 3 ou 4 heures du matin. J’étais à moitié endormi. Soudain, la porte du hangar s’est ouverte et quelqu’un a crie ‘David Cunio’. C’est là que j’ai compris qu’Ariel arrivait, » a dit Cunio.

« J’ai levé la tête et vu un homme grand, aux cheveux longs. Je n’arrivais pas à croire que c’était lui, mais quand je ne suis approché, j’ai compris. Et j’ai pleuré, je l’ai pris dans mes bras et embrassé, partout, encore et encore. J’étais tellement heureux que mon petit frère aille bien, même si je ne savais pas exactement ce qui était arrivé au reste de la famille, pas plus que lui d’ailleurs », a-t-il dit.

Lors d’un appel vidéo avec ses proches organisé par le Hamas le matin de sa libération, il a vu, pour la première fois, que tous ses proches étaient vivants.

« Ce n’est pas facile de revenir de captivité et de reprendre sa place dans sa famille comme si de rien n’était, surtout avec deux petites filles », a confié Cunio. « Petit à petit, elles réapprennent à compter sur moi et me réclament de plus en plus. Les choses se remettent peu à peu en place et c’est chouette. C’est chouette qu’elles veuillent que je sois près d’elles. »

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