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A Jérusalem, des milliers de chrétiens orthodoxes ont célébré le « feu sacré »

Des affrontements ont eu lieu sur le lieu saint, la police limitant la fréquentation ; les autorités israéliennes craignaient que la catastrophe du Mont Meron se répète

  • Des pèlerins chrétiens tiennent des bougies alors qu'ils se rassemblent pendant la cérémonie du feu sacré à l'église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, samedi 23 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)
    Des pèlerins chrétiens tiennent des bougies alors qu'ils se rassemblent pendant la cérémonie du feu sacré à l'église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, samedi 23 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)
  • Des pèlerins chrétiens tiennent des bougies alors qu'ils se rassemblent pendant la cérémonie du feu sacré à l'église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, samedi 23 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)
    Des pèlerins chrétiens tiennent des bougies alors qu'ils se rassemblent pendant la cérémonie du feu sacré à l'église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, samedi 23 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)
  • Des pèlerins chrétiens tiennent des bougies alors qu'ils se rassemblent pendant la cérémonie du feu sacré à l'église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, samedi 23 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)
    Des pèlerins chrétiens tiennent des bougies alors qu'ils se rassemblent pendant la cérémonie du feu sacré à l'église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, samedi 23 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)
  • Des pèlerins chrétiens tiennent des bougies alors qu'ils se rassemblent pendant la cérémonie du feu sacré à l'église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, samedi 23 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)
    Des pèlerins chrétiens tiennent des bougies alors qu'ils se rassemblent pendant la cérémonie du feu sacré à l'église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, samedi 23 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)
  • Des pèlerins chrétiens tiennent des bougies alors qu'ils se rassemblent pendant la cérémonie du feu sacré à l'église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, samedi 23 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)
    Des pèlerins chrétiens tiennent des bougies alors qu'ils se rassemblent pendant la cérémonie du feu sacré à l'église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, samedi 23 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)
  • Des pèlerins chrétiens tiennent des bougies alors qu'ils se rassemblent pendant la cérémonie du feu sacré à l'église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, samedi 23 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)
    Des pèlerins chrétiens tiennent des bougies alors qu'ils se rassemblent pendant la cérémonie du feu sacré à l'église du Saint-Sépulcre, dans la Vieille Ville de Jérusalem, samedi 23 avril 2022. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)

A la veille de la Pâque orthodoxe, des milliers de personnes ont assisté samedi à la cérémonie du « feu sacré » dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, un rite millénaire symbolisant l’éternité, dans un contexte de tensions croissantes avec les autorités israéliennes, qui ont imposé cette année de nouvelles restrictions à la fréquentation, invoquant des raisons de sécurité.

Des dizaines de milliers de fidèles célébraient chaque année ce rite jusqu’au début de l’épidémie de coronavirus qui a provoqué une nette réduction de leur nombre ces deux dernières années.

Samedi, les fidèles non-masqués et enthousiastes se sont rassemblés dans la sombre église du Saint-Sépulcre, brandissant chacun des paquets de bougies enflammées.

Ce rite millénaire – symbole d’éternité, de paix et de renouveau – est l’événement le plus sacré du calendrier orthodoxe.

« Je n’aurais pas imaginé que je pourrais être ici un jour », a confié à l’AFP Anthony Botros, venu du Canada. « C’est quelque chose que vous ne pouvez décrire (…) C’est si paisible », a ajouté ce jeune homme de 25 ans.

Plusieurs affrontements ont éclaté entre les policiers et les fidèles qui étaient maintenus à l’extérieur de l’enceinte. Des vidéos montrant un policier poussant un homme et l’attrapant par la gorge après qu’il ait tenté de franchir une barrière de police ont été partagées sur les réseaux sociaux.

Dans l’enceinte dense de la Vieille Ville de Jérusalem, où juifs, chrétiens et musulmans partagent leurs sites les plus sacrés, même de petits changements peuvent provoquer une angoisse prophétique.

La ville a déjà connu une semaine d’affrontements entre manifestants palestiniens et policiers israéliens dans l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa, troisième site le plus sacré de l’islam, qui se trouve au sommet du mont du Temple, le lieu le plus sacré du judaïsme.

De plus cette année, la tension liée à la convergence des grandes fêtes juives, chrétiennes a été exacerbée par le fait que l’affluence de dizaines de milliers de personnes dans la Vieille Ville marquait un retour à certains des sites les plus sacrés des trois religions, pour la première fois depuis la levée des restrictions liées à la pandémie.

D’après la tradition chrétienne, la basilique du Saint-Sépulcre est construite sur le site où Jésus a été crucifié, mis au tombeau et a ressuscité. Elle est gérée par six Eglises chrétiennes.

Samedi, le patriarche grec Théophile III est entré dans le Saint Edicule, une chambre construite sur le site traditionnel du tombeau, et est revenu avec deux bougies allumées, faisant passer la flamme parmi des milliers de personnes tenant des bougies, illuminant progressivement les murs de la basilique plongée dans l’obscurité. La flamme sera transférée aux communautés orthodoxes d’autres pays par des vols spéciaux.

Il y a deux ans, l’église était presque vide en raison d’un confinement dû au coronavirus, mais Israël avait pris des dispositions spéciales pour que la flamme soit transportée à l’étranger. Des centaines de personnes ont assisté à la cérémonie l’année dernière, alors que les restrictions de voyage étaient en vigueur et que la cérémonie était limitée aux personnes entièrement vaccinées.

Cette année, Israël a appliqué une loi sur la sécurité qui limite la taille de la foule en fonction de l’espace et du nombre de sorties. Les autorités ont déclaré vouloir éviter que ne se reproduise le mouvement de foule de l’année dernière sur le Mont Meron, dans le nord d’Israël, lors d’une fête religieuse à laquelle assistent environ 100 000 Juifs, pour la plupart ultra-orthodoxes et qui a fait 45 morts.

Ce fut l’une des pires catastrophes civile de l’histoire du pays, et les autorités ont été vivement critiquées pour leur négligence présumée.

Des Juifs ultra-orthodoxes contemplent le site d’une bousculade mortelle lors des festivités de Lag BaOmer au Mont Meron, dans le nord d’Israël, le 30 avril 2021. (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)

Israël a également divisé un office de bénédiction sacerdotale pour les Juifs au Mur occidental pendant la fête de Pessah en deux offices, le lundi et le mercredi, en invoquant à nouveau des problèmes d’affluence.

« Il n’y a jamais de problème jusqu’à ce qu’il y ait un problème, et c’est ce qui s’est passé l’année dernière à Meron », a déclaré Tania Berg-Rafaeli, directrice des affaires interreligieuses au ministère israélien des Affaires étrangères.

Si quelque chose devait se produire à l’église du Saint-Sépulcre, « nous devrions en assumer la responsabilité, et nous voulons éviter tout problème », a-t-elle ajouté.

Les autorités ont déclaré qu’elles autorisaient un total de 4 000 personnes à assister à la cérémonie du feu sacré, dont 1 800 à l’intérieur de l’église elle-même, qui possède une seule grande entrée avec une marche surélevée. Berg-Rafaeli a déclaré que les autorités israéliennes étaient en contact étroit avec les églises et qu’elles réviseraient le quota à la hausse l’année prochaine si davantage de portes de la basilique pouvaient être ouvertes.

« Il n’est question que de sécurité et de rien d’autre », a-t-elle déclaré.

Les dirigeants de l’Église ont rejeté par principe toute restriction, affirmant qu’elle porte atteinte à la liberté de religion. L’église du Saint-Sépulcre, comme Al-Aqsa, est régie par un ensemble d’arrangements informels vieux de plusieurs décennies, connus sous le nom de statu quo. Comme à Al-Aqsa, des violations apparemment mineures ont déclenché des violences, notamment des bagarres notoires entre moines de différentes confessions.

Les chrétiens représentaient plus de 18 % de la population de la Terre sainte lors de la création de l’Etat d’Israël en 1948, mais ils sont désormais moins de 2 %, pour la plupart orthodoxes.

Dans une déclaration publiée au début du mois, le Patriarcat grec a déclaré qu’il en avait « assez des restrictions policières à la liberté de culte ».

« Le Patriarcat orthodoxe de Jérusalem a décidé, par la puissance du Seigneur, qu’il ne compromettra pas son droit de fournir des services spirituels dans toutes les églises et places », a-t-il déclaré. « Les prières auront lieu comme d’habitude. » Le patriarcat affirme que jusqu’à 11 000 personnes y assistent habituellement.

La police a fermé les principales entrées du quartier chrétien avec des barricades. Des foules nombreuses se bousculaient pour entrer, tandis que la police faisait signe à un petit nombre de résidents locaux et à quelques touristes étrangers.

La cérémonie, dont les origines remontent à au moins 1 200 ans, ne s’est pas toujours déroulée dans le calme.

En 1834, un mouvement de foule frénétique a éclaté dans l’église plongée dans l’obscurité, et le souverain de Terre Sainte de l’époque s’en est sorti de justesse après que ses gardes ont sorti leurs épées et se sont frayé un chemin dans la foule, comme le raconte l’historien Simon Sebag Montefiore dans son histoire de Jérusalem. Quelque 400 pèlerins sont morts dans cette cohue, la plupart par suffocation ou piétinement.

Israël dit s’engager à garantir la liberté de culte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, et s’est longtemps présenté comme un îlot de tolérance au Moyen-Orient.

Ces dernières années, cependant, les tensions ont augmenté avec la communauté chrétienne locale, dont la plupart sont des chrétiens palestiniens, une population qui n’a cessé de diminuer au cours des décennies de conflit, car beaucoup ont cherché des opportunités économiques à l’étranger.

Ces dernières années, le patriarcat grec s’est engagé dans une bataille juridique avec un groupe nationaliste juif au sujet de la vente de trois propriétés dans la vieille ville, dont deux hôtels gérés par des Palestiniens. Le patriarcat affirme avoir des preuves de corruption dans la vente contestée de 2004.

La Cour suprême d’Israël a confirmé la vente en 2019, statuant en faveur d’Ateret Cohanim, une organisation israélienne qui cherche à étendre la présence juive dans les quartiers majoritairement palestiniens de Jérusalem-Est.

Le groupe a repris une partie de l’un des hôtels – une auberge populaire pour routards – le mois dernier. Les dirigeants chrétiens ont dénoncé cette initiative, l’accusant de vouloir modifier le caractère religieux du quartier chrétien de Jérusalem.

La frustration était perceptible à l’extérieur de la Nouvelle Porte menant au quartier chrétien samedi, alors que les gens se bousculaient avec la police pour entrer, soulevant les poussettes et les petits enfants par-dessus les barricades alors que certains étaient autorisés à passer.

« C’est comme ça chaque année et chaque année, il y a une excuse différente », a déclaré le Dr Muna Mushahwar, un médecin qui a discuté avec la police alors qu’elle essayait d’organiser l’entrée d’une délégation étrangère.

« Ils ne veulent pas des chrétiens ici. Plus vous poussez les gens, plus ils sont frustrés et ensuite ils partent. »

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