A la rencontre d’Ilana Cicurel, candidate REM pour la 4e circonscription de Paris
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A la rencontre d’Ilana Cicurel, candidate REM pour la 4e circonscription de Paris

Directrice de l’Alliance israélite universelle et soutien d'Emmanuel Macron, la nièce de Pierre Mendès-France est en campagne pour les législatives contre Brigitte Kuster, maire LR du 17e arrondissement de Paris où près de 25 % des électeurs sont juifs

Ilana Cicurel avec Emmanuel Macron et le grand rabbin de France, Haïm Korsia, lors d'une visite commune à l'école de l'Alliance israélite universelle de Pavillons-sous-Bois (Crédit : autorisation Ilana Cicurel)
Ilana Cicurel avec Emmanuel Macron et le grand rabbin de France, Haïm Korsia, lors d'une visite commune à l'école de l'Alliance israélite universelle de Pavillons-sous-Bois (Crédit : autorisation Ilana Cicurel)

Les « marcheurs », autrement dit les sympathisants du nouveau président Emmanuel Macron, peuvent-ils changer la donne dans la 4e circonscription de Paris, qui comprend pour les législatives des 11 et 18 juin le nord du 16e arrondissement et surtout la partie sud – la plus huppée – du 17e ?

C’est peu probable, malgré des sondages très favorables au plan national. Ici, la maire Les Républicains du 17e, Brigitte Kuster, qui brigue la succession de Bernard Debré, député (depuis 2004) ne se représentant pas, est donnée favorite. Car dans ce secteur largement dominé par la droite, elle laboure le terrain depuis des années avec succès.

Elle a été réélue aux municipales de 2014 dès le premier tour, avec un peu plus de 53 % des voix, et cette femme de 58 ans ne cesse de le répéter : « La différence, c’est mon ancrage local. Mon ADN, c’est la proximité. »

Néanmoins, la candidate de La République en marche (LREM) pourrait surprendre. Directrice depuis 2015 de l’Alliance israélite universelle (AIU), qui gère notamment un réseau scolaire réputé, engagée de longue date dans la vie communautaire, Ilana Cicurel, 45 ans, bénéficie d’un atout : sa judéité militante.

En effet, cette circonscription est vraisemblablement celle qui compte la plus forte proportion de Juifs dans l’Hexagone. On ne dispose d’aucun chiffre officiel, mais il paraît clair qu’au moins 20 à 25 % des 170 000 habitants du 17e sont juifs. La majorité d’entre eux se concentrent dans le sud de l’arrondissement (quartiers Ternes et Monceau).

Brigitte Kuster, maire du 17ème et candidate Les Républicains aux législatives, en janvier 2011. (Crédit : François Séjourné/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)
Brigitte Kuster, maire du 17ème et candidate Les Républicains aux législatives, en janvier 2011. (Crédit : François Séjourné/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

Le pourcentage serait moindre, mais presque équivalent dans le nord du 16ème. La fréquentation des offices le jour de Kippour l’atteste.

A lire : Alors que les Juifs parisiens quittent leur quartier, de nouvelles familles ‘tendance’ émergent

Licenciée en philosophie, titulaire du Certificat d’aptitude à la profession d’avocat (CAPA), diplômée de Harvard (Etats-Unis) et ex-professeure de droit, Ilana Cicurel est la nièce de Pierre Mendès-France, chef du gouvernement entre 1954 et 1955. Membre active du mouvement scout des Eclaireurs et éclaireuses israélites de France (EEIF) dans sa jeunesse, elle a aussi animé de nombreuses émissions de radio sur RCJ, l’une des stations de la fréquence juive parisienne (94.8 FM).

Elle explique au Times of Israël qu’elle a noué des liens avec Emmanuel Macron lors de son voyage dans l’Etat juif en septembre 2015, quand le futur président était alors ministre de l’Economie. Elle a organisé pour lui une visite du lycée francophone de l’Alliance situé dans la ville de Mikvé Israël.

Impressionnée par ses propos enflammés sur la « start-up nation », que l’ex-cadre de la banque Rothschild a érigée en modèle de développement pour la France, et par son aversion pour les mouvements pro-palestiniens radicaux comme le BDS, elle lui a présenté le philosophe et académicien Alain Finkielkraut quelques mois plus tard et l’a emmené dans l’école de l’Alliance de Pavillons-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis.

Elle prétend incarner le « renouvellement » et la « compétence » face à Brigitte Kuster, dont elle met en doute la capacité à sortir efficacement des limites de son mandat de maire.

Ces arguments seront-ils suffisants pour faire basculer l’électorat juif ?

Ce n’est pas sûr. La candidate des Républicains – ancienne journaliste puis chef de services de presse – n’est pas seulement appréciée par les Juifs parce qu’elle défend les idées libérales, atlantistes et pro-israéliennes de la droite très majoritaire dans cette population, mais aussi parce qu’elle a fortement soutenu et accompagné, en sa qualité de maire élue depuis 2008, un projet au long cours cher au président du Consistoire central et du Consistoire de Paris, Joël Mergui : la création du plus vaste et du plus moderne espace communautaire du Vieux Continent.

Joël Mergui, président du Consistoire, devant les députés français pour parler de l'abattage rituel et de la circoncision, à l'Assemblée nationale, le 23 juin 2016. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Joël Mergui, président du Consistoire, devant les députés français pour parler de l’abattage rituel et de la circoncision, à l’Assemblée nationale, le 23 juin 2016. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Le Centre européen du judaïsme (CEJ) ouvrira début 2018 près de la porte de Champeret. Il comprendra une synagogue de taille impressionnante, des lieux culturels et de rencontre – et palliera surtout le manque relatif d’équipements juifs dans un arrondissement devenu depuis une quinzaine d’années le réceptacle d’une véritable « alyah interne ».

Avec le secteur Nation-Vincennes-Saint-Mandé à l’est, c’est, à l’ouest, l’une des principales terres d’accueil pour les Juifs résidant en banlieue nord ou sud et ne supportant plus l’insécurité, les insultes, agressions et incivilités antisémites croissantes qui gangrènent l’Ile-de-France.

A lire : L’alyah interne des juifs franciliens

Ceux qui se sont élevés socialement et en ont les moyens optent donc, souvent, pour le 17e, réputé sûr et tolérant. Ici, on peut porter la kippa quasiment sans risque, tandis que certaines communes autrefois privilégiées par les foyers séfarades pratiquants ou traditionalistes – Pierrefitte, Stains, Aulnay-sous-Bois…- ont été ou sont vidées peu à peu de leur population juive.

C’est dans l’ouest parisien que l’on mesure l’intégration et l’ascension économique de familles juives originaires d’Afrique du Nord, arrivées dans l’Hexagone sans un sou dans les années 1960.

Murielle Schor, vice-présidente du Consistoire central et adjointe de Brigitte Kuster (qu’elle soutient aujourd’hui mordicus contre Ilana Cicurel), déclarait en 2016 au magazine L’Arche : « Quand j’ai ouvert mon cabinet de chirurgien-dentiste en 1983 avenue Niel, ma clientèle était composée de plusieurs noms à particules. Des nobles ! J’avais seulement un petit noyau de Juifs. Petit à petit, ces dernières années, ma clientèle juive s’est agrandie ».

Des membres de professions libérales – avocats, médecins, kinés… – ont même gardé leurs lieux de travail en banlieue nord, à Sarcelles par exemple, tout en vivant dans le 17e, pour éduquer leurs enfants dans un environnement culturel et sociologique plus sécurisé.

Nini, restaurant casher réputé du quartier des Ternes. (Crédit : Nini)
Nini, restaurant casher réputé du quartier des Ternes. (Crédit : Nini)

Il n’empêche que si les commerces communautaires poussent comme des champignons (on compte déjà une trentaine de restaurants casher, trois fois plus que dans le 16ème) et si trois établissements scolaires confessionnels (Gaston-Tenoudji, Ohr Kitov, Ecole juive moderne) totalisent plus de 800 élèves, les besoins cultuels ne sont pas suffisamment couverts.

Il n’existe d’ailleurs aucune synagogue consistoriale dans l’arrondissement, mais une quinzaine de lieux de prière de taille plutôt réduite au regard de la démographie juive galopante et du « retour aux sources » de jeunes couples de plus en plus attirés par la religion que la génération précédente avait quelque peu délaissée.

Elie Korchia, président du Conseil des communautés juives des Hauts-de-Seine (CCJ-92) et vice-président du Consistoire de Paris, organise depuis 10 ans un office de Kippour destiné aux habitants du secteur de la porte Maillot, dans le sud du 17e, à l’hôtel Méridien ou au Palais des Congrès.

Plus d’un millier de personnes s’y pressent régulièrement et pour la première fois, il espère qu’il se tiendra à l’automne prochain dans les locaux du Centre européen du judaïsme dont les travaux sont en voie d’achèvement. « Ce sera le prélude à une vraie présence consistoriale dans l’arrondissement, dit-il au Times of Israël. Ce sera surtout un changement considérable permettant aux Juifs des quartiers avoisinants de disposer d’une grande synagogue, d’une offre culturelle et événementielle diversifiée, avec des salles d’exposition, de cours et de conférences… »

Il est vrai que le projet est pharaonique : 4 900 m² à l’angle de la rue de Courcelles et du boulevard de Reims pour un coût de 10 millions d’euros, financé par l’Etat et des donateurs privés ou institutionnels. Outre les services rendus aux Juifs de l’ouest parisien, des villes limitrophes de Levallois-Perret ou Neuilly-sur-Seine, des rencontres internationales, notamment européennes, pourront s’y tenir dans des conditions optimales, avec le cas échéant une multitude de participants venus d’Israël et/ou de la diaspora.

Joël Mergui a été critiqué pour cet investissement ambitieux au moment où beaucoup de Juifs quittent la France pour réaliser leur alyah, en particulier dans les milieux pratiquants, « clientèle » privilégiée des centres communautaires. Il a répliqué que c’était une manière de démontrer que ses coreligionnaires avaient « encore un avenir » et pouvaient « construire dans ce pays, même sous la menace ».

La synagogue de la Victoire et le Consistoire, à Paris. (Crédit : Lisa Klug/ Times of Israel)
La synagogue de la Victoire et le Consistoire, à Paris. (Crédit : Lisa Klug/ Times of Israel)

Mais au-delà du symbole, il est certain qu’une nécessité pratique existe, avec environ 40 000 Juifs dans le 17e. Par ailleurs, les bureaux du Consistoire central et du Consistoire de Paris, vieillots et mal équipés pour recevoir le public dans leurs immeubles historiques de la rue Saint-Georges (9e), pourraient déménager ici – au moins en partie – à l’horizon 2019.

L’Hôtel de Ville de la capitale, en accord avec Brigitte Kuster, a décidé de prêter gracieusement le terrain du CEJ à la communauté juive.

L’ouverture du Centre sera, pour la maire PS Anne Hidalgo, « une façon d’exprimer notre détermination après le bain de sang de l’Hyper-casher » et de prouver que « la France est un endroit où les Juifs continuent de se sentir à l’aise ».

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