Israël en guerre - Jour 194

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Abou Gosh défend sa « cohabitation paisible » entre juifs et musulmans

Et le regard des Palestiniens sur la population d'Abou Gosh "n'est pas positif", précise le maire dans un euphémisme

Le maire du village israélo-arabe d'Abou Gosh, Saleem Jaber, faisant un geste en direction des bâtiments, le 13 février 2024. (Crédit : Ahamad Gharabli/AFP)
Le maire du village israélo-arabe d'Abou Gosh, Saleem Jaber, faisant un geste en direction des bâtiments, le 13 février 2024. (Crédit : Ahamad Gharabli/AFP)

Issa Ibrahim fait défiler sur son téléphone les photos de sa brigade d’infanterie qui combat à Gaza : « Je suis le seul Arabe ! », s’enorgueillit cet habitant d’Abou Gosh, petite ville arabe israélienne qui s’accroche à son modèle de coexistence entre musulmans et juifs.

« Ma mère m’a dit : tu vas combattre des Palestiniens ? Mais elle a compris mes arguments : je veux défendre notre pays, Israël. On veut juste vivre en paix », dit à l’AFP ce photographe de 28 ans, réserviste.

Rentré chez lui après une blessure par balle au bras, il repart dans quelques jours dans le nord, à la frontière avec le Liban, ciblé par des tirs réguliers du mouvement islamiste libanais Hezbollah, allié du Hamas palestinien et supplétif de l’Iran.

À une dizaine de kilomètres à l’ouest de Jérusalem, Abou Gosh, du nom d’une famille originaire du Caucase établie au XVIe siècle, est la seule localité arabe de la région à avoir choisi le camp israélien en 1948 lors de la première guerre israélo-arabe – pour des raisons historiques de bonne entente locale entre Juifs et Arabes remontant à l’époque de l’Empire ottoman.

Ici, la population arabe dit se sentir israélienne et non palestinienne.

Les rues du village, juché sur les collines verdoyantes des monts de Judée, sont pavoisées de drapeaux israéliens, des femmes en djellaba passent devant des affiches en arabe, des Israéliens viennent à midi manger le houmous, largement présenté comme le meilleur du pays.

Le maire d’Abou Gosh, Saleem Jaber, montrant un portrait de lui serrant la main du roi Abdallah II de Jordanie dans son bureau du quartier arabo-israélien, à l’ouest de Jérusalem, le 13 février 2024. (Crédit : Ahamad Gharabli/AFP)

« Loyaux »

Dans le bureau du maire, Saleem Jaber, se côtoient un portrait du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et un cliché encadré où il serre la main du roi Abdallah II de Jordanie, fervent défenseur d’un cessez-le-feu immédiat dans la bande de Gaza.

« Abou Gosh est un symbole de paix. Nous avons d’excellentes relations avec notre voisinage juif », vante l’édile, à la tête depuis 20 ans de cette localité de 10 000 habitants, composée d’une majorité de musulmans et de 150 familles juives.

Après l’attaque sans précédent du Hamas dans le sud israélien le 7 octobre, le maire note : « Des Juifs ont commencé à avoir peur lorsque des gens autour parlaient arabe », mais « nous ne jetons pas de pierre dans le puits d’où nous prenons l’eau, nous restons loyaux ».

La commune a apporté son aide à des déplacés venus des localités attaquées par les terroristes palestiniens du Hamas en lisière de la bande de Gaza. « La population a cuisiné pour eux », dit le maire.

Dans les semaines qui ont suivi l’attaque, des dizaines de roquettes tirées par le Hamas sont tombées sur Abou Gosh, tuant un jeune musulman de 19 ans.

« Nous avons reçu les condoléances de tout l’Etat d’Israël, de l’armée, de la police. Leur approche à notre égard n’a pas changé », poursuit le maire. « Ce qui se passe à Gaza, des innocents tués, des enfants sans eau ni nourriture ni médicament, nous blesse profondément. Mais nous voulons essayer d’être un pont entre notre pays et nos frères palestiniens. »

Tandis que retentit l’appel du muezzin de la mosquée toute proche, la plus grande d’Israël, construite en 2013 avec le soutien financier de la Tchétchénie, terre d’origine de l’écrasante majorité de la population, le maire l’affirme : « Les Juifs veulent venir vivre ici ».

Il en veut pour preuve l’achat par quelque 400 familles juives d’appartements en cours de construction sur la commune.

« Paradis »

Yiftach Eitan, archéologue juif de 31 ans, vit à Abou Gosh depuis deux ans. « Habiter ici en temps de guerre, c’est très particulier. C’est un lieu de coexistence », se félicite-t-il.

« Après le 7 octobre, ma copine qui vit à Tel-Aviv avait peur pour moi, mais elle a vite compris qu’Abou Gosh ne changerait pas : on est tous dans le même bateau. »

En plein centre d’Abou Gosh, le drapeau français qui flotte sur le monastère Sainte-Marie de la Résurrection ajoute de la curiosité au lieu.

« Nous sommes un village musulman dans l’État d’Israël, avec une présence chrétienne et des juifs voulant cohabiter paisiblement », résume Frère Louis-Marie, supérieur de cette communauté monastique bénédictine, dont l’abbaye fait partie du domaine national français en Terre sainte.

« Abou Gosh est un petit coin de paradis, c’est presque irréel », assure Frère Louis-Marie. Mais depuis le 7 octobre, rôde une sourde angoisse.

La sanglante incursion du Hamas est inquiétante, dit-il, rappelant la proximité du lieu avec la « ligne verte » séparant Israël de la Cisjordanie. Et le regard des Palestiniens sur la population d’Abou Gosh « n’est pas positif », ajoute-t-il dans un euphémisme.

Selon lui, « on ne peut arriver à la paix que si l’on accepte la présence de l’autre. Or les uns disent ‘les Juifs à la mer’, les autres ‘les Palestiniens au désert' ».

« Puisse chaque camp neutraliser ses propres extrémistes », prie-t-il.

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