Accusations contre Karim Khan : sa victime dénonce un abus de pouvoir
Pour sa première apparition dans les médias, "Sarah" affirme que le procureur de la CPI l'a touchée à plusieurs reprises et elle nie les rumeurs l'accusant d'appartenir au Mossad
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Jeudi, pour sa toute première apparition dans les médias, une jeune avocate de la Cour pénale internationale a réitéré ses accusations de contacts sexuels non consentis à l’encontre du procureur Karim Khan, lors d’un entretien accordé à CNN.
M. Khan, 56 ans, nie tout acte répréhensible. Son avocate, Sareta Ashraph, a déclaré à CNN qu’il niait « toute forme de contact sexuel ou de relation, consentie ou non » avec la victime présumée.
La jeune femme, identifiée sous le nom de Sarah, n’a pas souhaité commenter les enquêtes de la CPI qui visent M. Khan, mais elle a déclaré à CNN que le comportement de ce dernier s’était intensifié, décrivant des attouchements et des caresses inappropriées, évoquant notamment un moment où il l’aurait touchée intimement alors qu’elle faisait semblant de dormir.
« Il est impossible qu’une chose soit consentie lorsqu’il existe un tel écart de pouvoir », a déclaré à CNN Sarah, qui a précisé être de confession musulmane et originaire de Malaisie.
« Ce que beaucoup de gens ne comprennent pas, je pense, c’est que M. Khan n’était pas seulement mon patron, il était le patron de tout le monde. Il ne peut pas y avoir de consentement dans ce cadre. »
Selon des documents qui ont été consultés par Reuters, les diplomates qui dirigent l’organe de surveillance de la CPI ont estimé que M. Khan avait bien eu une relation sexuelle inappropriée avec une employée subalterne et qu’il devait être limogé.
Les 125 États membres de la cour voteront le 24 juillet prochain une proposition visant à le révoquer pour faute sexuelle présumée, suite à sa suspension le mois dernier.
Les partisans de Khan affirment qu’il est une cible politique depuis qu’il a demandé en 2024, l’émission de mandats d’arrêt à l’encontre de dirigeants israéliens en lien avec la guerre à Gaza.
Lors de son entretien avec CNN, Sarah a démenti les rumeurs qui ont laissé entendre qu’elle travaillerait pour le service de renseignement du Mossad, expliquant avoir subi des contrôles de sécurité approfondis pour pouvoir travailler en étroite collaboration avec M. Khan et avec son prédécesseur.
« S’il y avait eu le moindre soupçon que je sois l’agent d’un État, quel qu’il soit, j’aurais été licenciée », a-t-elle déclaré.
« Je pense que de nombreuses parties ont, pour servir leurs propres intérêts, confondu ces deux affaires », a déclaré Sarah à CNN au sujet de ses accusations et des enquêtes de la CPI sur les autorités israéliennes. « Cet amalgame n’a servi qu’à détourner l’attention et amoindrir le poids de ma plainte. »
À l’approche du vote des États membres sur la destitution de M. Khan, le 24 juillet, le gouvernement néerlandais, qui accueille la CPI sur son territoire, a annoncé jeudi son intention de voter en faveur de son limogeage.
Dans une lettre adressée au Parlement néerlandais et signée conjointement par les ministres de la Justice et des Affaires étrangères, le gouvernement a déclaré qu’il suivrait la recommandation des autorités de l’organe de direction de la Cour, estimant que M. Khan devait être révoqué pour faute grave.
« Le rapport de force au sein de l’Assemblée des États parties (AEP) est encore mouvant, mais la position de la plupart des États membres semble s’aligner sur la recommandation du bureau de l’AEP », ajoute la lettre.
La CPI traverse une crise majeure après 18 mois passés à examiner les accusations portées contre M. Khan, tout en faisant face à des sanctions américaines contre plusieurs de ses hauts responsables en raison d’enquêtes sur des crimes de guerre qui, selon Washington, vont à l’encontre des intérêts des États-Unis et de leur allié israélien.
La décision néerlandaise pourrait laisser augurer d’un soutien croissant de ses membres en faveur de la destitution de M. Khan, à l’heure où la Cour fait par ailleurs face à de vives attaques américaines pour la démanteler, qui la fragilisent.
En début de semaine, les autorités américaines ont lancé une campagne diplomatique visant à démanteler la CPI.
Cela fait longtemps, déjà, que le président Donald Trump et d’autres responsables politiques américains affirment que la Cour ne devrait pas avoir le pouvoir d’enquêter et encore moins poursuivre des Américains, particulièrement les membres de l’armée.
Lundi, l’administration américaine a déclaré que la Cour représentait une menace pour la souveraineté des États-Unis et s’est engagée à durcir ses sanctions, notamment des interdictions d’entrée sur le territoire américain pour les personnels de la CPI, tout en accentuant la pression diplomatique, suscitant des critiques de la part des alliés européens.
La CPI a refusé de commenter.
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