Affaire Hefetz : La chef de la Cour suprême témoigne sur le pot-de-vin présumé
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Affaire Hefetz : La chef de la Cour suprême témoigne sur le pot-de-vin présumé

Esther Hayut n'avait pas averti la police car sa collègue refusait de divulguer des noms dans une affaire de pots-de-vin présumée pour faire cesser l'enquête contre Sara Netanyahu

Esther Hayut, prochaine présidente de la Cour suprême en remplacement de  Miriam Naor, photographie le 10 mai 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)
Esther Hayut, prochaine présidente de la Cour suprême en remplacement de Miriam Naor, photographie le 10 mai 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

La présidente de la Cour suprême Esther Hayut a été convoquée par la police mardi soir pour témoigner sur une offre présumée de pots-de-vin de 2015 faite à une autre juge par un conseiller du Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans le cadre d’un autre rebondissement d’une enquête accélérée sur les proches du dirigeant israélien.

En la convoquant pour interrogatoire, la police a créé une situation sans précédent dans laquelle la chef du pouvoir judiciaire a été contrainte de témoigner dans une affaire liée au chef du gouvernement.

Dans une déclaration faite en fin de soirée par la Cour suprême, Hayut a défendu sa décision de ne pas signaler l’incident à la police il y a plus de deux ans, affirmant que l’histoire de Hila Gerstel était « floue » et que Gerstel ne dévoilait aucune information sur les personnes impliquées.

Selon certaines informations, Nir Hefetz, l’ancien porte-parole des Netanyahu, a proposé de nommer Gerstel comme procureur général si elle acceptait de mettre un terme à l’enquête sur la femme du Premier ministre Sara.

Plus tôt mardi, le journaliste du Maariv, Ben Caspit, a fait part de l’offre présumée de Hefetz, un ami de longue date de la famille Netanyahu, à la juge Gerstel, aujourd’hui à la retraite. La police a confirmé les détails sans mentionner les personnes impliquées.

Dans sa déclaration, Hayut a soutenu qu’elle n’avait entendu parler de l’affaire que par sa collègue « consternée » après coup, après la nomination d’Avichai Mandelblit au poste de procureur-général.

« Elle [Gerstel] lui a dit rétrospectivement et après coup, que la candidature n’était plus pertinente », a déclaré un communiqué de la Cour suprême rendu publique après le témoignage de Hayut.

« En raison des détails limités et de l’histoire vague que Gerstel avait choisi de lui raconter, la présidente [de la Cour suprême] n’avait aucune raison de prendre des mesures de son côté », a ajouté le communiqué.

« Mme Gerstel a exprimé sa consternation à la présidente [du tribunal] au sujet de l’incident, mais elle a ajouté qu’elle ne serait pas en mesure de développer davantage et qu’elle ne pourrait pas lui dire qui était impliqué », selon le tribunal.

Plus tôt dans la journée de mardi, les médias israéliens avaient rapporté que Hayut avait été informée en temps réel de l’offre présumée de Hefetz en 2015.

Nir Hefetz, assistant de longue date du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de la famille, arrive pour une prolongation de sa détention provisoire dans l’affaire 4000 au tribunal de première instance de Rishon Letzion, le 18 février 2018. (Flash90)

Gerstel a été interrogée par les enquêteurs lundi, a rapporté Hadashot, alors que les critiques se demandaient pourquoi le juge à la retraite, et Hayut, ont omis de signaler l’incident à la police en 2015.

Netanyahu n’est pas actuellement soupçonné d’avoir chargé Hefetz de transmettre l’offre à la juge, a rapporté Hadashot.

Le mardi après-midi, le procureur général Mandelblit a rejeté l’insinuation selon laquelle on lui aurait offert un marché semblable.

En réponse au rapport initial faisant état d’une présumée contrepartie, la présidente de Meretz, Zehava Galon, a évoqué la possibilité que Mandelblit puisse également être impliqué dans un arrangement similaire. « Maintenant, nous avons seulement besoin de savoir ce qui a été promis à Mandelblit avant d’être nommé procureur général par Netanyahu et si cela est lié à la lenteur des enquêtes [contre le Premier ministre] », a écrit Galon sur Twitter.

Le procureur général Avichai Mandelblit prend la parole lors d’une conférence à Jérusalem, le 5 février 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Au sujet de l’insinuation selon laquelle on lui avait également proposé un « arrangement honteux », Mandelblit a déclaré que cela ne méritait même pas une réponse.

Le procureur général n’a jamais été et ne fait pas aujourd’hui l’objet de soupçon de corruption », a répondu le bureau du procureur général à une question du Times of Israel.

« Au-delà de cette remarque évidente, la question, et l’insinuation honteuse qu’elle contient, ne mérite même pas une réponse de notre part », a ajouté le bref communiqué.

Hefetz et le directeur du ministère des Communications Shlomo Filber sont en détention depuis dimanche dans le cadre de l’affaire 4000 de la corruption présumée impliquant l’entreprise de télécommunications Bezeq et peut-être Netanyahu lui-même.

Filber était sur le point de signer un accord mardi soir pour devenir témoin de l’Etat, dans un revers pour Netanyahu et un rebondissement spectaculaire dans l’affaire, selon les reportages télévisés.

Le Médiateur de l’Accusation, la juge à la retraite Hila Gerstel, assiste à une réunion du Comité de la Constitution, de la Loi et de la Justice au Parlement israélien le 27 janvier 2016. (Yonatan Sindel/Flash90)

Hefetz et Netanyahu ont tous deux réfuté les soupçons de la police.

Selon le récit de Caspit, Hefetz aurait demandé une rencontre secrète avec un collaborateur de Gerstel, le conseiller stratégique Eli Kamir, et lui aurait dit : « Si vous étiez dans une pièce close avec la juge Gerstel et lui demandiez si elle accepterait de clore l’enquête contre Sara Netanyahu en échange de sa nomination comme procureur général ? Quelle serait sa réponse ? »

Eli Kamir (Capture d’écran de Hadashot)

Sara Netanyahu est soupçonnée d’avoir détourné des fonds publics dans les résidences officielles du couple, ainsi que d’avoir utilisé des fonds publics pour payer des chefs cuisiniers privés lors d’événements familiaux, une aide-soignante pour son père et des travaux d’électricité le week-end au domicile du couple dans la ville côtière de Césarée.

Selon le site Web de Ynet, l’offre a été faite à Gerstel après que Mandelblit a témoigné devant le Comité des nominations de la fonction publique en 2015, affirmant que ses liens étroits avec Netanyahu n’affecteraient pas son jugement juridique dans toute poursuite éventuelle contre lui.

Mandelblit a été secrétaire du cabinet de Netanyahu de 2013 à 2016.

En septembre, Mandelblit a formellement informé Sara Netanyahu qu’il avait l’intention de l’inculper pour fraude pour avoir détourné quelque 360 000 shekels de fonds publics pour son propre usage avec l’intention manifeste d’éviter le paiement de ses dépenses personnelles.

Hefetz, qui a été conseiller du Premier ministre pour les médias de 2014 à 2017, a nié les faits en déclarant à ses enquêteurs : « Cela n’a jamais eu lieu, je nie toute tentative de corruption impliquant Gerstel », a rapporté le journal télévisé Hadashot. Il a également nié qu’il était en pourparlers pour devenir témoin à charge.

Netanyahu a réagi de façon cinglante à l’affaire rapportée, niant tout lien avec l’offre présumée de Hefetz.

« Nir Hefetz n’a jamais fait cette offre absurde de la part du Premier ministre et de sa femme », a déclaré le bureau de Netanyahu. On ne lui a jamais demandé de faire une telle offre, et nous ne pouvons même pas croire qu’Hefetz y ait pensé. Bientôt, le couple Netanyahu sera également accusé de l’assassinat du [leader sioniste Haim] Arlozoroff [en 1933]. »

Gerstel a transmis les détails de l’offre à Hayut peu de temps après, a rapporté Haaretz. Gerstel et Hayut, qui a depuis été nommée présidente de la Cour suprême, sont considérées comme des amies proches.

Hefetz a été cité mardi matin comme l’un des hauts fonctionnaires et anciens fonctionnaires arrêtés dans le cadre de l’enquête Bezeq, Affaire 4000, qui tourne principalement autour de soupçons selon lesquels Netanyahu a décrété des politiques représentant potentiellement des centaines de millions de shekels en faveur de Shaul Elovitch, propriétaire du site web d’information Walla et actionnaire majoritaire de Bezeq, la plus grande société de télécommunications israélienne, en échange d’une couverture positive sur Walla.

Elovitch, sa femme, Iris, et son fils Or, ainsi que Filber, le PDG de Bezeq, Stella Handler, et un cadre supérieur de Bezeq, Amikam Shorer, ont également été arrêtés et condamnés à cinq jours de garde à vue.

Benjamin et Sara Netanyahu devraient également être interrogés dans le cadre de l’enquête sur l’affaire 4000, probablement en tant que suspects.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, au centre, avec son épouse Sara, pendant un rassemblement du Likud pour le soutenir, à Tel Aviv, le 9 août 2017. (Crédit : Jack Guez/AFP)

La semaine dernière, la police a recommandé que M. Netanyahu soit inculpé pour fraude, abus de confiance et corruption dans deux autres affaires.

Dans l’Affaire 1000, Netanyahu et sa femme auraient reçu des dons illicites de bienfaiteurs milliardaires, notamment le producteur d’Hollywood d’origine israélienne Arnon Milchan, pour un montant total de 1 million de shekels (282 000 dollars). En retour, M. Netanyahu est accusé par la police d’être intervenu au profit de Milchan dans des affaires relatives à la législation, aux relations d’affaires et aux visas.

L’affaire 2000 porte sur un accord de contrepartie présumé illicite entre Netanyahu et Arnon Mozes, éditeur du Yedioth Ahronoth, selon lequel le Premier ministre aurait affaibli un quotidien concurrent, Israel Hayom, soutenu par Sheldon Adelson, en échange d’une couverture plus favorable de la part du Yedioth.

Le Premier ministre a également été indirectement lié à l’affaire 3000, une vaste enquête sur la corruption présumée entourant l’achat de plusieurs milliards de shekels de navires et de sous-marins auprès d’un constructeur naval allemand. Bien que Netanyahu ne soit pas cité comme suspect, ses proches associés, dont deux assistants personnels, ont été arrêtés ou interrogés.

Netanyahu a nié tout acte répréhensible dans tous ces cas.

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