Alors qu’Abbas fête ses 83 ans, les Palestiniens s’interrogent sur son héritier
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Alors qu’Abbas fête ses 83 ans, les Palestiniens s’interrogent sur son héritier

Ce sont deux bureaucrates qui semblent être les successeurs les plus probables du président de l'AP qui se trouve toujours accompagné d'un cardiologue

Avi Issacharoff est notre spécialiste du Moyen Orient. Il remplit le même rôle pour Walla, premier portail d'infos en Israël. Il est régulièrement invité à la radio et à la télévision. Jusqu'en 2012, Avi était journaliste et commentateur des affaires arabes pour Haaretz. Il enseigne l'histoire palestinienne moderne à l'université de Tel Aviv et est le coauteur de la série Fauda. Né à Jérusalem , Avi est diplômé de l'université Ben Gourion et de l'université de Tel Aviv en étude du Moyen Orient. Parlant couramment l'arabe, il était le correspondant de la radio publique et a couvert le conflit israélo-palestinien, la guerre en Irak et l'actualité des pays arabes entre 2003 et 2006. Il a réalisé et monté des courts-métrages documentaires sur le Moyen Orient. En 2002, il remporte le prix du "meilleur journaliste" de la radio israélienne pour sa couverture de la deuxième Intifada. En 2004, il coécrit avec Amos Harel "La septième guerre. Comment nous avons gagné et perdu la guerre avec les Palestiniens". En 2005, le livre remporte un prix de l'Institut d'études stratégiques pour la meilleure recherche sur les questions de sécurité en Israël. En 2008, Issacharoff et Harel ont publié leur deuxième livre, "34 Jours - L'histoire de la Deuxième Guerre du Liban", qui a remporté le même prix

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dirige la réunion du Comité central le 25 novembre 2017 (Osama Falah / WAFA)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas dirige la réunion du Comité central le 25 novembre 2017 (Osama Falah / WAFA)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a eu 83 ans lundi et, alors que des rumeurs font état d’une santé déclinante, la spéculation se renforce sur les luttes de pouvoir qui ne manqueront pas de suivre après son départ des responsabilités.

Il y a seulement quelques jours, l’Associated Press a noté qu’Abbas était accompagné en permanence par un cardiologue en raison d’inquiétudes liées à sa santé.

Dans un contexte de battage autour de ce qu’il pourrait survenir « au jour d’après », le leader palestinien continue à travailler, même s’il semble plus fatigué et usé que ce n’était le cas dans le passé.

Ce week-end, il a effectué des visites officielles à Amman, rencontrant, entre autres, Salim Zanoun, président du Conseil national palestinien.

Lundi, Abbas a accueilli le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian, et des entretiens avec d’autres dignitaires en déplacement figuraient également sur son emploi du temps.

Pas de successeur clair

Cela fait des années que le président de l’AP souffre de problèmes cardiaques et son entourage comprend presque toujours une ambulance. Néanmoins, et peut-être en raison de son âge avancé, et peut-être en résultat aussi des nombreuses informations portant sur une santé défaillante, la question de l’identité de son remplaçant a encore une fois émergé, créant l’inquiétude au coeur du système politique palestinien.

Même maintenant, il est difficile de prédire qui succédera à Abbas.

Mahmoud al-Aloul en janvier 2010. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Il semble qu’il y ait deux candidats en tête sur la liste des leaders possibles de l’Autorité palestinienne à l’avenir — le vice-président du Fatah Mahmoud Aloul, et le secrétaire-général du comité central du mouvement du Fatah Jibril Rajoub.

Ces hypothèses pourraient toutefois changer, et elles seraient très certainement révisées si le mouvement organisait de réelles élections. Dans ce cas, le grand gagnant serait probablement Marwan Barghouti, incarcéré dans une prison israélienne pour de multiples condamnations pour meurtre. Mais tout pourrait même évoluer si le Hamas se décidait à soutenir un candidat indépendant comme Salam Fayyad.

Puis il y aurait encore Tawfik Tirawi du Fatah, qui se considère comme un leader palestinien potentiel, ou le rival d’Abbas, Mohammed Dahlane, qui se trouve actuellement aux Emirats arabes unis et qui bénéficie du soutien de l’Egypte et des Emirats arabes unis mais qui est actuellement déclaré persona non-grata en Cisjordanie.

Comment pourrait se dérouler ce changement de tutelle ?

Selon la loi palestinienne, si le président de l’AP se trouve dans l’incapacité d’assumer son rôle, son remplaçant temporaire est le président du Conseil législatif palestinien, un poste actuellement occupé par Aziz Duwaik.

Jibril Rajoub, cadre du Fatah et président de la Fédération palestinienne de football à Ramallah, en Cisjordanie, le 12 octobre 2016. (Crédit : Abbas Momani/AFP)

Des élections visant à désigner un nouveau président doivent avoir lieu 60 jours plus tard.

Néanmoins, Duwaik est un haut-responsable du Hamas – et le Fatah ne lui permettra tout simplement pas de gouverner. Il affirmera plutôt que dans la mesure où les élections parlementaires les plus récentes ont eu lieu au mois de janvier 2006 et que le mandat d’Abbas a officiellement expiré en 2009, la loi ne peut manifestement pas s’appliquer.

Ce qui signifie que si Abbas se trouve dans l’incapacité d’assumer son rôle, il n’existe actuellement aucun consensus qui permettrait de déterminer l’identité de son remplaçant temporaire.

En résultat, c’est la cour constitutionnelle établie par Abbas il y a plus d’un an qui déciderait de l’appareil de gouvernance – temporaire comme permanent. Elle déciderait du remplaçant du président de l’AP au cours des soixante premiers jours – et cette désignation pourrait perdurer dans la mesure où la perspective d’un scrutin organisé à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est est peu probable.

Le gouvernement israélien n’autoriserait probablement pas l’organisation d’élections à Jérusalem-Est si des candidats appartenant au Hamas devaient y participer. Et en l’absence d’élections directes, la même cour constitutionnelle pourrait de la même manière décider du successeur d’Abbas au poste de président de l’Autorité palestinienne.

Mais une chose à la fois.

Commençons par la période de transition de 60 jours. Le scénario le plus probable est que la cour nommerait le chef du Conseil national palestinien, qui est l’organe législatif de l’OLP (organisation de libération de la Palestine). Zanoun, homme politique palestinien âgé de 84 ans, occupe actuellement cette fonction mais il ne réside pas en Cisjordanie de manière permanente.

Ce qui peut expliquer pourquoi Abbas prévoit de rassembler le Conseil national à la fin du mois pour désigner de nouveaux membres permanents au Comité exécutif de l’OLP – pour remplacer ceux qui se trouvent dans l’incapacité de tenir leur rôle en raison de problèmes de santé ou ceux qui ne veulent pas y figurer. L’un des membres du comité, Ghassan Shakaa, est décédé au mois de janvier.

Le secrétaire général de l’OLP, Yasser Abed Rabbo, le 16 octobre 2014 (Crédit : AFP/Abbas Momani)

Il y a également plusieurs personnes qu’Abbas espère pouvoir tenir éloignées du pouvoir, comme Yasser Abed Rabbo.

L’instance exécutive est forte de 18 membres et Abbas voudrait remplacer au moins huit d’entre eux. Il est possible qu’il fasse également remplacer Zanoun.

Ce qui donnerait au moins à la cour constitutionnelle la capacité de décider que c’est le chef du comité exécutif qui remplacera temporairement, si nécessaire, le président de l’AP.

Une autre possibilité est que le nouveau comité exécutif décide que c’est Abbas lui-même qui choisira un successeur à la fonction de président de l’AP (contrairement au vice-président de l’Autorité palestinienne, dont la désignation nécessite l’approbation parlementaire). Cette éventualité donnerait à Abbas une ouverture lui permettant de nommer une personnalité à son goût pour lui succéder. Les proches d’Abbas ont affirmé qu’il avait récemment demandé aux membres du comité exécutif de s’accorder sur plusieurs candidats au poste de vice-président, mais que les membres n’ont pas souhaité – ou n’ont pas pu – le faire.

Et un remplacement permanent ? La cour constitutionnelle pourrait décider qu’en l’absence d’élections, le chef de l’OLP sera également celui de l’Autorité palestinienne jusqu’à la tenue d’un scrutin. Dans une telle situation, la force la plus importante au sein du Comité exécutif de l’OLP est celle qui décidera du remplaçant du président. Ce qui signifie que ce sont les leaders du Fatah, comité central du mouvement, qui nommeraient le prochain président temporaire à long-terme.

Il y a aussi d’autres scénarios : Le chef du Fatah ou son candidat à la présidence pourrait être choisi par le comité central du mouvement. Il faudrait toutefois plusieurs semaines au moins pour convoquer le comité.

Finalement, le scénario le plus probable est que le comité central choisira quelqu’un et que les factions variées de l’OLP se rassembleront autour de lui, au moins jusqu’à la tenue d’élections.

Marwan Barghouti (Crédit : Flash90)

Et là aura lieu la vraie bataille. Quel sera le choix du comité central ? Probablement Aloul ou Rajoub. Ils sont arrivés à la deuxième et à la troisième place lors des élections du comité.

A la première place, néanmoins, trônait Bargouti, qui est encore considéré comme le candidat de tête si des élections ouvertes devaient être organisées pour la présidence de l’AP. Mais les perspectives d’un tel scrutin sont faibles.

Aloul contre Rajoub

Aloul et Rajoub sont tous les deux en bonne position. Ils jouissent tous deux d’une popularité relative au sein du Fatah. Rajoub est favorisé par les membres les plus jeunes, en particulier dans le sud de la Cisjordanie (il appartient à un clan originaire de Dura, au sud de Hébron). Les soutiens d’Aloul se trouvent majoritairement parmi les militants du Tanzim, l’aile armée du Fatah dans le nord de la Cisjordanie (il est un résident de Naplouse).

Qui, entre les deux hommes, est le mieux placé est difficile à déterminer. Si le comité central devait choisir, il semble probable que c’est Rajoub qui l’emporterait – il bénéficie du soutien de Hussain Sheikh, de Mohammad Shtayyeh et d’autres. La majorité des gouverneurs de district sont proches de lui et c’était également le cas dans le passé de ses agents, lorsqu’il était à la tête des forces préventives de sécurité en Cisjordanie. Rajoub a également gagné en popularité en tant que président de l’Association palestinienne de football et de président du comité olympique palestinien.

D’un autre côté, Aloul est considéré comme un individu ayant des connexions fortes avec les forces armées de Naplouse et dans les plus importants camps de réfugiés palestiniens, notamment à Balata et à Askar. D’une manière presque suspecte, ceux qui ont su maintenir des liens étroits avec lui reçoivent armement et financements.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu serre la main de Saeb Erekat à Jérusalem, en avril 2012. Ils sont accompagnés de Yitzhak Molcho, assistant de Netanyahu, et de Majed Faraj, chef de la sécurité de l’Autorité palestinienne. (AMOS BEN GERSHOM / GPO / FLASH90)

Aloul a un autre avantage majeur : Selon les responsables du Fatah, le chef des renseignements généraux en Cisjordanie, le général Majed Faraj, considéré comme « le ministre palestinien de la Sécurité », le soutient parmi ses adversaire du Fatah.

Tandis que Faraj lui-même a été décrit par des médias variés comme un candidat à la succession d’Abbas, il est encore incertain que cela soit véritablement le cas. Pour une bonne raison : Faraj n’est pas membre du comité central et il ne peut être choisi en conséquence pour devenir le chef du Fatah. Et pour une autre raison également : Comme Abbas, il souffre de problèmes de coeur.

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