Alors que Winter s’apprête à cannibaliser son bloc, Netanyahu a de quoi s’inquiéter
Amkha Yisrael pourrait surtout siphonner des voix aux alliés de la coalition et au Likud, alors que les rivaux du Premier ministre et les petites formations de droite érodent déjà son électorat
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S’adressant mardi soir aux résidents d’implantation de Cisjordanie, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a lancé un appel passionné pour qu’ils ne votent pas en faveur des nouveaux partis de droite apparus ces derniers mois.
Il a averti que la dispersion des voix entre une poignée de nouveaux partis les empêcherait tous d’atteindre le seuil de 3,25 % nécessaire pour entrer à la Knesset. Et même si un parti parvenait à entrer à la Knesset, ce serait au détriment d’un allié idéologique, s’est-il plaint.
« Ceux qui ne franchissent pas le seuil électoral gaspillent leurs voix. Ceux qui le franchissent feront tomber un parti existant », a déclaré Netanyahu, dans son deuxième appel de ce type en autant de jours.
« Il n’y a donc qu’un seul message pour tous les nouveaux partis de droite : partez, ou unissez-vous aux partis existants. Si l’avenir de l’État d’Israël vous tient à cœur, c’est ce que vous devez faire. »
Parmi les personnes désignées par Netanyahu comme susceptibles de jouer les trouble-fête figurait Ofer Winter, un ancien général controversé de l’armée israélienne qui, plus tôt dans la soirée, avait lancé le parti de droite « Amkha Yisrael » (« Ton peuple, Israël »), promettant de « tout faire pour former un gouvernement de droite aussi large que possible, avec autant de partenaires sionistes que possible ».
Winter est en quelque sorte un élément imprévisible.
Il a insisté sur le fait que lui et ses collègues faisaient « clairement et définitivement partie du camp de droite » et a laissé entendre qu’il ne soutiendrait pas le principal rival de Netanyahu, Gadi Eisenkot, pour le poste de Premier ministre. Dans le même temps, Winter a vivement critiqué la direction de Netanyahu, affirmant que les citoyens n’accepteraient pas que « tout reste inchangé sur la scène politique ».
Sur le papier, Winter menace surtout directement le parti HaTzionout HaDatit de Bezalel Smotrich, en puisant son soutien dans la même base nationaliste favorable aux implantations, mais sans le fardeau d’avoir été aux commandes le 7 octobre 2023, ni d’avoir voté en faveur des initiatives des Haredim visant à éviter la conscription.
À l’heure où nous écrivons ces lignes, il existe peu de sondages fiables permettant d’estimer l’ampleur du soutien dont pourrait bénéficier Winter, ni d’en déterminer l’origine. Un sondage publié mercredi par Walla, le premier depuis avril, attribuait six sièges au parti de Winter et plaçait Smotrich en deçà du seuil électoral.
Toutefois, un autre sondage publié le même jour par la Treizième chaîne, réalisé auprès de plus de 1 400 personnes – l’un des plus importants menés à ce jour dans le cadre de cette campagne électorale -, indiquait que Winter ne parviendrait pas à entrer à la Knesset, tandis que HaTzionout HaDatit se maintenait à cinq sièges. Ce sondage prévoyait une chute du Likud à 19 sièges, ce qui constituerait le pire résultat jamais attribué au parti de Netanyahu par l’institut de sondage de cette chaîne.
Quoi qu’il en soit, le camp de droite dirigé par Netanyahu semble ne pas disposer du soutien nécessaire pour former une coalition majoritaire de 61 sièges, une situation à laquelle l’entrée en lice de Winter ne semble pas remédier. (Même un sondage d’i24, dont les résultats ont toujours attribué au Likud des scores bien plus élevés que presque tous les autres instituts, prévoyait l’entrée à la Knesset de Winter et de Smotrich, mais indiquait une perte de sièges suffisamment importante pour le Likud pour que la coalition potentielle n’atteigne pas les 61 sièges.)
Cette tendance est bel et bien réelle et préoccupante pour la coalition, même si les sondages présentés par la plupart des médias israéliens sont souvent « ridicules et peu fiables », a déclaré mercredi au Times of Israel le sondeur Nimrod Nir, de l’Institut Agam et de l’Université hébraïque de Jérusalem.
Nir a fait valoir que des échantillons de 600 personnes ou moins sont trop petits pour être fiables, d’autant plus qu’ils comportent une marge d’erreur (généralement d’environ ± 4,2 %) supérieure au seuil électoral.
Toutefois, un sondage mené auprès de 4 617 personnes, réalisé avant le lancement de la campagne de Winter cette semaine, a également révélé que ce dernier était plus susceptible de grignoter des voix à la coalition pro-Netanyahu que d’attirer des suffrages de l’autre bord.
« Si vous me demandez : ‘Pensez-vous que Winter puisse constituer une menace pour le bloc de Netanyahu ?’, la réponse est un oui sans équivoque », a déclaré Nir.
Selon le sondeur, la majorité du soutien dont bénéficie Winter provient du Likud, de HaTzionout HaDatit et d’Otzma Yehudit, « un peu plus de 40 % » des personnes susceptibles de voter pour Amkha Yisrael lors des prochaines élections ayant auparavant voté pour ces deux derniers partis.
Dans l’ensemble, a-t-il précisé, « 69 % des personnes qui ont l’intention de voter pour Winter ou qui envisagent de le faire proviennent du bloc [de Netanyahu] », tandis que « seules 18 % proviennent du bloc libéral ».
Outre Amkha Yisrael, plusieurs autres partis de droite ont vu le jour ces derniers mois et se disputent également les voix des électeurs de droite. Bon nombre d’entre eux font partie du « Troisième Bloc », dont l’objectif est de détourner des voix du Likud et de forcer un compromis avec les partis d’opposition sionistes afin de former un large gouvernement d’union sioniste.
On y trouve « Yisrael Rishona » (« Israël d’abord ») de Sharren Haskel, « HaBayit Tzioni – HaMilouimnikim » (« Foyer sioniste – Les Réservistes ») de Yoaz Hendel et « HaAkhdut » (« L’Unité » en hébreu) de Gilad Erdan et Yuli Edelstein. Aucun d’entre eux ne devrait franchir le seuil électoral, mais tous trois pourraient néanmoins siphonner suffisamment de voix pour affaiblir les partis soutenant Netanyahu.
Les problèmes du Premier ministre vont toutefois au-delà des divisions au sein de son propre bloc : le Likud semble perdre des soutiens au profit de ses rivaux de l’autre côté de l’hémicycle. Le Likud avait remporté 32 sièges lors des dernières élections, mais ne recueillerait plus que 22 à 24 sièges selon de nombreux sondages récents.
Selon la chaîne publique Kan, le Premier ministre aurait récemment déclaré à ses proches : « Nous avons perdu dix sièges, et je ne sais pas comment les récupérer », laissant entendre qu’il estimait sa situation encore plus grave que ne le laissaient entrevoir les sondages d’opinion. Le Likud a rejeté cette information de Kan, la qualifiant de « fausse nouvelle ».
Si les partis du « Troisième Bloc » devaient fusionner, ils pourraient encore davantage détourner d’électeurs mécontents du camp de Netanyahu, y compris les plus de 40 % d’électeurs du Likud qui, en mai, envisageaient ou avaient décidé de soutenir un autre parti lors des élections à la Knesset de cet automne.
Selon la chaîne N12, Erdan a rencontré mercredi le chef de Kakhol Lavan, Benny Gantz, dont le parti devrait lui aussi passer sous le seuil électoral, afin de discuter d’une éventuelle fusion avant les élections du 27 octobre.
Dans un message publié sur Telegram, le journaliste politique d’Israel Hayom, Bini Aschkenasy, a indiqué que cette rencontre faisait suite à deux semaines d’échanges par SMS entre Gantz et Erdan, et qu’elle s’était bien déroulée, les deux parties ayant convenu de se revoir prochainement.
S’adressant mercredi au Times of Israel, le partenaire politique d’Erdan, Yuli Edelstein, a déclaré : « Il n’y a pas de négociations en cours… pour le moment, car malheureusement, comme nous le savons tous, en politique, pour une raison ou une autre, tout [est reporté jusqu’à] la fin de la partie, et je suis certain que les discussions sérieuses auront lieu vers le début du mois de septembre, et que les accords seront signés, dans le meilleur des cas, le 6 septembre. »
La date butoir pour le dépôt des listes électorales officielles par les partis est fixée au 8 septembre.
Toutefois, a précisé Edelstein, « cela ne signifie pas que nous ne pouvons pas nous parler, nous écrire ou nous rencontrer autour d’un café. Mais les négociations, je vous le dis en toute honnêteté, auront lieu dans une semaine environ. Et ce n’est pas seulement nous : tous les partis commenceront vraiment à discuter lorsque la situation deviendra critique. »
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