Annulation de la réunion de cabinet : Likud et Kakhol lavan aggravent l’impasse
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Annulation de la réunion de cabinet : Likud et Kakhol lavan aggravent l’impasse

Les partis ne se sont pas entendus sur l'ordre du jour de la réunion hebdomadaire, marquant un nouveau creux dans la coalition qui s'effrite

Le Premier ministre  Benjamin Netanyahu (Droite) et le ministre de la Défense Benny Gantz participent à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem le 7 juin 2020. (Photo par MENAHEM KAHANA / AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (Droite) et le ministre de la Défense Benny Gantz participent à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem le 7 juin 2020. (Photo par MENAHEM KAHANA / AFP)

La coalition au pouvoir en Israël semble s’être rapprochée de la dissolution samedi soir, alors que les deux factions Likud et Kakhol lavan ont annoncé qu’il n’y aurait pas de réunion du cabinet ce dimanche, se rejetant mutuellement la responsabilité de l’impasse.

Cette annonce extraordinaire a mis en lumière une crise de coalition croissante, les deux partis semblant s’enliser dans des spéculations effrénées sur l’imminence de nouvelles élections et l’intensification de leur querelle autour du budget d’État.

Dans le cadre de leur accord de coalition, les deux partis doivent approuver l’ordre du jour de la réunion hebdomadaire du cabinet, qui se tient généralement le dimanche. Mais en l’absence d’accord sur l’ordre du jour, la réunion a été annulée.

Dans un communiqué, le Likud a accusé Kakhol lavan de refuser d’approuver un point de l’ordre du jour concernant une proposition de programme d’aide au coronavirus de 8,5 milliards de shekels (2,125 milliards d’euros).

« La réunion du cabinet ne se tiendra pas demain en raison du refus de Kakhol lavan de mettre à l’ordre du jour un plan d’assistance économique du gouvernement, par le Premier ministre et le ministre des Finances », a déclaré le parti.

« Le plan créera environ 10 000 nouveaux emplois dans l’économie », a-t-il ajouté. « Le Likud demande à Kakhol lavan de ne pas empêcher le transfert de fonds aux citoyens d’Israël en ce moment, alors qu’il fait face à la crise du coronavirus. »

Des Israéliens portent des masques de protection à Tel Aviv, le 4 août 2020. (Miriam Alster/Flash90)

Kakhol lavan a répondu en accusant que la réunion avait été annulée « en raison de l’insistance du Likud à ne pas respecter l’accord de coalition ».

« Ce n’est pas la première fois que le Likud ne respecte pas ses engagements, et toute autre excuse est un mensonge complet pour l’opinion publique israélienne », a-t-il déclaré.

Il a décrit la proposition du plan d’assistance comme un écran de fumée, disant qu’elle n’avait pas encore été finalisée.

La principale pomme de discorde entre les partis tourne autour du budget, suscitant des spéculations fébriles sur le fait qu’Israël pourrait se diriger vers sa quatrième élection en moins de deux ans.

« L’adoption d’un budget sur deux ans signifie que [le ministre de la Défense Benny] Gantz deviendra Premier ministre [en 2021] », ont déclaré deux responsables du Likud selon les informations de la Douzième chaîne.

La chaîne a également rapporté samedi que Netanyahu avait commencé à chercher des transfuges potentiels qui lui permettraient de mettre en place un gouvernement alternatif et d’éviter les élections. Il aurait récemment rencontré la ministre de l’Immigration, Pnina Tamano-Shata, de Kakhol lavan, et aurait cité des responsables du parti de Gantz qui ont déclaré que la réunion avait pour but de l’enrôler pour qu’elle change de camp.

« Celui qui cherche à la faire entrer dans un gouvernement restreint perd son temps », a déclaré la chaîne, citant une déclaration faite en son nom.

La députée Pnina Tamano-Shata à la Knesset, le 12 juillet 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le chef de l’opposition Yair Lapid, dirigeant du parti Yesh Atid-Telem, a déclaré à la Treizième chaîne d’information qu’il soutiendrait le projet de loi du Meretz interdisant à un membre de la Knesset faisant l’objet d’une accusation pénale de former un gouvernement si de nouvelles élections étaient convoquées. Il a déclaré qu’il s’attendait à ce que ses anciens alliés de Kakhol lavan soutiennent cette initiative.

« Au moins une fois, ils tiendront une promesse faite aux électeurs », a dit M. Lapid à propos de Kakhol lavan.

Le gouvernement a jusqu’au 25 août pour approuver un budget, sinon il sera automatiquement dissous. Netanyahu et Gantz ont convenu d’adopter un budget jusqu’en 2021 dans le cadre de l’accord de coalition entre leurs partis, mais le Premier ministre demande un budget qui ne couvre que le reste de l’année 2020, en invoquant l’incertitude causée par la pandémie de coronavirus. Gantz, en revanche, insisté sur un budget qui s’étendrait jusqu’à l’année prochaine.

Dans une interview diffusée samedi, Gantz a tenu bon, affirmant qu’il ne laisserait pas tomber sa demande concernant un budget qui va jusqu’en 2021.

« Pour stabiliser le gouvernement, un plan est nécessaire pour 2020-2021. Pas un budget pour les vacances ou [pour un] week-end, un budget pour une année entière », a-t-il déclaré à la Douzième chaîne d’information. « Je ne céderai pas. »

Des panneaux d’affichage de la campagne électorale du Likud et de son leader, le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au premier plan), et du parti Kakhol lavan dirigé par Benny Gantz (à l’arrière-plan), à Bnei Brak, le 23 février 2020. (AP Photo/Oded Balilty)

Gantz et Netanyahu se sont mis d’accord sur un partage du pouvoir en mai après que trois tours consécutifs d’élections se soient révélés infructueux. L’accord a entraîné la scission de Kakhol lavan, en raison de la promesse faite par le parti durant la campagne de ne pas rejoindre un gouvernement dirigé par le Premier ministre en raison des accusations de corruption portées contre lui.

Alors que Netanyahu doit céder le poste de Premier ministre à Gantz s’il convoque de nouvelles élections avant que le chef de Kakhol lavan ne prenne la tête du gouvernement en novembre 2021, l’accord de coalition a fait une exception en cas d’échec de l’adoption du budget, ce qui laisse supposer que le chef du Likud force désormais la crise autour du budget pour éviter de devoir quitter son poste dans 15 mois.

Selon un reportage de la Douzième chaîne d’information, mardi, Netanyahu proposerait de verser des centaines de millions de shekels aux yeshivot en dehors du cadre budgétaire afin de réduire l’opposition des partis ultra-orthodoxe Shas et Yahadout HaTorah à la dissolution du gouvernement et à la convocation d’élections.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à gauche) avec le président du parti Shas, le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, le 4 mars 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

La chaîne a déclaré que les objections des ultra-orthodoxes concernant les élections étaient basées sur la crainte de retarder encore le budget – et avec lui le versement des fonds pour les yeshivot.

Le Shas et Yahadout HaTorah ont tous deux soutenu M. Netanyahu lors des élections de l’année dernière, mais ont menacé de renoncer à leur alliance avec le Premier ministre si des désaccords sur le budget conduisaient à de nouvelles élections. Jeudi, les dirigeants des deux partis ont déclaré qu’il serait « complètement fou » d’organiser de nouvelles élections alors qu’Israël est aux prises avec la pandémie de coronavirus et les retombées économiques qui l’accompagnent.

« Nous ne coopérerons à aucun effort pour anticiper les élections. L’adoption d’un budget est à l’ordre du jour », ont déclaré le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, le ministre du Logement Yaakov Litzman et le député Moshe Gafni dans une déclaration commune.

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