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Après cinq ans au volant, la route reste longue pour les Saoudiennes

L'octroi de cette nouvelle liberté est l'une des réformes phares menées dans la monarchie du Golfe sous l'impulsion du jeune et puissant prince héritier, Mohammed ben Salmane

Une femme entre dans un véhicule à Riyad, le 5 juillet 2023. (Crédit : Fayez Nureldine / AFP)
Une femme entre dans un véhicule à Riyad, le 5 juillet 2023. (Crédit : Fayez Nureldine / AFP)

Il y a cinq ans, Jawhara al-Wabili a été l’une des premières femmes à prendre le volant en Arabie saoudite, à la faveur d’un mouvement d’ouverture dans le royaume ultraconservateur, que certaines militantes accusent d’être uniquement une façade.

« J’ai conduit dès que l’interdiction (pour les femmes de conduire) a été levée », en 2018, raconte cette Saoudienne de 55 ans, qui habite à Bouraidah, une grande ville du centre du pays.

Elle se souvient avoir donné à l’époque des cours de conduite gratuits pour aider les femmes à prendre le volant, dans un pays où les transports en commun sont quasi inexistants.

L’octroi de cette nouvelle liberté est l’une des réformes phares menées dans la monarchie du Golfe sous l’impulsion du jeune et puissant prince héritier, Mohammed ben Salmane.

Depuis, les Saoudiennes ont obtenu beaucoup d’autres droits, affirme Mme Wabili.

Elles sont désormais « ambassadrices, ministre adjointe, membres des conseils d’administration des banques, directrice d’université » et même astronaute, dit-elle, donnant l’exemple de Rayyanah Barnawi, première femme arabe envoyée dans l’espace en mai dernier.

Avec l’abolition de la police des mœurs, l’autorisation de la mixité dans les événements publics et la levée de l’obligation de porter l’abaya traditionnelle, une robe couvrant le corps, la société saoudienne peut donner l’impression d’avoir changé.

Mais les militantes des droits humains, basées à l’étranger, dressent un bilan plus contrasté, dénonçant notamment la répression dont sont victimes les voix critiques.

« De plus en plus de femmes sont en prison pour ne pas avoir porté l’abaya, avoir dansé en public ou simplement partagé leur opinion sur Twitter », affirme Lina al-Hathloul, de l’association de défense des droits de l’homme ALQST, à Londres.

« Oui, il y a des changements sociaux » mais les Saoudiennes vivent « dans une peur constante de ne pas vraiment savoir (…) ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. »

Des femmes devant un panneau « I LOVE RIYADH » dans un centre commercial de Riyad, la capitale de l’Arabie saoudite, le 31 octobre 2020. (Crédit : FAYEZ NURELDINE / AFP)

Participation économique

Les autorités, elles, mettent en avant les progrès accomplis et leur ambition de faire de la monarchie pétrolière, longtemps fermée aux visiteurs, une destination touristique et d’affaires.

Lors d’évènements internationaux comme le Forum économique de Davos, elles mettent en avant la forte augmentation du nombre de femmes dans la population active : de 16 % en 2016, elles sont désormais 37 %.

« Après leur décision sur la conduite, toutes les politiques mises en place ont permis de faire évoluer le rôle traditionnel de la femme dans la société », abonde l’analyste saoudienne Najah Al-Otaibi, basée à Londres.

Dès leur descente de l’avion, les visiteurs sont accueillis par des agentes saoudiennes, souriantes et parfaitement anglophones. Durant leur séjour, ils voient des femmes au volant des taxis privés, mécaniciennes dans des garages, ou même aux commandes du train à grande vitesse qui transporte les pèlerins vers La Mecque, la ville la plus sacrée de l’islam.

Une femme quitte une aire de service réservée aux femmes dans un restaurant de Jiddah, en Arabie Saoudite, le 8 décembre 2019. (Crédit : AP Photo/Amr Nabil)

« Illusion »

Mais au sein des foyers, la réalité est parfois tout autre.

« Toutes ces réformes sont (…) sur le papier, cela ne veut pas nécessairement dire qu’elles sont mises en œuvre en pratique », nuance la chercheuse Sussan Saikali du Arab Gulf States Institute à Washington.

Présentée comme « progressiste » par Ryad, une loi très attendue sur le statut personnel et adoptée en 2022 a été critiquée par l’ONG Human Rights Watch, qui y voit des « dispositions discriminatoires à l’égard des femmes concernant le mariage, le divorce et les décisions relatives à leurs enfants ».

Selon la militante saoudienne Hala Al-Dossari, basée aux États-Unis, « rien n’a changé » dans les familles les plus conservatrices, où les femmes continuent d’être à la merci de leur tuteur masculin.

Certaines ont eu « l’illusion que grâce à l’assouplissement des restrictions sur le code vestimentaire et la mixité, elles pouvaient désormais agir plus librement. Malheureusement, nombre d’entre elles ont été victimes de l’oppression de l’État ou de leur propre famille. »

En novembre 2022, Manahel al-Otaibi a été arrêtée après avoir publié des messages sur les réseaux sociaux critiquant les lois sur la tutelle masculine et le port de l’abaya.

Cette Saoudienne d’une trentaine d’années a été accusée de lancer une « campagne de propagande » et renvoyée devant la Cour pénale spécialisée, une juridiction établie en 2008 pour traiter les affaires liées au terrorisme, mais aussi largement utilisée pour juger des dissidents politiques et des militants des droits humains.

Ces derniers estiment que le seul objectif du royaume est d’améliorer son image et en veulent pour preuve sa volonté de museler toute critique, souligne Mme Saikali.

« Malheureusement, arrêter les personnes qui s’expriment, ça n’aide pas vraiment non plus à améliorer son image », dit-elle.

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