Ashrawi fustige l’ONU après le retrait du rapport sur “l’apartheid” israélien
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Ashrawi fustige l’ONU après le retrait du rapport sur “l’apartheid” israélien

Les Palestiniens affirment que la réalité est un “nettoyage ethnique” et que le secrétaire général s’adonne au “chantage politique” en rejetant le rapport fustigeant Israël

Hanan Ashrawi, membre du comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), en janvier 2012. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)
Hanan Ashrawi, membre du comité exécutif de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), en janvier 2012. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Les dirigeants palestiniens ont condamné samedi les Nations unies, qui ont supprimé un rapport de l’agence qui accusait Israël d’être un « régime d’apartheid » coupable de « domination raciale » sur les Palestiniens.

Publié la semaine dernière par la Commission économique et sociale des Nations unies pour l’Asie occidentale (CESAO), qui siège à Beyrouth, au Liban, le rapport a été vivement critiqué par les responsables israéliens et américains, et a entraîné la démission de la directrice de la CESAO en guise de protestation contre le rejet de son rapport par l’ONU. Le secrétaire général des Nations unies a ordonné que le rapport soit supprimé des sites internet de l’ONU.

Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne (AP), aurait appelé Rima Khalaf, la présidente de la commission, pour la féliciter de sa démission, et pour lui promettre les plus grands honneurs de l’AP.

Hanan Ashrawi, membre du Comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a accusé le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, de s’adonner à de l’intimidation sur motif politique en rejetant ce rapport.

« Au lieu de succomber au chantage politique ou de se permettre d’être censurées ou intimidées par des parties extérieures, les Nations unies devraient condamner les actes décrits dans le rapport et en tenir Israël pour responsable », a déclaré Ashrawi, selon Wafa, l’agence de presse officielle de l’AP.

Rima Khalaf en 2014. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Rima Khalaf en 2014. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Elle a salué le rapport, « un pas dans la bonne direction », qui souligne « la vraie réalité sur le terrain, qui est celle d’un apartheid, d’un nettoyage ethnique et d’une occupation militaire ». Elle a également demandé à Guterres de « prendre de sérieuses et concrètes mesures pour tenir Israël responsable de ses violations persistantes du droit international et des droits de l’Homme. »

Riyad al-Maliki, le ministre des Affaires étrangères de l’AP, a lui aussi condamné la suppression du rapport par les Nations unies.

« Enterrer le rapport n’enterre pas la réalité sur le terrain », a-t-il déclaré, selon la Deuxième chaîne.

Après la publication du rapport, intitulé « Pratiques israéliennes envers le peuple palestinien et la Question de l’apartheid » par la CESAO, qui compte 18 états-membres arabes, mercredi dernier, les Etats-Unis ont demandé que le document soit supprimé des sites internet des Nations unies. « Les Etats-Unis sont scandalisés par le rapport », avait déclaré dans un communiqué Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations unies.

Guterres avait commencé par se distancier du rapport, avant d’ordonner sa suppression du site de la CESAO.

Khalaf, secrétaire exécutive de la CESAO, a annoncé vendredi sa démission pour protester contre l’ordre de Guterres.

 António Guterres, secrétaire général des Nations unies, à Riyad, le 12 février 2017. (Crédit : Mohammed Al Deghaishim/Nations unies)
António Guterres, secrétaire général des Nations unies, à Riyad, le 12 février 2017. (Crédit : Mohammed Al Deghaishim/Nations unies)

« Le secrétaire général m’a demandé hier matin [jeudi] de retirer [le rapport]. Je lui ai demandé de repenser sa décision, il a insisté, j’ai donc présenté ma démission des Nations unies », a déclaré Khalaf vendredi pendant une conférence de presse à Beyrouth.

« Nous attendions bien sûr qu’Israël et ses alliés fassent fortement pression sur le secrétaire général des Nations unies pour qu’il désavoue le rapport, et qu’ils lui demandent de le retirer », a ajouté Khalaf, qui était également sous-secrétaire générale de Guterres.

Guterres a accepté la démission de Khalaf. Son porte-parole, Stéphane Dujarric, a expliqué aux médias à New York que « le secrétaire général ne peut pas accepter qu’un sous secrétaire général ou tout autre responsable des Nations unies […] autorise une publication sous le logo de l’ONU sans consulter les départements concernés et lui-même. »

Danny Danon, l’ambassadeur d’Israël aux Nations unies, et Nikki Haley ont salué la démission de Khalaf. Elle est critiquée depuis longtemps par les responsables israéliens en raison de ses positions anti-israéliennes.

Danon a déclaré que la décision de Guterres était « une mesure importante dans l’arrêt de la discrimination contre Israël. » Dans un communiqué, Danon a déclaré que « les militants anti-Israël n’ont pas leur place aux Nations unies. Il est temps de mettre fin à cette pratique, où les responsables des Nations unies utilisent leur position pour faire avancer leur agenda anti-Israël. »

L'ambassadeur israélien à l'ONU Danny Danon lors d'une conférence anti-BDS au siège des Nations Unies à New York, le 17 novembre 2016. (Crédit : Harel Rintzler)
L’ambassadeur israélien à l’ONU Danny Danon lors d’une conférence anti-BDS au siège des Nations Unies à New York, le 17 novembre 2016. (Crédit : Harel Rintzler)

Il a ajouté que « au cours des années, Khalaf a travaillé dans le but de nuire à Israël et de défendre le mouvement BDS. Son retrait des Nations unies était attendu depuis longtemps », a déclaré Danon en faisant référence au mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions contre Israël.

Nikki Haley a déclaré dans un communiqué que « quand quelqu’un publie un rapport faux et diffamatoire au nom de l’ONU, il est pertinent que cette personne démissionne. Les agences des Nations unies doivent faire un meilleur travail pour éliminer les travaux biaisés et faux, et j’applaudis la décision du secrétaire général de prendre ses distances avec celui-ci. »

Le rapport de la CESAO affirmait que les « preuves disponibles établissent au-delà du doute raisonnable qu’Israël est coupable de politiques et de pratiques qui constituent un crime d’apartheid, comme il est légalement défini par le droit international. »

Ses auteurs concluaient qu’ « Israël a établi un régime d’apartheid qui institutionnalise systématiquement l’oppression raciale et la domination du peuple palestinien en général. »

La commission avait fustigé la loi du Retour israélienne, « conférant aux Juifs du monde entier le droit d’entrer en Israël et d’obtenir la nationalité israélienne quels que soient leurs pays d’origine, qu’ils puissent ou non montrer des liens avec Israël – Palestine, tout en refusant tout droit comparable aux Palestiniens, y compris ceux qui ont des documents prouvant que leurs maisons ancestrales sont dans le pays ». Selon la CESAO, cette politique qualifiée d’ « ingénierie démographique » vise à maintenir le statut d’Israël comme Etat juif.

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, et Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis, à New York, le 27 janvier 2017. (Crédit : Bryan R. Smith/AFP)
Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, et Nikki Haley, ambassadrice des Etats-Unis, à New York, le 27 janvier 2017. (Crédit : Bryan R. Smith/AFP)

Le rapport accusait également Israël de « pratiques » qui ont fragmenté les Palestiniens, affirmant que c’était la « méthode principale par laquelle Israël impose un régime d’apartheid. »

Le rapport a été notamment écrit par Richard Falk, professeur émérite de Princeton et anti-Israël notoire, qui était précédemment le rapporteur spécial des Nations unies pour les droits de l’Homme en Palestine, et par Virginia Tilley, une Américaine spécialiste de sciences politiques qui a écrit le livre The One-State Solution (La solution à un état) en 2005.

Haley a décrit Falk comme « un homme qui a répété à plusieurs reprises des propos biaisés et profondément offensants sur Israël, et a adopté des théories du complot ridicules. »

Des agences ont contribué à cet article.

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