Attaque intolérable de Trump contre la démocratie et ses répercussions en Israël
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Opinion

Attaque intolérable de Trump contre la démocratie et ses répercussions en Israël

L’insistance dangereuse du président pour l’arrêt du dépouillement et ses accusations sans preuves de fraude provoquent des inquiétudes et font écho à Jérusalem

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le président américain Donald Trump s'exprime dans la salle de briefing Brady de la Maison Blanche à Washington, DC, le 5 novembre 2020. Il prétend avoir remporté l'élection mais qu’on lui a volé la victoire. (Brendan Smialowski / AFP)
Le président américain Donald Trump s'exprime dans la salle de briefing Brady de la Maison Blanche à Washington, DC, le 5 novembre 2020. Il prétend avoir remporté l'élection mais qu’on lui a volé la victoire. (Brendan Smialowski / AFP)

Au cœur d’une pandémie qui a fait plus de 230 000 morts dans le pays, des dizaines de millions d’Américains ont choisi, en toute légalité, de poster leur bulletin de vote pour l’élection présidentielle de mardi – en grande partie, sans doute, par crainte des mouvements de foules et donc d’une potentielle contagion aux bureaux de vote.

Jeudi soir, après avoir déjà tweeté son exigence inconcevable de cesser le dépouillement des voix, le président américain Donald Trump a indûment affirmé depuis le podium de la Maison Blanche que le dépouillement de ces bulletins de vote constituait une fraude électorale.

Trump a noté, ce qui est vrai, qu’il avait été largement en tête dans de nombreux États-clés de l’affrontement au moment où ils ont achevé le compte des votes exprimés physiquement dans les bureaux de vote le jour du scrutin, mais que désormais sa marge d’avance s’était « érodée ».

L’élection est « truquée », affirme-t-il, sans fondement. La victoire lui a été volée, déclare-t-il sans preuves. Ses rivaux démocrates trouvent
« mystérieusement » suffisamment de bulletins de vote pour mener son rival Joe Biden à la victoire. Les observateurs républicains sont empêchés de surveiller le dépouillement, et certains parmi les exclus, a-t-il sinistrement prévenu, sont « fâchés » et deviennent « quelque peu
violents ».

De toute évidence, la diatribe de 17 minutes de Trump est un acte de désespoir – une explosion d’un dirigeant contre le peuple, qui lui avait accordé son pouvoir il y a quatre ans, et qui le lui retire, selon toutes vraisemblances. C’est aussi une attaque dangereuse contre le processus démocratique – proférée depuis le lieu emblématique d’où les présidents élus sont chargés de gouverner tous les Américains, le lieu où les alliés internationaux des États-Unis reviennent chercher des conseils et un soutien fiables.

Inutile de dire que s’il y a des preuves de fraude dans le processus électoral de 2020, notamment dans le dépouillement des bulletins, il devra y avoir – et il y aura – une enquête. Seuls les bulletins légalement exprimés doivent compter, mais l’ensemble de ces bulletins doivent être comptés, et le résultat de l’élection doit être déterminé sur cette base. Inutile de dire que l’exigence d’arrêter le processus et l’affirmation sans fondement selon laquelle des fonctionnaires, des rivaux, des sondeurs, des médias et d’autres forces ont conspiré pour tenter de le retirer du pouvoir de façon illicite sont indéfendables, en particulier de la part du président, et les conséquences en sont tout bonnement imprévisibles.

Vue de Jérusalem, cette crise de la démocratie américaine orchestrée par la présidence suscite des inquiétudes et des échos particuliers. L’engagement de l’Amérique dans notre région, en tant que force de stabilité et de liberté, est un élément essentiel de la défense stratégique d’Israël. Une Amérique fiable, une Amérique qui partage nos valeurs démocratiques, est un partenaire vital pour nous et une force de dissuasion puissante pour nos ennemis. Ce n’était pas l’Amérique qu’incarnait le président jeudi soir.

Face à sa défaite, la harangue sans borne de Trump contre le système grâce auquel il a été dûment élu, enfonce le couteau dans la plaie ouverte par certaines des manœuvres désespérées de notre propre Premier ministre en ses heures les plus sombres : Benjamin Netanyahu n’a jamais semblé aussi délibérément délirant, mais il a lui aussi, au moment des élections, mis en doute la légitimité des votes dans la communauté arabe et a envoyé des militants armés de caméras pour tenter de décourager les électeurs arabes. Lui aussi, en cherchant à conserver le pouvoir malgré ses problèmes judiciaires, a bafoué la légitimité des institutions démocratiques d’Israël, des médias et de l’opposition – en affirmant sans preuve que des forces de l’ombre, notamment les forces de l’ordre et les autorités judiciaires, conspiraient pour l’écarter du pouvoir de façon illégale.

Un sondage réalisé la semaine dernière par l’Israel Democracy Institute a révélé que 70 % des Juifs israéliens et 63 % de tous les Israéliens considéraient Trump comme le candidat présidentiel « préférable » à Biden du « point de vue des intérêts d’Israël ». Cela est tout à fait compréhensible compte tenu de la longue série de discours et d’actes de l’administration Trump approuvés par le public israélien – la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, le déménagement de l’ambassade américaine dans cette ville, la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le plateau du Golan, le retrait de l’accord de 2015 avec l’Iran et la pression financière exercée sur l’Iran, l’adoption d’une position moins favorable aux demandes palestiniennes que les administrations précédentes et la négociation des accords de normalisation avec les Émirats arabes unis, le Bahreïn et le Soudan.

Il est peu probable que de nombreux Israéliens aient été réveillés à
2 heures du matin pour regarder la performance dangereuse et désolante de Trump. Même s’ils l’ont entendu, ils pourraient bien s’en tenir à leur réponse initiale à la question du sondage sur la « préférence » présidentielle.

Mais les intérêts d’Israël en ce qui concerne les États-Unis sont fondés sur la fiabilité du fonctionnement de la démocratie américaine. Et le président américain a porté un coup intolérable à cette démocratie jeudi soir, qui aura des répercussions dans le monde entier.

Il est essentiel pour tous les gens épris de liberté – les Américains et ceux qui se tournent vers l’Amérique – de parer à cette attaque – d’y parer par la poursuite et la réalisation appropriées, légales et démocratiques du processus électoral que le président cherche à discréditer et saboter.

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