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Attentat d’Ankara : La guerre fait rage entre Erdogan et le parti prokurde

Le Parti démocratique des peuples accuse le gouvernement d'avoir négligé sa protection suite à des attaques le visant

Les victimes se trouvent dans la rue après une explosion dans la gare principale dans la capitale Ankara en Turquie, le 10 octobre, 2015. (Crédit : AFP PHOTO / FATIH PINAR)
Les victimes se trouvent dans la rue après une explosion dans la gare principale dans la capitale Ankara en Turquie, le 10 octobre, 2015. (Crédit : AFP PHOTO / FATIH PINAR)

L’attentat meurtrier qui a visé samedi une marche pour la paix à Ankara a porté la rivalité entre le gouvernement turc et le principal parti prokurde du pays à de nouveaux sommets, exacerbant les tensions à moins de trois semaines des législatives.

La fumée des deux déflagrations à peine dissipée, le charismatique chef de file du Parti démocratique des peuples (HDP), Selahattin Demirtas, a violemment mis en cause la responsabilité du président islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan dans l’attaque, l’accusant d’être à la tête d’un « Etat tueur en série ».

Le Premier ministre Ahmet Davutoglu a riposté en refusant de le recevoir avec les autres chefs de l’opposition.

« Le codirigeant d’un parti représenté au Parlement peut dire publiquement ‘ces gens ont été massacrés par l’Etat' », s’est indigné Davutoglu à la télévision.

L’opposition entre les deux camps est telle qu’ils s’opposent même sur le bilan de l’attaque: 97 morts pour les autorités, 128 pour le parti de Demirtas.

Depuis plusieurs mois déjà, l’animosité était vive entre le régime et le HDP, qui a largement contribué à priver, lors des législatives du 7 juin, le Parti de la justice et du développement (AKP) d’Erdogan de la majorité absolue qu’il détenait depuis treize ans.

Ce revers a ruiné les rêves du président de modifier la Constitution pour renforcer ses pouvoirs.

D’ordinaire mesuré, Demirtas a nettement musclé sa rhétorique après le choc de l’attentat de samedi, qui a tué de nombreux militants ou cadres de son parti.

Cette attaque est la troisième visant le HDP ou ses soutiens. Deux jours avant les législatives de juin, une bombe a fait 4 morts lors d’une de ses réunions électorales dans son fief de Diyarbakir (sud-est). Et le 20 juillet, un attentat suicide a tué 34 militants de la cause kurde à Suruç, à la frontière syrienne.

Dans les trois cas, le groupe Etat islamique (EI) a été clairement mis en cause ou fortement soupçonné.

A chaque fois, le parti prokurde a accusé le gouvernement d’avoir délibérément négligé sa protection. Voire d’avoir collaboré avec les djihadistes, défaits en Syrie par les combattants kurdes qu’Ankara considère comme des « terroristes ».

‘Renverser le dictateur’

« Ils (le gouvernement) nous ont adressé un message: ‘nous pouvons tuer qui se met en travers de notre route et étouffer l’affaire' », a accusé Demirtas.

Si ce discours a enchanté ses troupes, il a outré le pouvoir. La presse favorable au régime a reproché à son auteur de « tenir une réunion politique » sur les lieux du drame en promettant à ses partisans de « renverser le dictateur », c’est-à-dire Erdogan.

Comme le relève Aaron Stein, analyste à l’Atlantic Council, l’idée selon laquelle le pouvoir turc soutiendrait les djihadistes contre les combattants kurdes de Turquie ou de Syrie est « largement partagée » dans les troupes du HDP.

« Demirtas a répété des accusations qui ont conduit beaucoup à penser qu’un attentat du type de ceux menés par l’EI pouvait être lié à l’AKP », explique Stein, « ce n’est certainement pas vrai mais cela peut expliquer leur colère ».

Depuis la campagne des législatives du 7 juin, le camp du président reproche avec insistance au HDP sa « complicité » avec les « terroristes » du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK).

Après l’attentat de Suruç, les rebelles ont rompu le cessez-le-feu qu’ils respectaient depuis deux ans et recommencé leurs attentats contre policiers et soldats turcs. La Turquie, qui compte environ 15 millions de Kurdes, soit 20 % de sa population, a riposté en bombardant les bases du PKK en Irak. Une escalade qui a rompu les discussions de paix engagées en 2012 entre les deux parties.

La reprise des affrontements entre l’armée et les rebelles a fragilisé la position de Demirtas.

Erdogan n’a pas manqué de souligner la proximité du dirigeant kurde avec la rébellion, dans l’espoir d’attirer à lui les suffrages nationalistes lors des législatives anticipées du 1er novembre. S’il le pouvait, « il courrait dans les montagnes » où le PKK a ses bases arrières, a récemment raillé le président.

« Demirtas est un dirigeant charismatique capable d’élargir la base électorale de son parti », juge Aaron Stein, mais sa proximité supposée avec le PKK peut lui coûter « politiquement très cher ».

A en croire les derniers sondages, qui voient le HDP augmenter son score le 1er novembre, il a jusque-là réussi à écarter ce risque.

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