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Au Maroc, la normalisation avec Israël freinée par la guerre contre le Hamas

Les liens tissés depuis 2020, militaires, sécuritaires et économiques, semblent trop forts pour être rompus même si le soutien à la normalisation a encore baissé

Le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita participe à une réunion virtuelle avec ses homologues américain et israélien, à son bureau dans la capitale Rabat, le 22 décembre 2021. (Crédit : AFP)
Le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita participe à une réunion virtuelle avec ses homologues américain et israélien, à son bureau dans la capitale Rabat, le 22 décembre 2021. (Crédit : AFP)

Les échanges entre le Maroc et Israël prospéraient à la faveur de la normalisation de leur relations il y a trois ans, mais la guerre à Gaza et le soutien de la population marocaine à la cause palestinienne ont coupé cet élan, estiment des analystes.

Défense, agriculture, nouvelles technologies, tourisme : la coopération bilatérale s’était accélérée dans la foulée de l’accord de normalisation, signé en décembre 2020 et en contrepartie duquel le Maroc a engrangé les reconnaissances américaine puis israélienne de sa souveraineté sur le territoire disputé du Sahara occidental.

Mais depuis le 7 octobre et l’attaque sanglante du Hamas sur le sol israélien, prélude à une nouvelle guerre dans la bande de Gaza contrôlée par le groupe terroriste, les liaisons aériennes entre Israël et le Maroc ont été suspendues, les touristes israéliens se sont volatilisés comme les investisseurs.

« Du jour au lendemain, il n’y avait plus personne. Les Israéliens qui étaient là se sont sauvés, ils ont eu très peur », relate Michel Cohen, investisseur franco-israélien, propriétaire d’un restaurant cacher à Marrakech ayant fermé, comme 11 autres sur les 14 qui avaient ouvert dans la foulée de la normalisation.

En parallèle, les manifestations pro-palestiniennes, qui avaient toujours été un vecteur de mobilisation mais s’étaient essoufflées ces trois dernières années, ont repris de l’ampleur, donnant lieu à des appels à une rupture des relations entre le Maroc et Israël.

Face aux images de Gaza bombardée sans relâche, « la société civile (marocaine) exprime sa grogne et Rabat a dû tenir compte de cette demande populaire », relève Zakaria Abouddahab, professeur de relations internationales à l’université Mohammed V.

Depuis le 7 octobre et l’attaque qui a fait 1 200 morts en Israël, le ton de Rabat a évolué : exprimant d’abord sa « profonde préoccupation » et condamnant toute attaque contre des civils, le royaume a fini par dénoncer, le 11 novembre lors d’un sommet arabo-islamique à Ryad, « la persistance d’Israël dans son agression flagrante contre les civils désarmés ». Sans jamais condamner l’attaque du Hamas elle-même.

Des centaines de Marocains participant à une manifestation en solidarité avec les Palestiniens de Gaza à la suite d’une explosion près de l’hôpital al-Ahli, ou hôpital baptiste à Rabat, au Maroc, le 17 octobre 2023. (Crédit : AP Photo)

« Gagnant-gagnant »

« Le Maroc aujourd’hui est dans une situation très délicate », avec d’un côté « un désir profond de maintenir une relation gagnant-gagnant » et « la pression de la rue » de l’autre, analyse M. Abouddahab.

En octobre, l’évacuation du bureau de liaison israélien à Rabat pour des raisons de sécurité, rapportée par des médias marocains, a rappelé la rupture des relations en 2000, sur fond de seconde Intifada (soulèvement palestinien).

Rabat avait alors dénoncé la « violence israélienne », causant la fermeture du bureau israélien.

Mais selon des analystes, ce scénario est peu probable aujourd’hui.

« On va maintenir la relation mais ralentir la cadence des rencontres, des visites », estime M. Abouddahab auprès de l’AFP.

Difficile dans ce contexte d’imaginer le royaume accueillir des responsables israéliens de haut niveau et encore moins le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lui-même, dont une visite était pressentie d’ici la fin de l’année.

L’ambassadeur du Maroc à l’ONU Omar Hilale allume les bougies de Hanoukka avec son homologue israélien Gilad Erdan, à New York, le 17 décembre 2020. (Crédit : Capture d’écran/Zoom)

« Cordon ombilical »

D’après Jamal Amiar, auteur de Le Maroc, Israël et les Juifs marocains, les liens tissés depuis 2020, militaires, sécuritaires et économiques, sont trop forts pour être rompus même si le soutien à la normalisation — qui n’était déjà que de 31 % l’an dernier d’après un sondage du réseau Arab Barometer – a encore baissé.

Une rupture créerait aussi « un désordre diplomatique », notamment avec l’administration américaine, dit-il, rappelant que le soutien sur la question du Sahara occidental était aux yeux de Rabat une « contrepartie énorme » à la normalisation.

M. Amiar préconise que le royaume fasse de sa position délicate « un atout » pour « jouer un rôle plus dynamique » dans les efforts de médiation, misant sur ses liens avec Israël, les pays arabes mais aussi l’importante communauté juive au Maroc, qui en fait un pays unique dans le monde arabe.

Le ministre des Affaires étrangères Yair Lapid (deuxième à partir de la gauche) a rencontré le vice-ministre des Affaires étrangères du Maroc, Mohcine Jazouli, à l’aéroport international de Rabat-Sale, le 11 août 2021. (Crédit : Shlomi Amsalem, GPO)

Estimés à 3 000 personnes, les Juifs marocains demeurent la principale communauté juive d’Afrique du Nord, alors que quelque 700 000 Israéliens sont d’ascendance marocaine et ont gardé une forte attache avec leur pays d’origine.

« Les fondamentaux de la relation maroco-israélienne sont forts, ils ont des racines », dit M. Amiar à l’AFP.

Au Maroc, il y a une « véritable » coexistence entre musulmans et juifs, assure Jacky Kadoch, représentant de la communauté juive de Marrakech, qui veut croire à un retour à la normale, car malgré les crises répétitives, « le cordon ombilical ne s’est jamais coupé entre les deux pays ».

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