Israël en guerre - Jour 291

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Avec la guerre à Gaza, le secteur privé en Cisjordanie plonge

La Banque mondiale a estimé en décembre que le PIB palestinien pourrait chuter de 6 % en 2024

Une carte montrant l'entrée nord du village d'Al-Bireh, au centre de la Cisjordanie, que les dirigeants des implantations veulent sceller en réponse aux récentes attaques terroristes. L'entrée est marquée en rouge, al-Bireh est marquée en bleu clair, la route menant à l'avant-poste de Givat Assaf que les dirigeants des implantations veulent proche du trafic palestinien est marquée en bleu foncé, Givat Assaf est en rose et Beit El est en vert. (Autorisation)
Une carte montrant l'entrée nord du village d'Al-Bireh, au centre de la Cisjordanie, que les dirigeants des implantations veulent sceller en réponse aux récentes attaques terroristes. L'entrée est marquée en rouge, al-Bireh est marquée en bleu clair, la route menant à l'avant-poste de Givat Assaf que les dirigeants des implantations veulent proche du trafic palestinien est marquée en bleu foncé, Givat Assaf est en rose et Beit El est en vert. (Autorisation)

Dans sa petite échoppe d’al-Bireh, ville voisine de Ramallah en Cisjordanie, Hafeth Ghazawneh attend désespérément des clients : depuis le 7 octobre, ils ne sont qu’une poignée à lui acheter sandwichs et falafels.

Avant la guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas dans la bande de Gaza, de nombreux artisans des ateliers voisins venaient lui acheter leur petit-déjeuner ou leur déjeuner.

« Maintenant ils apportent leur repas de chez eux, car la situation est très difficile pour eux aussi », se lamente le restaurateur, qui craint de devoir mettre la clé sous la porte si la guerre se poursuit.

Ses revenus ont plongé depuis trois mois : il gagnait environ 8 000 shekels israéliens par mois. Désormais, son affaire ne lui rapporte que 2 000 shekels, explique-t-il à l’AFP.

Depuis le début de la guerre à Gaza, la tension est extrême en Cisjordanie où l’armée israélienne multiplie les raids anti-terroristes. Son économie plonge : la Banque mondiale a estimé en décembre que le PIB palestinien pourrait chuter de 6 % en 2024.

L’Organisation internationale du travail (OIT) avait annoncé en décembre que « 32 % des emplois » avaient été perdus en Cisjordanie, « ce qui équivaut à 276 000 emplois ».

Le taux de chômage « est estimé aujourd’hui à quasiment 30 % de la population active », alors qu’il était d’environ 14 % avant la guerre, abonde Taher al-Labadi, chercheur en économie politique à l’Institut français du Proche-Orient.

Israël a aussi retiré 130 000 permis de travail à des Palestiniens de Cisjordanie, qui leur permettaient de travailler dans le pays, les laissant sans revenus.

Les quelque trois millions de Palestiniens de Cisjordanie ne peuvent se rendre sans permis en Israël.

Bishara Joubrane, directeur d’une usine de produits ménagers et de cosmétiques dans la zone industrielle de Ramallah, s’estime chanceux : il n’a licencié aucun de ses 70 employés.

Mais son entreprise souffre : la chaîne de fabrication de savons, faits à base d’ingrédients de la mer Morte, est totalement à l’arrêt depuis le 7 octobre. Elle vendait ses produits aux hôtels, que la guerre a vidés, réquisitionnés pour accueillir les évacués du sud et du nord d’Israël, en proie au groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah.

Au total, l’arrêt de cette production lui a fait perdre 200 000 dollars en 2023.

Il continue cependant d’écouler lessives et autres produits ménagers sur le marché palestinien, des « produits essentiels » pour les foyers, qui maintiennent l’usine à flots.

Mais plus aucune de ses marchandises n’entre à Gaza, un marché sur lequel il écoulait 20 % de sa production.

En Cisjordanie, les coûts de transport ont augmenté à cause de la multiplication des points de contrôle et le bouclage de certaines villes par l’armée israélienne, explique-t-il.

« Parfois, un camion met quatre ou cinq heures pour atteindre Naplouse, dans le nord, et à l’arrivée, le chauffeur ne peut pas entrer dans la ville, donc il revient » : désormais, il effectue « une livraison tous les deux ou trois jours, alors qu’avant, on en faisait deux par jour ».

Ces facteurs ont conduit à « une contraction de l’économie », qui ne tourne plus qu’à 50 % de ses capacités, affirme Abdo Idris, président des chambres de commerces palestiniennes.

Avec la guerre, l’économie palestinienne était déjà « asphyxiée » et très dépendante d’Israël souligne Taher al-Labadi.

Les accords d’Oslo dans les années 1990, s’ils maintenaient « un statu quo politique », avaient promis « un développement économique » qui « allait permettre de rapprocher les différentes parties », selon M. al-Labadi.

Mais ce statu quo a été mis à mal « par la colonisation de la Cisjordanie » par Israël : avec le morcellement du territoire, « ce développement économique n’a pas eu lieu », toujours selon M. al-Labadi.

Résultat, dans les périodes de crises, l’économie palestinienne de plus en plus fragilisée, se retrouve « privée de toutes ses ressources et a une capacité de résilience très limitée », explique-t-il.

Illustration de cette dépendance, Israël contrôle les frontières de la Cisjordanie et collecte les taxes sur les produits palestiniens qu’elle doit ensuite reverser à l’Autorité palestinienne (AP).

Or depuis le 7 octobre, ces taxes n’ont pas été versées. Sans ces fonds, l’Autorité palestinienne est « en difficulté pour payer les salaires de ses fonctionnaires et pour ses dépenses courantes », explique M. al-Labadi.

En décembre, Israël n’avait pas versé 2 milliards de shekels (450 millions d’euros) de taxes dues sur les produits palestiniens, selon le ministère palestinien des Finances.

Selon des fonctionnaires contactés par l’AFP, leurs salaires de décembre n’ont toujours pas été versés. En novembre, ils n’ont reçu que 65 % de leur salaire et 50 % en octobre.

« C’est pire que pendant la seconde Intifada » (2000-2005), souligne Bishara Joubrane. A l’époque, « on savait à quoi s’attendre ». Désormais, « la peur de l’inconnu nous tue », impossible de faire un budget ou des prévisions de vente « car on ne sait pas si on pourra aller travailler demain », s’inquiète l’industriel.

Le Conseil des ministres a autorisé dimanche le principe du transfert à la Norvège des fonds gelés destinés à l’AP. Comme résultat de difficiles débats internes et de pressions américaines répétées, les autorités norvégiennes ne transféreront ces fonds à Ramallah que sur autorisation expresse de Jérusalem.

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