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Aymeric Caron : « Auschwitz, c’est un camp d’extermination. Gaza est aujourd’hui un camp de concentration »

"La campagne militaire menée à Gaza est une succession d’Oradour-sur-Glane", a déclaré le député apparenté LFI, des propos d'une "extrême gravité", déplore le BNVCA qui a porté plainte

Le Bureau National de Vigilance Contre l’Antisémitisme (BNVCA) a annoncé avoir déposé plainte mardi auprès du Procureur de la République de Paris contre le député insoumis Aymeric Caron, à la suite d’une publication sur son compte X que le BNVCA juge d’une « extrême gravité ».

La séquence est extraite d’une interview datant de la veille donnée sur Sud Radio avec le journaliste Jean Jacques Bourdin. Dans cet nième propos polémique du député de La France insoumise au sujet de la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza, l’élu fait une comparaison entre l’armée israélienne et l’armée allemande du Troisième Reich pendant la Seconde Guerre mondiale.

« La campagne militaire menée à Gaza est une succession d’Oradour-sur-Glane, avec des dizaines de femmes et d’enfants brûlés vifs chaque jour. Il y a finalement peu de différences entre les méthodes de l’armée israélienne et celles de l’armée nazie », a affirmé Caron.

À Oradour-sur-Glane (Limousin), une unité de la Waffen SS Das Reich massacra 642 habitants le 10 juin 1944.

Le député répondait à une question de Jean-Jacques Bourdin qui lui demandait s’il comparait Gaza à Auschwitz, dans une référence explicite aux propos polémiques de l’animateur Thierry Ardisson sur France 2 mi-mai, validés par l’animatrice Léa Salamé.

« Je regrette la campagne qui s’est abattue contre Ardisson parce qu’il est probable que la comparaison soit, historiquement, pas tout à fait exacte », a répondu l’ancien chroniqueur. « Parce que Auschwitz, c’est un camp d’extermination. Gaza est aujourd’hui un camp de concentration. Donc c’est une différence historique à noter. »

« Il n’y a pas d’extermination des Palestiniens à Gaza ? », l’a interpellé Jean-Jacques Bourdin. « Ah si », lui assure Caron, un sourire en coin.

« Merci Jean-Jacques Bourdin de le reconnaître, c’est important », a poursuivi le député avant d’être interrompu par le journaliste : « Je ne reconnais rien, je vous pose la question ». « On sait très bien vous et moi que lorsqu’on pose une question comme journaliste, même si vous ne voulez pas qu’on vous en pose à vous, et bien il y a déjà une idée qui est dedans, il y a déjà un propos, il y a déjà un point de vue », répond Caron, semblant chercher une validation de ses propres déclarations.

« Vous savez qu’en ce moment, il y a beaucoup de mots qui nous sont refusés à nous, les défenseurs du droit international, par le lobby des pro-Netanyahu, le lobby pro-guerre, le lobby pro-destruction des Palestiniens », a poursuivi Caron.

« Par exemple, le mot de ‘génocide’ nous a été interdit pendant longtemps. Le mot de ‘ghetto’ nous a été interdit pendant longtemps. Le mot de ‘camp de concentration’ fait encore bondir. Alors effectivement, Ardisson a utilisé ‘Auschwitz’ qui est un camp d’extermination ce qui, sur un plan historique, est sans doute une erreur », a-t-il affirmé, estimant cependant que « ce sont aux historiens de le dire d’ailleurs, ce n’est pas à vous ni à moi ».

« Ce qui est scandaleux, c’est que tout le monde lui soit tombé dessus, qu’il ait dû faire des excuses publiques, que Léa Salamé ait dû en faire. Elle est où la liberté d’expression dans ce pays ? »

Si Thierry Ardisson avait demandé pardon auprès de « ses amis juifs » au lendemain de la diffusion de l’émission du 8 mai dans laquelle il avait fait cette comparaison hasardeuse, l’animatrice Léa Salamé, elle, a simplement estimé que la séquence aurait dû être coupée au montage, mais n’est pas revenue sur ses propres propos.

Et Aymeric Caron de poursuivre : « En revanche, ce qu’on peut dire à mon avis sans trop se tromper […] c’est que la politique menée par Israël ressemble de plus en plus à une politique nazie. »

« On peut dire qu’il y a peu de différences aujourd’hui entre les méthodes de l’armée israélienne et les méthodes de l’armée nazie. »

« Netanyahu est un nazi ? », l’a alors interrogé Bourdin. « Il n’est pas un nazi en tant que tel, c’est un fasciste, bien évidemment », a renchéri Caron. « Oradour-sur-Glane, ce sont des femmes et des enfants qu’on enferme dans une église et qu’on brûle vifs. Est-ce que vous voyez les images qui nous arrivent de Gaza tous les jours ? »

« Moi des images me parviennent tous les jours […] et les images qu’il [Rami Abou Jamous, journaliste palestinien] envoie cette nuit montrent encore des femmes et des enfants brûlés vifs dans leur logement. »

« Lorsqu’une armée tue délibérément des femmes et des enfants en les brûlant, en leur tirant des balles dans la tête, dans la poitrine, en les affamant… Lorsque les soldats de cette armée s’en réjouissent, font des vidéos où ils s’en amusent, comment vous, vous qualifiez l’état d’esprit de cette armée ? », a encore insisté Caron.

« Le nombre de morts à Gaza, je tiens quand même à le rappeler parce que tellement les chiffres sont dingues : l’UNICEF parle aujourd’hui de 65 000 morts dont 20 000 enfants », a-t-il avancé, un chiffre dépassant même les données officielles du ministère de la Santé du Hamas, dont le bilan est invérifiable. « Vous savez que les spécialistes disent qu’en réalité le chiffre est sans doute bien supérieur. On est sans doute proches des 100 000 morts, » dit-il sans faire préciser de quels « spécialistes » il parle.

« Mais les attaques terroristes du Hamas, qui nous ont tous dégoûtés, elles ont fait 1 200 morts, dont 800 civils et 37 enfants », a-t-il dit en revenant sur les événements du 7 octobre 2023. « Moi, je trouve que les 37 enfants, et bien c’est un drame absolu. Je trouve qu’il n’y a aucune excuse, que ça nous révulse tous. Aujourd’hui, à Gaza, c’est 20 000, ça veut dire 500 fois plus. »

« Aymeric Caron, est-ce que le Hamas est complice de tout ça ? », a cherché à comprendre Bourdin. Une question qui a une nouvelle fois fait sourire le député. « Je complète ma question en affirmant que le peuple palestinien le soutient, ce qui n’est pas toujours vrai. En affamant aussi le peuple palestinien, en le privant d’une partie de l’aide humanitaire… », a dit Bourdin avant de se faire encore interrompre par Caron : « Ah bon ? Vous avez des informations fiables là-dessus ? ».

Accusant le journaliste de « reprendre la propagande de Netanyahu », Aymeric Caron explique que « ce qu’il se passe effectivement, c’est qu’une partie de cette aide humanitaire est volée par des gangs, des voyous. Mais, ce qui est intéressant, c’est que le Hamas a essayé — je ne défends pas le Hamas … ». « Ça dépend », s’entend-il dire par Bourdin.

« Ça dépend ? Moi j’ai défendu le Hamas ? Quand ? », s’insurge le député. « Là, vous défendez le Hamas », lui répond le journaliste.

« L’aide humanitaire est volée par des gangs locaux et vous savez par qui ils sont soutenus ? Pas par le Hamas. Par l’armée israélienne. Et le Hamas a essayé de s’interposer dans cette situation précise, et le Hamas se fait tirer dessus par l’armée israélienne. Voilà la réalité. »

« Le Hamas n’est pas une solution pour les Palestiniens. Le Hamas est une partie énorme du problème. Dommage que Netanyahu ait voulu, pendant des années, privilégier le Hamas en favorisant notamment son financement. »

Le BNVCA déplore que les déclarations d’Aymeric Caron constituent une diffamation publique à caractère racial, tombant sous le coup des articles 23, 24 et 24 alinéa 8 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse.

« Ces paroles scandaleuses, comparant l’action défensive d’un État démocratique attaqué à des crimes nazis, sont à la fois une insulte à la mémoire des victimes de la Shoah et un outrage aux survivants et à leurs descendants. Elles résonnent d’autant plus douloureusement qu’elles mentionnent Oradour-sur-Glane, symbole du martyre français perpétré par les nazis », indique son communiqué.

Appelant la justice à « agir avec fermeté » face à des propos dont il considère qu’ils participent de la montée de l’antisémitisme en France, le BNVCA a tenu à rappeler que « le mandat parlementaire ne saurait en aucun cas couvrir des dérives aussi graves, ni exonérer de responsabilité pénale leurs auteurs, lorsqu’ils s’expriment en dehors de la stricte mission parlementaire ».

Suite à la polémique suscitée par ses propos, Caron ne s’est pas rétracté. Dans un message publié le 27 mai sur son compte X, il écrit : « Les racistes, fascistes et incultes qui voulaient faire passer les Palestiniens pour des barbares ont échoué. Le peuple palestinien est un peuple admirable de courage et de dignité. Dans l’enfer qu’il subit, il nous le prouve chaque jour. C’est lui qui fait la leçon à l’Occident ».

Récemment, une autre personnalité a suscité une vive polémique en utilisant Oradour-sur-Glane dans une comparaison. Le 5 mars dernier, le journaliste Jean-Michel Aphatie avait été mis « en retrait » de l’antenne de RTL mercredi après sa comparaison « inappropriée » entre le massacre d’Oradour-sur-Glane et la colonisation de l’Algérie.

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