Bahreïn reporte son projet d’accueillir le chef de la diplomatie israélienne
La justification officielle donnée par Manama est un conflit de calendrier, mais selon un fonctionnaire, la visite de Ben Gvir sur le mont du Temple a motivé cette décision
Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Bahreïn a informé Israël jeudi qu’il reportait son projet d’accueillir le ministre des Affaires étrangères Eli Cohen la semaine prochaine, quelques heures après que le ministre d’extrême-droite de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir s’est rendu sur le site ultra-sensible du mont du Temple, ce qui a suscité des condamnations de la part d’une grande partie du monde arabe et des États-Unis.
La raison officielle invoquée par Bahreïn pour justifier ce report est un conflit de calendrier, mais un fonctionnaire au fait de la question a déclaré vendredi au Times of Israel que la visite de Ben Gvir sur le mont du Temple était la véritable raison de cette décision.
Ce n’était pas la première fois qu’une visite de Ben Gvir sur le mont du Temple suscitait des réactions négatives de la part des alliés israéliens du Golfe. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devait se rendre aux Émirats arabes unis en janvier, mais Abou Dhabi avait retiré son invitation après ce qu’il avait qualifié de « provocation » de la part de Ben Gvir, qui s’était également rendu sur le mont ce mois-là. Des fonctionnaires avaient déclaré que la décision d’annuler cette visite était également liée à la crainte que Netanyahu n’en profite pour faire des déclarations publiques contre l’Iran sur le sol émirati. L’invitation n’a toujours pas été renouvelée.
La politique du gouvernement de Netanyahu à l’égard des Palestiniens a également conduit le Maroc à retarder à plusieurs reprises son projet d’accueillir le forum régional où Israël, les États-Unis et leurs alliés du Moyen-Orient cherchent à faire avancer les projets régionaux dans divers domaines.
Israël s’est efforcé d’arranger les choses avec le Maroc, en reconnaissant sa souveraineté sur la région contestée du Sahara occidental la semaine dernière, ce qui a conduit Rabat à inviter Netanyahu à se rendre dans le royaume.
La police a déclaré avoir arrêté 16 visiteurs juifs et deux Arabes à la suite de troubles sur le site jeudi matin. Aucun autre détail n’a été fourni.

Le ministre du Développement du Néguev et de la Galilée, Yitzhak Wasserlauf, membre du parti d’extrême-droite Otzma Yehudit de Ben Gvir, et le député Amit Halevi (Likud) sont également montés sur le mont pour marquer Tisha BeAv sous haute sécurité. Les visites des hommes politiques se sont déroulées sans incident.
Ces visites ont suscité des condamnations de la part de la Jordanie, des Émirats arabes unis, de la Turquie, de l’Autorité palestinienne (AP), du groupe terroriste palestinien du Hamas et des États-Unis.
« Nous sommes préoccupés par la visite effectuée aujourd’hui sur le mont du Temple/Haram al-Sharif à Jérusalem », a déclaré Vedant Patel, porte-parole du département d’État.
« Nous réaffirmons la position de longue date des États-Unis en faveur du statu quo historique sur les lieux saints de Jérusalem et nous soulignons le rôle particulier de la Jordanie dans les lieux saints musulmans de Jérusalem. Toute action unilatérale ou rhétorique qui s’écarte du statu quo ou le met en péril est totalement inacceptable. »
Israël a pris le mont du Temple et la Vieille Ville de Jérusalem à la Jordanie lors de la Guerre des Six Jours en 1967. Il a toutefois permis au Waqf [islamique de Jérusalem soutenu par la Jordanie], de continuer à exercer son autorité religieuse sur le mont mais c’est Israël qui assure la sécurité du site.
Le site est considéré comme le plus sacré du judaïsme, car il abritait deux Temples bibliques, tandis que la mosquée Al-Aqsa, située sur le mont, est le troisième lieu saint de l’islam, ce qui a fait de cette zone un des points ultra-sensibles du conflit israélo-palestinien.
En vertu du statu quo, un arrangement qui prévaut depuis des décennies en coopération avec la Jordanie, les Juifs et les autres non-musulmans sont autorisés à visiter le mont du Temple pendant certaines heures, mais ne peuvent pas y prier.
Ces dernières années, les Juifs nationalistes religieux, dont certains membres de la nouvelle coalition, se sont rendus de plus en plus souvent sur le site et ont exigé l’égalité des droits de prière pour les Juifs, ce qui a suscité la colère des Palestiniens et des musulmans du monde entier.