Berat Albayrak, gendre d’Erdogan et Premier ministre officieux
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Berat Albayrak, gendre d’Erdogan et Premier ministre officieux

Le nouveau ministre des Finances, qui occupait depuis 2015 le poste clé de ministre de l'Energie, aurait contribué au rapprochement avec Israël

Le ministre turc de l'Energie, Berat Albayrak, s'adresse aux médias à Ankara, le 27 juillet 2016. (ADEM ALTAN / AFP)
Le ministre turc de l'Energie, Berat Albayrak, s'adresse aux médias à Ankara, le 27 juillet 2016. (ADEM ALTAN / AFP)

C’est l’étoile montante de la politique en Turquie : Berat Albayrak, gendre du président Recep Tayyip Erdogan et considéré comme l’un des hommes les plus puissants du pays, a été nommé lundi au poste clé de ministre des Finances.

Marié à la fille aînée de M. Erdogan, Esra, M. Albayrak, 40 ans, occupait depuis 2015 le poste clé de ministre de l’Energie, et a connu ces dernières années une irrésistible ascension.

Sa nomination au poste clé des Finances survient dans un contexte économique difficile avec une inflation élevée, une forte dévaluation de la monnaie et un important déficit des comptes courants, en dépit d’une croissance solide.

Dans un pays où le dernier Premier ministre Binali Yildirim était largement perçu comme un loyal exécutant de M. Erdogan, M. Albayrak, charismatique, bon orateur et parfaitement anglophone, faisait souvent figure de deuxième homme fort du pays.

« Le Gendre », comme il est désigné par les détracteurs de M. Erdogan qui dénoncent une forme de népotisme, accompagne le président lors de ses déplacements les plus importants et assiste aux réunions les plus cruciales.

Signe de la proximité entre les deux hommes, M. Albayrak était en vacances avec M. Erdogan dans le sud-ouest de la Turquie lorsque a éclaté la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016.

M. Albayrak accompagnait M. Erdogan lorsque celui-ci est rentré à Istanbul dans la nuit du 16, un voyage en avion potentiellement risqué alors que des appareils putschistes patrouillaient les airs.

L’ex-ministre de l’Energie se tenait également aux côtés de M. Erdogan lorsque celui-ci, ayant triomphalement atterri à l’aéroport Atatürk, annonçait l’échec du coup d’Etat lors d’une conférence de presse.

Avant de se lancer en politique, M. Albayrak dirigeait Calik Holding, un puissant conglomérat ayant des intérêts dans le textile, l’énergie et, surtout, les médias, avec l’influent quotidien Sabah et la chaîne d’information A Haber.

D’allure affable et assurée, M. Albayrak a obtenu un Master en finance à l’Université Pace, à New York. Avant d’entrer au gouvernement en 2015, il écrivait régulièrement des chroniques dans les colonnes de Sabah.

M. Erdogan est réputé être très proche de la famille Albayrak, en particulier du père de Berat, Sadik, un ancien journaliste et homme politique islamiste dont il est un proche ami.

Plusieurs dirigeants étrangers étaient présents lors du mariage entre Berat Albayrak et Esra Erdogan, en juillet 2004. Le couple a trois enfants.

L’influence de M. Albayrak au sein du gouvernement turc est telle que le trentenaire est parfois décrit comme un Premier ministre officieux.

En septembre 2016, un groupe de hackers se faisant appeler Redhack a affirmé avoir piraté la boîte mail de M. Albayrak et publié des courriels de pression adressés à un cadre du plus puissant groupe médiatique du pays, Dogan Media, qui a contesté l’authenticité des messages.

Diplomatie énergétique

En tant que ministre de l’Energie, M. Albayrak a eu l’occasion d’étoffer son carnet d’adresses en multipliant les contacts avec les gouvernements étrangers, notamment la Russie et Israël, pays avec lesquels la Turquie négocie d’importants projets énergétiques.

Cette position lui a permis d’adopter à l’occasion le rôle de diplomate en chef. Ainsi, la réconciliation en 2016 entre la Turquie et Israël, après plusieurs années de crise, a été scellée par une rencontre ministérielle entre M. Albayrak et son homologue israélien Yuval Steinitz.

Le ministre de l’Energie Yuval Steinitz assiste à une session plénière à la Knesset à Jérusalem, 23 mai 2018. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Mais M. Albayrak a également fait l’objet de virulentes attaques. Au plus fort de la crise diplomatique entre Ankara et Moscou, après que l’aviation turque eut abattu un appareil russe à la frontière syrienne en 2015, la Russie avait accusé le cercle rapproché de MM. Albayrak et Erdogan d’être impliqué dans le commerce de pétrole avec les jihadistes du groupe Etat islamique.

Ces accusations ont été vigoureusement démenties par M. Erdogan et plusieurs responsables turcs.

Toute amertume fut rapidement oubliée après le réchauffement des relations entre les deux pays, et M. Albayrak s’affichait tout sourire lors de la signature d’un important projet gazier russo-turc en octobre 2016.

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