Bereshit a pris un dernier selfie avant de perdre le contact avec Israël
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Bereshit a pris un dernier selfie avant de perdre le contact avec Israël

Le moteur principal a eu un problème ; Morris Khan et Benjamin Netanyahu ont promis de réessayer

Selfie pris par la sonde Bereshit (Crédit : IAI)
Selfie pris par la sonde Bereshit (Crédit : IAI)

La tentative d’Israël de réussir un alunissage a échoué à la dernière minute jeudi soir après que sa sonde, la première développée par une organisation privée, a subi une panne de moteur et s’est apparemment écrasée sur la Lune.

« Nous avons dépassé le point de non-retour », avait d’abord déclaré un ingénieur, alors que les moteurs étaient activés. « À partir de là, le processus de freinage a commencé. Le vaisseau spatial fait exactement ce qu’il est censé faire en ce moment », ont-ils déclaré aux observateurs.

Benjamin Netanyahu avait déclaré plus tôt que le projet Bereshit est une source de « fierté et de joie sans bornes ».

« Nous pouvons déjà dire ceci : il s’agit d’un pas supplémentaire pour l’humanité et d’un pas énorme pour l’État d’Israël », avait déclaré le Premier ministre.

Netanyahu a également déclaré qu’il envisageait d’investir dans un programme spatial israélien.

« Je réfléchis sérieusement à investir dans un programme spatial », a-t-il dit. « Cela a des implications nationales pour Israël, et pour l’humanité ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec les ingénieurs de SpaceIl, dans les locaux de l’entreprise, promet de rééssauer, après l’alunissage raté de la sonde israélienne, le 11 avril 2019. (Autorisation)

« Nous n’y sommes pas arrivés », a déclaré l’homme d’affaires et philanthrope Morris Kahn, le milliardaire juif sud-africain de 89 ans qui a largement financé le projet, par vidéo en direct depuis le centre de contrôle de la mission, près de Tel Aviv. « Je pense que c’est vraiment énorme d’être allés jusqu’où nous sommes allés, je pense que nous pouvons être fiers », a-t-il ajouté.

Durant ce direct on pouvait entendre des membres de l’équipe expliquer que des moteurs censés ralentir la descente de la sonde et permettre un alunissage en douceur étaient tombés en panne et que le contact avait été perdu.

« Si vous ne réussissez pas la première fois, vous réessayez », a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu depuis la salle de contrôle, où il assistait à la tentative d’alunissage en compagnie de l’ambassadeur américain en Israël David Friedman.

Morris Khan a promis de réessayer et a dit « ne rien regretter ».

En effet, Israël « ne sera probablement pas le quatrième pays du monde » à alunir, a-t-on dit à la foule.

« Nous sommes sur la lune, mais pas comme nous le souhaitions. Mais nous allons essayer à nouveau. »

La sonde semble s’être écrasée. Bereshit a aluni en aveugle sur la Lune, et des énormes blocs de roche ou des cratères ont du constituer un risque important pour la sonde.

Des dizaines de milliers de personnes suivaient l’alunissage en direct de Bereshit. Des dizaines d’endroits à travers le pays organisaient des rassemblements permettant de suivre l’alunissage, dont la Cinémathèque de Jérusalem. L’hôtel David InterContinental à Tel Aviv organise une « fête de l’alunissage », lors de laquelle des milliers de personnes devraient venir assister à l’événement sur des écrans géants et pourront ensuite s’adonner eux-aussi au moonwalk sur la musique assurée par des DJ résidents.

Le président Reuven Rivlin avait accueilli des enfants dans sa résidence à Jérusalem pour assister à l’atterrissage de la lune Beresheet.

« Bonne chance, Bereshit ! », avait tweeté le président.

Après l’échec, Rivlin a entonné l’hymne israélien, au milieu des enfants réunis. Rivlin a rassuré les enfants réunis à sa résidence.

Avoir tenté l’aventure de la lune est « une grande et excellente réalisation – qui n’a pas encore été accomplie », a déclaré Rivlin.

« C’est une nuit importante pour l’État d’Israël », a-t-il dit.

“Il n’y a pas besoin d’être déçu. Nous devons louer ce que nous avons accompli. »

Les Etats-Unis, la Russie (en tant qu’URSS), le Japon, la Chine, l’Agence spatiale européenne et l’Inde ont tous réalisé des orbites autour de la Lune avec des sondes, mais seuls les Etats-Unis, la Russie et la Chine sont parvenus à alunir ; les autres sondes ont perdu le contrôle et se sont écrasées à sa surface.

Baptisée Bereshit (Genèse, en hébreu), cette sonde de 585 kilos ressemblant à une immense araignée à cinq pattes était un objet de fierté en Israël, qui espérait devenir après les Etats-Unis, la Russie et la Chine le quatrième pays à faire se poser un appareil sur le satellite distant de 384 000 km de la Terre.

Première mondiale, la sonde a été développée par une organisation privée, SpaceIL, qui a travaillé en partenariat avec la société Israeli Aerospace Industries (IAI), une des plus grandes entreprises de défense israéliennes.

La sonde spatiale Bereshit photographiée avant son lancement. (Crédit : Industrie aérospatiale israélienne)

Morris Khan, patron de SpaceIL, a contribué à hauteur de 40 millions de dollars au budget de la mission, d’un montant de 100 millions de dollars.

L’engin avait été lancé le 22 février depuis la base américaine de Cap Canaveral en Floride, via une fusée Falcon 9 de la firme américaine SpaceX, fondée par l’entrepreneur Elon Musk.

Il devait alunir après avoir parcouru quelque 6,5 millions de kilomètres, à une vitesse maximale de 10 kilomètres par seconde (36.000 km/h), selon les partenaires du projet.

Une capsule dans la sonde contenait également des disques numériques avec des dessins d’enfants, des chansons et des images de symboles israéliens, les souvenirs d’un rescapé de la Shoah et une Bible.

« Un grand pas pour Israël »

« C’est un grand pas pour Israël, (…) un grand pas pour la technologie israélienne », avait déclaré M. Netanyahu lors du lancement. « Le véritable carburant de cet engin, ce sont l’audace et le génie israéliens », avait-il affirmé, et malgré la taille d’Israël, petit pays d’un peu plus de huit millions d’habitants, « nous sommes des géants », avait-il dit.

Le projet implique d’autres partenaires internationaux : SpaceIL communique avec la sonde grâce à des antennes d’une entreprise suédoise..

L’Agence spatiale américaine, la Nasa, a mis à disposition son Deep Space Network pour renvoyer sur Terre les données récoltées par Bereshit et a installé un rétro-réflecteur laser sur la sonde afin de tester son utilisation pour la navigation spatiale.

Le projet a débuté dans le cadre du Google Lunar XPrize qui, en 2010, voulait récompenser de 30 millions de dollars le premier appareil privé à alunir avant mars 2018. Aucun candidat n’y est parvenu à temps, mais l’équipe israélienne a poursuivi la démarche et acheté une place dans la fusée de SpaceX.

Regain d’intérêt pour la Lune

 

Prévue initialement à 10 millions de dollars, la mission en a finalement coûté 100, mais « c’est l’engin le moins cher à tenter une telle mission », a insisté le groupe IAI.

Près de 50 ans après les premiers pas de l’Homme sur la Lune, celle-ci suscite à nouveau l’intérêt.

La Chine a fait alunir en janvier un engin sur sa face cachée et encore inexplorée. L’Inde espère devenir au printemps le cinquième pays à s’y poser avec sa mission Chandrayaan-2, qui comprendra un alunisseur et un robot mobile. Le Japon prévoit l’envoi vers 2020-2021 d’un petit atterrisseur lunaire, baptisé SLIM, pour étudier une zone volcanique.

Les Américains sont pour l’instant les seuls à avoir marché sur la Lune : douze astronautes en ont foulé le sol lors de six missions entre 1969 et 1972. Le retour sur la Lune est désormais la politique officielle de la Nasa, selon les directives du président Donald Trump en 2017.

Le secteur spatial privé est en plein boom aux Etats-Unis et pourrait coopérer avec la Nasa pour envoyer des alunisseurs dès la fin de l’année, plus vraisemblablement en 2020.

La Nasa a aussi lancé le projet d’une station en orbite lunaire, censée être terminée en 2026, afin d’organiser le retour d’astronautes sur le sol lunaire en 2028. La Lune est perçue comme une étape en vue de l’envoi d’humains sur Mars, après 2030 au plus tôt.

L’AFP a contribué à cet article.

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