Bien sûr que vous pouvez réussir en Israël – si vos parents vous aident
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Bien sûr que vous pouvez réussir en Israël – si vos parents vous aident

Dans l’Israël d’aujourd’hui, disent les chercheurs du centre Taub, le travail et le talent ne permettent pas de mobilité sociale, avec quelques exceptions. Les nouveaux immigrants « doivent avoir un projet »

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

Des centaines d'immigrants français arrivant à l'aéroport de Ben-Gurion, le16 juillet 2014. (Crédit : Flash90)
Des centaines d'immigrants français arrivant à l'aéroport de Ben-Gurion, le16 juillet 2014. (Crédit : Flash90)

Un vieux dicton des olim [immigrants en Israël] – dit que si l’on veut être millionnaire en Israël, il faut arriver milliardaire.

Aujourd’hui, une série d’études des chercheurs Gilad Brand et Eitan Regev du centre Taub pour les sciences politiques sociales en Israël confirme cet adage.

A moins qu’ils ne soient dans les 20 % supérieurs en revenus, a déclaré Regev au Times of Israel, ou à moins qu’ils ne possèdent des avoirs significatifs, un couple typique de professionnels faisant l’alyah depuis l’étranger ne sera jamais capable d’économiser assez d’argent pour verser un acompte pour acheter un appartement.

Ceci est dû à la convergence de trois facteurs : le coût élevé de la vie en Israël comparé à d’autres pays de l’OCDE, sa basse productivité et les bas salaires associés, et les prix excessifs des appartements.

« Essentiellement, l’histoire classique en Israël est que la richesse et les avoirs sont devenus plus importants que le travail », a expliqué Regev.

A moins que vous et votre conjoint ne travailliez tous deux dans des professions qui vous placent dans le top cinq des salaires (soit ingénieur high-tech, médecin, gestionnaire financier), ou que vous n’ayez des avoirs préexistants, « alors il ne s’agit pas seulement de joindre les deux bouts, il y a également un désespoir de ne pas être capable de vous projeter sur la voie probable afin d’avancer dans la vie et d’économiser de l’argent ».

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C’est parce que la majorité des jeunes couples en Israël économisent de l’argent principalement par le remboursement de leur appartement. Mais beaucoup ne peuvent pas accumuler les 400 000 shekels dont ils auront besoin pour payer l’acompte même pour un appartement peu cher – sans l’aide parentale.

Cela signifie que la mobilité sociale en Israël est de plus en plus réservée à ceux qui ont des parents fortunés, a expliqué Regev.

« Beaucoup de jeunes couples ont le sentiment que cela ne compte pas, combien ils travaillent, il n’y a pas moyen d’avancer. »

Dans une série d’articles récemment publiés, intitulés « Les causes de l’élargissement de l’écart productif entre Israël et l’OCDE : une comparaison pluriannuelle au niveau industrielle », « Le coût de la vie en Israël : une comparaison internationale et perspective historique » et « Joindre les deux bouts – revenu du foyer, dépenses et économies en Israël », les deux doctorants en économie dressent un certain nombre de tableaux et de graphiques expliquant pourquoi il en est ainsi et ce qu’il peut être fait à ce propos.

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En d’autres termes, si vous avez des problèmes à avancer en Israël, c’est sans doute parce que sans parents riches ou un départ en tête, il est presque impossible de le faire.

Pourquoi est-il si dur de réussir en Israël

Imaginons un couple hypothétique, Carole et Marc, qui ont décidé de suivre l’appel du Premier ministre Benjamin Netanyahu aux juifs de France à faire l’alyah. Carole et Marc ont une petite trentaine d’années, ont deux enfants en bas âge et sont en bonne santé, ambitieux, ont fait des études et sont hautement qualifiés. Carole est pharmacienne et Marc est professeur d’économie. Quel est le prix pour ce couple exemplaire de venir s’installer en Israël ?

« Eh bien, supposons qu’ils veulent maintenir leur haut standard de vie dans une ville comme Netanya ou Tel Aviv, a expliqué Regev, qui est lui-même franco-israélien, le pharmacien pourrait gagner 12 000 shekels par mois et l’économiste 15 000. Après impôts, cela leur laisse un peu plus de 20 000 shekels par mois. Leur loyer serait de 5 à 6 000 shekels par mois et ensuite il reste le gaz, la nourriture, et la garde des enfants. »

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La conclusion de Regev ? « Peut-être que cela passerait mais ils n’avanceraient pas. Ils ne seront pas capables d’économiser assez pour acheter une maison. Et s’il y a une crise, si quelqu’un tombe malade, si quelqu’un perd son emploi, cela met en risque la famille. Parce qu’ils ne gagnent pas assez pour acheter un appartement, ils n’ont pas de sécurité quand une crise se produit. »

Et il s’agit d’un couple qui gagne relativement bien sa vie. Pour ceux qui sont plus bas dans l’échelle socio-économique, la vie peut être une lutte quotidienne.

« Si nous regardons le rapport de la Banque d’Israël sur la stabilité financière des foyers, nous voyons une augmentation dramatique dans le spectre des dettes des foyers, pas pour les logements », a déclaré Regev.

« Ce qui signifie que la dette est pour d’autres choses. Quand vous voyez une augmentation de ce type de dettes, vous savez que ce n’est pas de l’investissement spéculatif en immobilier, vous savez que ce ne sont pas les gens qui utilisent les taux d’intérêts bas pour prendre un plus gros emprunt, ce sont des familles en détresse. »

Regev a expliqué que le déclencheur de cet appauvrissement des foyers a été l’augmentation des prix de l’immobilier. Les prix ont augmenté de 6 % par an depuis 2007, et il faut maintenant 148 mois de salaires pour acheter une maison ici, contre 76 en France et 66 aux Etats-Unis.

Pourtant, tout le monde en Israël ne souffre pas. Regev indique que 70 % des foyers israéliens possèdent déjà un ou plusieurs appartements.

« Si vous avez acheté une maison quand elles étaient bon marché, et même acheté des maisons pour investir, alors vous bénéficiez de la situation actuelle. Vous avez des étudiants pauvres qui vous payent un loyer. Mais si vous êtes un jeune couple qui n’a pas eu la chance d’accumuler ces avoirs, alors la vie peut être très frustrante. »

Coût de la vie élevé, salaires bas

Gilad Brank a étudié les prix à la consommation en Israël et a trouvé que relativement aux revenus, les prix sont plus hauts que dans tous les autres pays de l’OCDE, à l’exception du Japon.

Lui et Regev ont également trouvé qu’en dehors du secteur high-tech, la productivité des travailleurs israéliens a stagné depuis le début des années 1990, et est bien en dessous de la moyenne de l’OCDE. La dernière décennie a également vu une quasi stagnation des salaires réels.

Brand et Regev supposent que ces problèmes sont causés par la régulation gouvernementale qui autorise les industries, les unes après les autres, y compris les transports et la vente en gros, à être très concentrées.

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« Un importateur israélien a un accord avec un producteur mondial, et le producteur mondial ne travaille qu’avec lui, a expliqué Brand. Il ne veut pas vendre ses produits à d’autres importateurs. Cet accord permet qu’il y ait une différence de prix entre Israël et l’étranger. Dans d’autres pays ce système ne fonctionne pas, parce que d’autres entrepreneurs arrivent et achètent ces produits sur un marché secondaire, mais en Israël les ministères gouvernementaux ne rendent pas cela possible, que cela soit dans l’agro-alimentaire, la pharmaceutique, ou d’autres industries. »

Une deuxième industrie qui rassemble une forte rente économique et tire vers le fond la productivité israélienne est la vente en gros, particulièrement dans l’industrie agroalimentaire, ont déclaré Regev et Brand, où les distributeurs augmentent souvent le prix des fruits et des légumes de centaines de points de pourcentage avant de les vendre aux supermarchés.

« Parfois l’intermédiaire va même détruire le produit », a déclaré Brand, ce qu’il fait en toute impunité puisque « il n’y a pas de compétitions entre les intermédiaires, c’est un oligopole. »

En fait, les trois industries agro-alimentaires, la production, la vente en gros et la vente au détail comptent à elles seules pout 50 % de l’élargissement de l’écart de productivité entre Israël et l’OCDE, selon Regev et Brand.

Les deux chercheurs sont d’accord avec l’argument des critiques sociales Guy Rolnik et Yaron Zalicha, qui ont affirmé dans leur série télévisée populaire « La cuillère en argent » que les groupes d’intérêts bien établis et le capitalisme de copinage sont responsables de la hausse de la fracture sociale israélienne entre riches et pauvres.

« Beaucoup de personnes pensent que le problème du marché israélien est qu’il est trop capitaliste, a expliqué Regev. En fait, c’est l’exact opposé. Il n’est pas assez compétitif. Il est contrôlé par des oligopoles et des monopoles qui réduisent la productivité et augmentent les prix. Beaucoup d’Israéliens se trompent de coupable et pensent que le problème est la mauvaise distribution des fonds publics, alors qu’en fait le vol réel est dans le secteur privé. »

Un besoin urgent de réformes

S’ils pouvaient promulguer demain quatre réformes pour l’économie israélienne, Brand dit qu’il ouvrirait complètement Israël aux imports et abolirait les régulations des institutions des normes d’Israël qui bloquent des produits aux normes européennes. Il soutiendrait les petites entreprises, en leur permettant d’être compétitifs face aux grandes, et réduirait les prix des produits locaux ainsi que la concurrence des travailleurs locaux et augmenterait leurs salaires.

Regev a déclaré qu’il introduirait de la compétition dans les secteurs de la vente en gros et au détail et ramènerait toute la bureaucratie de l’immobilier en une seule institution, réduisant spectaculairement le temps de construction de nouvelles maisons et résolvant la crise du logement du côté des fournisseurs.

Si toutes ces réformes étaient promulguées demain, Regev et Brank ont estimé que cela prendrait trois à quatre ans à l’Israélien moyen pour percevoir un soulagement sur son compte bancaire. En attendant, disent-ils, la société israélienne est sur une spirale descendante insoutenable.

« Nous voyons le transfert d’argent de la jeune génération à la plus âgée et des personnes qui travaillent aux personnes qui possèdent du capital. C’est comme Thomas Piketty l’a écrit, le revenu du capital est supérieur au revenu du travail. »

En ce qui concerne les jeunes gens sans capital qui veulent faire l’alyah, Regev et Brand leur conseillent de réfléchir attentivement.

Les professions qui sont prestigieuses à l’étranger mais pourraient ne pas vous permettre d’être mobile socialement en Israël incluent les comptables, les économistes, les psychologues et même les avocats.

« Les gens doivent être conscient des défis et venir préparer, a déclaré Regev. SI vous avez une profession qui est demandée, comme médecin ou ingénieur high-tech, vous pouvez certainement réussir ici, mais vous devez avoir un projet. »

Brand, pour sa part, dit que depuis les manifestations pour la justice sociale en 2011, il a vu de lents progrès dans la bonne direction. Il existe une commission du ministère de l’Economie qui cherche à démanteler les barrières aux importations, a-t-il déclaré, ainsi qu’une proposition de loi du ministère des Finances pour briser le monopole de l’institut des normes.

« Je suis optimiste, a-t-il déclaré. Nous ne décourageons pas les gens à venir en Israël. J’espère qu’ils décideront de faire l’alyah, et nous aiderons à améliorer les choses ici. »

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