Rechercher

Big Thief annule ses concerts à Tel Aviv sous la pression du mouvement BDS

Le groupe de rock indépendant, nommé aux Grammy Awards, a annulé ses dates au Barby ; le bassiste, qui est le fils d'Alon Oleartchik de Kaveret, est lui-même Israélien

Big Thief (de gauche à droite) : Buck Meek, Max Oleartchik, Adrianne Lenker et James Krivchenia. (Crédit: Alexa Viscius)
Big Thief (de gauche à droite) : Buck Meek, Max Oleartchik, Adrianne Lenker et James Krivchenia. (Crédit: Alexa Viscius)

Un groupe de rock indépendant basé aux États-Unis a annulé ses prochains concerts à Tel Aviv après avoir fait face à une vague de pression du mouvement de boycott BDS.

Big Thief, un groupe de rock composé de quatre membres qui a été nommé pour trois Grammy Awards, devait initialement se produire au Barby de Tel Aviv les 6 et 7 juillet. Mais jeudi, le groupe – dont l’un des membres est né en Israël – et la salle ont annoncé l’annulation des concerts.

« Depuis l’annonce de ces spectacles en Israël, nous sommes en dialogue constant avec nos amis, notre famille, les partisans et alliés de BDS, les Palestiniens et les citoyens israéliens qui sont engagés dans la lutte pour la justice pour les Palestiniens », a écrit le groupe dans un message posté sur les réseaux sociaux. « Cela a été la seule chose que nous ayons à l’esprit et dans nos cœurs. »

Le bassiste du groupe, Max Oleartchik – fils du célèbre musicien israélien Alon Oleartchik – est né en Israël, et le groupe a joué à Tel Aviv en 2017. Ils devaient revenir en 2020, mais ont été contraints d’annuler en raison de la pandémie de COVID.

« Notre intention de jouer à Tel Aviv, où Max est né, a grandi et vit actuellement, découlait d’une simple croyance que la musique peut guérir », a écrit le groupe jeudi. « Nous reconnaissons maintenant que les concerts que nous avions réservés n’honorent pas ce sentiment. Nous sommes désolés pour ceux que nous avons blessés avec l’imprudence et la naïveté de notre déclaration initiale sur le fait de jouer en Israël et nous espérons que ceux qui avaient prévu d’assister aux spectacles comprennent notre choix de les annuler. »

Alon, le père de Max, membre fondateur du légendaire groupe de rock israélien Kaveret, a déclaré jeudi que Big Thief avait dû faire face à une vague de pressions et de menaces pour annuler ses concerts à Tel Aviv.

Le bassiste Alon Oleartchik du groupe de rock israélien Kaveret, le 2 mai 2013. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

« Ils ont reçu des milliers de menaces… la réaction qu’ils ont reçue pour [avoir annoncer] un spectacle en Israël a été affreuse et terrible », a déclaré Alon Oleartchik au diffuseur public Kan. « Ils ont été écrasés par cela. » Il a ajouté que son fils, Max, « était également anéanti par cette situation, il voulait vraiment que cela se produise ».

Dans sa propre déclaration, le Barby a sévèrement critiqué le groupe pour sa décision – et a fait remarquer que c’était le groupe qui était à l’origine de la réservation des spectacles à Tel Aviv.

« Nous ne les avons pas appelés ou demandés et aucun producteur ne les a contactés pour réserver ce spectacle », a précisé le Barby. « La demande de se produire en Israël est venue d’eux après une annulation induite par le COVID en 2020. »

La salle a affirmé que des « campagnes de boycott et d’intimidation sur Instagram » et des « manifestants payés pour être devant une salle en Europe » ont provoqué l’annulation de la part du groupe. Dans un post cinglant, le Barby a accusé le groupe d’hypocrisie et les a qualifiés de « bande de pitoyables musiciens sans colonne vertébrale qui ont peur de leur propre ombre ».

« Vous deviendrez juste un autre groupe qui va et vient comme tout le monde », ont écrit les propriétaires du Barby dans un post non signé. « Je vous souhaite tout le malheur du monde, comme vous l’avez fait à vos fans en Israël. »

Illustration : Le musicien Ziggy Marley, fils de feu la légende du reggae Bob Marley, en concert au club Barby à Tel Aviv, le 31 juillet 2018. (Crédit : Yaniv Nadav/Flash90)

Le Barby avait commencé à vendre des billets pour les deux spectacles – dont l’un était déjà complet – le 24 mai, mais le groupe n’a annoncé publiquement son intention de se produire en Israël il n’y a qu’une semaine. Dans un post sur les réseaux sociaux vendredi dernier annonçant les concerts, le groupe a fourni une explication.

« Au cours des sept dernières années, nous avons constamment voyagé dans le pays d’origine de trois de nos membres, les États-Unis », a écrit le groupe. « Il est important pour nous d’aller là où nous avons de la famille pour partager un espace et jouer pour eux. C’est fondamental. C’est dans cet esprit que nous avions pris notre décision de jouer en Israël. »

Cette annonce a été accueillie de façon assez négative en ligne, entrainant une vague de commentaires sur Instagram et Facebook, les appelant à annuler et exprimant leur colère.

Le groupe a écrit à l’époque qu’il ne « prétend pas savoir où se trouve le terrain moral et nous voulons rester ouverts aux perspectives des autres et aimer au-delà du désaccord ». Il s’est également engagé à reverser les bénéfices des spectacles « à des ONG qui fournissent une aide médicale et humanitaire aux enfants palestiniens, y compris des efforts conjoints entre Palestiniens et Israéliens travaillant ensemble pour un avenir meilleur ».

Jeudi, cependant, le groupe a cherché à réviser sa déclaration.

« Lorsque nous avons parlé d’aimer ‘au-delà du désaccord’ et de ne pas savoir ‘où se trouve le terrain moral’, c’était en référence au fait de jouer en Israël à un moment où le BDS appelle à un boycott culturel », ont-ils écrit. « Ce n’était pas en référence à l’occupation israélienne et au déplacement des Palestiniens. »

Ari Ingel, directeur de Creative Community For Peace, un groupe militant anti-BDS, a déclaré que « tout ce que Big Thief a fait, c’est créer une plus grande animosité et provoquer plus de divisions » en cédant à un mouvement « qui rejette ouvertement la coexistence et cherche la destruction d’Israël ».

Le mouvement BDS appelle depuis des années les artistes internationaux à ne pas se produire en Israël, avec un succès limité. Des musiciens comme Lorde et Lana Del Rey ont fait la une des journaux pour avoir annulé des spectacles en Israël ces dernières années, mais Tel Aviv reste une destination pour de nombreux artistes internationaux, et a même accueilli le concours de l’Eurovision 2019 – avec notamment une performance de Madonna – après qu’Israël a remporté la compétition un an plus tôt.

Les contrats internationaux ont commencé à affluer à mesure que les restrictions du COVID s’assouplissent. Maroon 5 s’est produit en Israël le mois dernier, One Republic devrait revenir cet automne et le rappeur 50 Cent devrait se produire en juillet. Le célèbre ténor Andrea Bocelli s’est produit à Tel Aviv mercredi soir devant un public comprenant le réalisateur Quentin Tarantino et l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...