Cancer du sein : une méthode pour retirer les cellules cancéreuses résiduelles sans faire d’opération
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Cancer du sein : une méthode pour retirer les cellules cancéreuses résiduelles sans faire d’opération

MarginProbe, qui vérifie les bords de la tumeur alors que la patiente est toujours sur la table d'opération, est utilisé dans plus de 100 hôpitaux américains

Une femme avec un cancer de sein examinée au CT scan (Crédit : Chen Leopold/FLASH90)
Une femme avec un cancer de sein examinée au CT scan (Crédit : Chen Leopold/FLASH90)

Dune Medical Devices d’Israël a développé un instrument pour aider des femmes qui ont un cancer du sein à éviter de subir l’intervention chirurgicale de suivi tant redoutée pour enlever les cellules cancéreuses résiduelles après qu’une tumeur a été enlevée.

Le dispositif est déjà utilisé par les chirurgiens dans plus de 100 hôpitaux aux États-Unis et dans les centres hospitaliers israéliens.

Lorsque les femmes subissent une tumorectomie pour enlever les cancers du sein, le tissu cancéreux est ensuite envoyé aux laboratoires pour s’assurer que les marges entourant la tumeur sont exemptes de cellules cancéreuses et que l’on a bien retiré tous les tissus cancéreux chez les patientes.

Malheureusement, les statistiques montrent que lorsque les résultats de laboratoire sont révélés, après un processus qui peut prendre plusieurs semaines, on demande à une femme sur quatre de revenir pour une ré-excision – une chirurgie secondaire – pour voir si les tumeurs testées révèlent que les marges ne sont pas claires et qu’il reste des cellules cancéreuses dans le corps du patient.

« Nous avons développé la seule technologie au monde qui a un produit commercial qui permet aux chirurgiens dans les salles d’opération, en temps réel, de vérifier les marges de la tumeur, d’identifier les tissus cancéreux et de décider sur place si un plus de tissus doit être enlevé ou pas », a expliqué Gal Aharonowitz, le directeur général en charge des opérations israéliennes, au Times of Israel lors d’une interview téléphonique.

Les essais cliniques montrent que le dispositif MarginProbe de la société réduit le besoin de ré-excision de 51 %, si elle est utilisée pendant la procédure initiale, a précisé Aharonowitz. L’utilisation commerciale du produit a montré une baisse de près de 80 % de la nécessité de répéter la chirurgie, a-t-il ajouté.

Le dispositif se compose d’un gadget portatif – une sonde à usage unique qui ressemble à un gros stylo ou un instrument à ultrasons – et une console. Après que la tumeur a été enlevée, tandis que le patient est toujours sur la table d’opération, le chirurgien utilise la sonde pour vérifier les marges du tissu qui vient d’être enlevé.

Les capteurs de la sonde envoient des signaux au tissu, et un signal, visuel et acoustique, se réfléchit. Le tissu qui est alors classé soit comme étant positif, indiquant qu’il y a encore des cellules cancéreuses sur les marges, soit négatif, donnant le feu vert pour refermer le patient.

La technologie de spectroscopie par fréquence radio utilisée par la sonde mesure les propriétés électriques des cellules et peut distinguer les cellules cancéreuses et celles en bonne santé en une seconde, a déclaré Aharonowitz.

Le produit a obtenu l’approbation de la FDA à la fin de l’année 2012 et a commencé à être commercialisé aux États-Unis en 2013. Il a également reçu les approbations réglementaires nécessaires des autorités européennes.

La société cherche maintenant à faire augmenter l’utilisation de l’appareil aux États-Unis et en Israël, et à étendre les applications de cette technologie à d’autres cancers, comme la prostate, les poumons et les cancers du foie, a-t-il ajouté.

MarginProbe de Dune Medical réduit le nombre de chirurgies de suivi du cancer du sein (Crédit : Autorisation)
MarginProbe de Dune Medical réduit le nombre de chirurgies de suivi du cancer du sein (Crédit : Autorisation)

« Nous travaillons déjà sur ces nouvelles applications – plus précisément sur un dispositif de biopsie intelligent qui permettra aux chirurgiens ou radiologues d’identifier et de prélever le bon échantillon de tissu. Nous nous attendons à ce qu’il soit disponible sur le marché à court terme », a déclaré Aharonowitz. Dune a reçu une bourse de 3 millions d’euros grâce au prix EC Horizon 2020 en 2016 pour accélérer le développement de l’appareil de biopsie.

L’appareil est utilisé par plus de 100 hôpitaux aux États-Unis, y compris le Mt Sinai Hospital à Manhattan, l’Einstein Medical Center à Philadelphie et UC Irvine Health en Californie, et 12 en Israël. Il a été utilisé commercialement sur quelque 10 000 patients, a déclaré Aharonowitz.

Dune Medical est en pourparlers avec le ministère de la Santé israélien pour que le ministère reconnaisse la sonde soit reconnue en tant que soins standards en Israël, une étape qui permettrait aux hôpitaux d’être remboursés pour son utilisation. Pour le moment, a déclaré Ramit Harpaz, le responsable de la commercialisation du produit en Israël pour Dune, le manque de remboursement entrave l’adoption du dispositif.

« Aucun des grands hôpitaux ne l’utilise, car il ne fait pas partie de la norme des soins », a-t-elle déploré. Les hôpitaux qui utilisent la technologie comptent l’hôpital Assuta à Ramat HaHayal, Tel Aviv, l’hôpital Barzilai à Ashkelon, l’hôpital Shaare Zedek à Jérusalem et l’hôpital Kaplan Rehovot.

Gal Aharonowitz de Dune Medical Devices (Crédit : Autorisation)
Gal Aharonowitz de Dune Medical Devices (Crédit : Autorisation)

L’utilisation de chaque sonde coûte environ 1 000 dollars aux États-Unis, a déclaré Aharonowitz – un prix nettement inférieur aux dépenses engagées par les assureurs quand un patient doit subir une chirurgie supplémentaire, a-t-il fait valoir. Selon un article récemment publié dans le Wall Street Journal, les ré-excisions pour les procédures de tumorectomie varient entre 9 000 et 16 000 dollars.

Le Dr Tanir Allweis, chirurgien du sein et directeur médical au centre de santé de Sarah Markowitz à l’hôpital Kaplan à Rehovot, utilise le MarginProbe sur une centaine de patientes par an et le trouve « très, très facile à utiliser ».

Allweis, qui a également pris part aux essais cliniques de Dune Medical pour le produit, a affirmé que l’utilisation de l’appareil lui a permis de réduire ses taux de ré-excision de près de 50 %.

« Une approche conservatrice », le coût et certaines hésitations quant aux faux positifs que l’instrument donne parfois – qui oblige les chirurgiens à retirer le tissu du patient, même lorsque les résultats pathologiques montrent plus tard qu’il était effectivement sans cellule cancéreuse – pourraient empêcher une adoption plus répandue du gadget », a-t-elle estimé.

« Mais les faux positifs sont un petit prix à payer par rapport à l’amélioration du taux de ré-opération », a-t-elle estimé. « Le compromis en vaut la peine ».

Des chirurgiens dans un bloc opératoire (Crédit : Nati ShohaT/Flash 90)
Des chirurgiens dans un bloc opératoire (Crédit : Nati ShohaT/Flash 90)

Selon l’organisation américaine sans but lucratif Breastcancer.org, environ une femme sur huit va développer un cancer du sein invasif au cours de sa vie. En 2017, quelque 255 180 nouveaux cas de cancer du sein invasif devraient être diagnostiqués chez les femmes aux États-Unis. Environ 40 610 femmes aux États-Unis devraient mourir en 2017 du cancer du sein, bien que les taux de mortalité aient diminué depuis 1989.

Dr. Alice Police, chirurgienne du cancer du sein à UC Irvine Health, pratique environ 300 interventions chirurgicales par an et est chirurgienne depuis environ 26 ans. Elle a participé à l’essai clinique américain de l’appareil Dune.

« Je pense que c’est la plus grande avancée dans la chirurgie du cancer du sein en une génération », a-t-elle déclaré dans un témoignage vidéo sur le site Web de la société.

« Quand nous devons dire à une patiente qu’elles ont besoin d’une deuxième chirurgie, cela a juste un effet dévastateur sur le patient psychologiquement ».

L’utilisation de la sonde au moment de la chirurgie donne immédiatement un élément rassurant au chirurgien et est « très simple et facile à utiliser », a ajouté Police.

Le fondateur de Dune Medical Devices, Dan Hashimshony (Crédit : Autorisation)
Le fondateur de Dune Medical Devices, Dan Hashimshony (Crédit : Autorisation)

Dune Medical Devices a été fondée par le Dr Dan Hashimshony, un physicien, en 2002 et a été financé par des fonds d’investissement et des investisseurs privés.

« J’aime avoir sur moi une liste de questions difficiles qui valent la peine d’être résolues et la question des marges était l’une d’entre elles. Cela a pris un certain temps, mais nous l’avons fait », s’est réjoui Hashimshony dans une interview téléphonique.

« Le prochain défi pour Dune sera de mettre sur le marché une version générique du produit qui fonctionnera dans presque toutes les procédures d’élimination des tumeurs solides ».

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