Israël en guerre - Jour 255

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Explications

Ce groupe, financé par l’État, qui est chargé de l’exemption des étudiants en yeshiva

Dans le budget israélien, en période de guerre, des millions de shekels sont alloués à la Vaad HaYeshivot, malgré une pénurie de personnel qui oblige l'armée à prolonger le devoir de réserve des réservistes

Des ultra-orthodoxes étudient à la yeshiva Kamenitz, à Jérusalem, le 22 août 2023. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)
Des ultra-orthodoxes étudient à la yeshiva Kamenitz, à Jérusalem, le 22 août 2023. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Prenant la parole en séance plénière de la Knesset, lundi dernier, le chef de l’opposition Yair Lapid a laissé libre cours à sa colère, accusant le gouvernement d’avoir alloué des millions de shekels à des organisations facilitant l’exemption de service militaire des ultra-orthodoxes au même moment où un grand nombre de soldats, dans la réserve, sont sur le front depuis des mois, engagés dans les combats féroces qui sont livrés contre le Hamas sur le territoire de la bande de Gaza.

« Il y a huit millions de shekels ici pour la Vaad HaYeshivot (Commission de la yeshiva), a-t-il déploré, décriant l’organisation à but non lucratif dont le siège est à Jérusalem et qui, selon lui, consacre ses activités « à encourager le contournement du service militaire tandis que des Israéliens, à cet instant même, sont en train de faire 107 jours de devoir de réserve parce qu’il n’y a pas suffisamment de soldats et parce qu’il n’y a pas suffisamment de combattants ».

« C’est votre victoire à vous et ensemble ? », a interrogé Lapid, se référant à un slogan populaire utilisé en temps de guerre.

« Des millions de shekels pour échapper au service militaire », s’est-il insurgé.

Plus de 360 000 Israéliens ont été rappelés pour le devoir de réserve suite à l’assaut sans précédent qui avait été lancé par le Hamas, le 7 octobre – une attaque qui a fait 1 200 morts sur le sol israélien. Les hommes armés ont également enlevé plus de 230 personnes, prises en otage dans la bande de Gaza.

Aujourd’hui, l’armée israélienne a des difficultés à maintenir le nombre de soldats nécessaires pour continuer les combats qui déchirent l’enclave côtière.

Dans le cadre de ces difficultés, le service obligatoire, pour les réservistes de l’armée, a été prolongé. Tsahal a aussi commencé à recruter environ 1 300 Israéliens qui prennent actuellement part à des programmes prémilitaires et autres services communautaires ou qui sont inscrits dans des yeshivot du mouvement national-religieux – ce qui a provoqué un torrent de protestations contre un fardeau du service militaire qui, selon les contestataires, pèse de manière inégale sur les épaules des citoyens.

La décision prise par le gouvernement de recruter les étudiants dans les yeshivot du mouvement national religieux a entraîné plus d’indignation encore lorsqu’elle a été défendue, à la Knesset, par le ministre des Affaires de Jérusalem Meir Porush, qui appartient au parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah.

Des ultra-orthodoxes affrontant la police alors qu’ils manifestent contre l’arrestation de membres de la communauté qui n’ont pas obtempéré à l’ordre de conscription militaire, à Jérusalem, le 29 septembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Évoquant les inquiétudes des députés au sujet de cette initiative, Porush a affirmé que Tsahal avait besoin qu’un plus grand nombre de soldats « soient en capacité de remplir la mission ». Les critiques ont alors accusé d’hypocrisie le ministre qui réclame depuis longtemps une législation exemptant les membres de la communauté haredi de service militaire.

Malgré une augmentation du nombre d’ultra-orthodoxes qui se sont présentés pour se faire enrôler dans l’armée après l’attaque du Hamas, le 7 octobre, rien n’a réellement changé dans l’approche des responsables ou des institutions haredim face au service militaire.

Le soutien apporté par Porush au recrutement des étudiants des yeshivot non-haredim a fortement contrasté avec une affirmation répétée à loisir par les ultra-orthodoxes – qui disent que les personnes qui étudient la Torah ne peuvent pas se battre dans la mesure où elles offrent une protection spirituelle déterminante. Il a également contrasté avec le financement, par le gouvernement, de la Vaad HaYeshivot.

Selon Guidestar, un centre qui fournit des informations sur les ONG israéliennes, la mission de la Vaad, qui reçoit plus de 70 % de son budget de l’État, est d’assurer la coordination entre les yeshivot ultra-orthodoxes et le ministère de la Défense s’agissant des demandes d’exemption militaire.

De la même manière – mais à un moindre niveau – de l’argent public a également été versé à l’Union des Yeshivas de Hesder et à l’Union des Yeshivas sionistes d’enseignement supérieur, deux organismes qui appartiennent au secteur national-religieux et qui représentent des institutions dont les diplômés sont censés faire leur service militaire au sein de Tsahal, même si ce service est moins long que celui de leurs pairs laïques.

Cela fait longtemps que les membres de la communauté haredi bénéficient d’exemptions au service militaire qu’ils ont tendance à considérer comme une menace faite à leur identité religieuse, explique le docteur Shuki Friedman, vice-président du Jewish People Policy Institute.

« Le rôle que tient cette Vaad est d’organiser et de soutenir les yeshivot dans le recrutement des étudiants, ainsi que de donner les instructions à suivre concernant la manière dont ils doivent se présenter à l’enrôlement, sur la façon dont ils doivent contourner les obstacles et la bureaucratie militaire », dit-il. « Le rôle tenu par cette Vaad n’est pas seulement d’apporter un soutien aux Haredim qui étudient dans les yeshivot, mais aussi d’aider les autres ultra-orthodoxes qui ne font pas d’études, qui ne sortent pas et qui ne travaillent pas – de les aider à ne pas entrer dans l’armée ».

Dans le cadre de ce travail, la Vaad fait en sorte que les étudiants puissent obtenir des sursis sans pour autant se présenter dans les bureaux d’incorporation ; elle les conseille sur les démarches administratives à accomplir et elle appelle les dirigeants des yeshivot à ne pas expulser leurs étudiants pour éviter à ces derniers d’être recrutés au sein de l’armée.

Un soldat juif religieux est embrassé par un membre d’une famille juive ultra-orthodoxe après une cérémonie de prestation de serment concernant l’unité Nahal Haredi, à la Colline des Munitions à Jérusalem, le 26 mai 2012. (Miriam Alster/Flash90)

Ce qui a été rendu possible par la décision prise par le gouvernement, l’année dernière, de ne pas enrôler les étudiants de yeshiva au sein de Tsahal – et ce malgré l’expiration législative du cadre qui définissait ces exemptions – et grâce aux millions de shekels qui ont été apportés par le gouvernement en financement, avec une somme qui est passée de 1,7 million de shekels en 2018 à 3,7 millions de shekels en 2022.

De manière peu surprenante, la Vaad fait une présentation différente de celle de Lapid en décrivant son rôle. Le président de la Commission, le rabbin Chaim Aharon Kaufman, affirme que son organisation « n’est pas ‘pour’ ou ‘contre’ l’armée ».

Dans une interview accordée au quotidien ultra-orthodoxe Hamodia en 2017, Kaufman avait déclaré que « la raison d’être » de la Vaad était de simplement « faciliter l’apprentissage de la Torah sans restriction, pour tous ceux qui souhaitent l’étudier ».

« Ce n’est pas une institution antisioniste », dit de son côté Ronen Katz,le porte-parole de Haim Biton, député du Shas et ministre au sein du ministère de l’Éducation.

« L’État reconnaît l’institution et la Commission de la yeshiva, de son côté, reconnaît également l’État », ajoute-t-il, critiquant Lapid pour « sa démagogie et ses propos extravagants ».

Prendre en charge la question des exemptions implique des frais significatifs qui seraient tombés, le cas échéant, sous la responsabilité du ministère de la Défense, déclare pour sa part Moshe Roth, député du parti Yahadout HaTorah qui souligne que le gouvernement a continué à financer la Vaad lorsque Lapid était Premier ministre.

« C’est une organisation qui a été établie pour servir un objectif. Et cet objectif relève de l’intérêt de l’armée israélienne. L’armée voulait qu’il y ait cette organisation. Elle voulait avoir une voix qui parlerait au nom de toutes les yeshivot, qui apporterait une structure », continue-t-il.

En d’autres mots, tant que les ultra-orthodoxes seront exemptés de service militaire, il sera nécessaire d’avoir une instance qui assurera la coordination entre le gouvernement et les rabbins.

Le rabbin Dov Landau, chef de la yeshiva Slabodka de Bnei Brak, donne un cour à la yeshiva Mir, dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Sharim, à Jérusalem, le 19 septembre 2023. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)

Toutefois, un examen plus approfondi des activités de la Vaad offre une image plus nuancée que celle qui est présentée à la fois par ses détracteurs et par ses défenseurs, selon Gilad Malach, chercheur au sein de l’Institut israélien de la Démocratie.

« L’objectif principal de l’organisation n’est pas d’encourager le contournement du service militaire » même si la Vaad fait partie intégrante du discours ultra-orthodoxe sur le projet de loi portant sur l’exemption de service des membres de la communauté haredi, dit-il.

« L’exemption de service militaire se fait conformément à la loi, au système et même à l’armée. Les autorités doivent décider quel endroit est une yeshiva de manière à ce que la décision soit prise par le dit endroit. Mais d’un autre côté, c’est l’instance qui est chargée de structurer les yeshivot dont les étudiants ne font pas leur service dans l’armée et la question est donc de savoir pourquoi l’État doit soutenir une telle commission ».

Dans un communiqué, le bureau du porte-parole de Tsahal déclare au Times of Israel que « tous les recrutements et toutes les exemptions, concernant tous les candidats aux services de sécurité et notamment ceux qui appartiennent au secteur ultra-orthodoxe, sont effectués par l’armée israélienne elle-même ».

« Il faut souligner que la Vaad HaYeshivot n’a aucune influence sur les procédures de recrutement » et les militaires ne pensent pas « que les agissements de la Commission soient en contradiction avec les dispositions écrites dans la loi » en encourageant le contournement du service militaire, a poursuivi Tsahal.

L’équipe du Times of Israel et Gavriel Fiske ont contribué à cet article.

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