Ce sceau d’argile qui, il y a 2 700 ans, avait servi à la cour de Jeroboam II
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Ce sceau d’argile qui, il y a 2 700 ans, avait servi à la cour de Jeroboam II

Achetée une misère sur un marché en 1980, l'inscription du 8e siècle avant l'ère commune serait l'écrit le plus ancien trouvé sur un sceau en argile en Israël

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

In sceau israélite vieux de 2700 ans datant du règne du roi Jéroboam II, au 8è siècle avant l'ère commune. (Crédit : Dani Machlis/Université Ben Gurion)
In sceau israélite vieux de 2700 ans datant du règne du roi Jéroboam II, au 8è siècle avant l'ère commune. (Crédit : Dani Machlis/Université Ben Gurion)

Ce qui est sans doute la plus ancienne inscription sur un sceau en argile de toute la terre d’Israël – il avait été utilisé à la cour du roi israélite Jéroboam II — a été authentifiée après des années de contrôles stricts en laboratoire sous la supervision du Professeur Yuval Goren, de l’université Ben-Gurion. Ce morceau d’argile portant une inscription – connu sous le nom de bulle – avait été acheté, sans précision sur sa provenance, auprès d’un marchand d’antiquités bédouin, dans les années 1980, et il s’avère aujourd’hui qu’il daterait du règne de Jéroboam II, au 8e siècle avant l’ère commune.

« Cette bulle est l’une des plus anciennes – si ce n’est la plus ancienne – de toute la terre d’Israël », déclare Goren au Times of Israel avant la publication d’une étude scientifique en hébreu dans une édition spéciale du journal Eretz Yisrael consacrée à l’épigraphiste Ada Yardeni. Elle paraîtra ultérieurement en anglais dans l’Israel Exploration Journal.

Cette bulle ovale est presque identique à un sceau en pierre de jaspe rare – et aujourd’hui égaré – qui avait été découvert en 1904 lors d’une fouille archéologique réalisée à Tel Megiddo sous la direction de Gottlieb Schumacher. Ce sceau remarquable, aujourd’hui disparu, et l’impression qui vient d’être identifiée sont tous deux ornés d’un lion rugissant, la queue dressée, au-dessus duquel est écrit en paléo-hébreu « l’Shema eved Yerov’am » (Appartnent à Shema le serviteur/ministre de Jéroboam). L’Histoire raconte que Jéroboam II aurait régné de l’an 788 avant l’ère commune à l’an 748 avant l’ère commune.

Il n’y a qu’une impression partielle de l’inscription sur la bulle mais Goren explique qu’elle est clairement la même que celle qui avait été incisée sur le sceau en pierre de jaspe. Le fait que ce sceau royal ait été présenté dans des tailles variées est une information précieuse que cette étude a permis de découvrir, selon le communiqué de presse émis par l’université Ben-Gurion.

Goren explique au Times of Israel qu’il avait appris l’existence de l’impression du sceau il y a plus de dix ans. Le sceau avait été acheté sur un marché bédouin, à proximité de Beer Sheva, par Yigal Ronen, ancien professeur en génie nucléaire et collectionneur d’antiquités, au prix de seulement dix shekels dans les années 1980 – soit l’équivalent de quelques centimes. En raison des circonstances très étranges et du prix outrageusement bas, Ronen avait initialement écarté la possibilité que cette petite bulle de 23,4 millimètres sur 19,3 millimètres puisse être authentique, estimant qu’il devait s’agir d’une contrefaçon très réussie ou d’une réplique, note Goren.

Le professeur de l’université Ben-Gurion Yuval Goren (Crédit : Dani Machlis/BGU)

Il y a environ cinq ans, les tests réalisés en secret et en profondeur sur le sceau ont commencé, continue Goren. Ils ont suivi un protocole qui a été mis au point au cours de la dernière décennie, avec une série de tests cumulés à partir de disciplines scientifiques variées.

Grâce à ce protocole, Goren a pu fournir des témoignages d’expert dans des cas de contrefaçon présumée de haut-rang, comme dans le procès de l’ossuaire de Jacques. Il a analysé, par ailleurs, de nombreux sceaux pour la police israélienne et pour l’Autorité israélienne des antiquités, dit-il.

La nécessité de tester la nouvelle bulle s’est imposée après les visites répétées de l’archéologue et professeur émérite de l’université Ben-Gurion Eliezar Oren chez Ronen, où il admirait sa collection. Oren, fondateur du programme d’archéologie de l’université Ben-Gurion, avait soupçonné que ce sceau remontait à l’âge de fer et il avait demandé de façon insistante à la famille Ronen de lui donner la permission de lui faire subir des examens hi-tech.

Goren raconte avoir donné son accord pour superviser le protocole mené par son laboratoire et celui d’une équipe de scientifiques interdisciplinaire – à la condition que l’artéfact soit confié à l’Autorité israélienne des antiquités si son authenticité devait être confirmée. (Spoiler : La bulle sera transmise sous peu à l’AAI).

Tout un village universitaire

Goren ne travaille pas en vase clos et il souligne, encore et encore, que la longue série de tests analytiques a été formée après un travail conjoint avec une équipe de chercheurs.

« Nous avons étudié – ce n’est pas le ‘nous’ royal ; j’ai eu des partenaires – de nombreuses impressions de sceaux et nous avons tenté de comprendre les techniques de leur fabrication ; nous avons aussi essayé de comprendre le type de documents qu’ils servaient à sceller, ou s’ils avaient scellé précisément des documents », dit-il.

« Parce que la technologie n’avait jamais été examinée dans le passé, il y avait un grand nombre d’hypothèses mais personne n’avait vérifié, par exemple, la consistance de l’argile, la manière dont les fils avaient été assemblés dans la bulle si cette dernière avait été utilisée pour sceller des documents », explique Goren. Lui et d’autres chercheurs ont étudié des centaines de bulles qui avaient clairement été identifiées après avoir été découvertes lors de fouilles, pour avoir une référence. Et il est dorénavant en mesure, dit-il, de plus facilement identifier un faux si, par exemple, l’argile s’avère être d’un type différent de celui qui était habituellement utilisé par les scribes.

Une collection de bulles (sceaux). (Crédit : Eliyahu Yanai, Cité de David)

Parmi les chercheurs ayant participé à cette nouvelle étude, l’épigraphiste de l’université Ben-Gurion Shmuel Ahituv ; deux géologues, les docteurs Avner Ayalon et Mira Bar-Matthews du Relevé géologique d’Israël ; et l’archéologue de l’AAI Orit Shami, qui est spécialisée dans les textiles.

Goren est spécialisé dans la recherche de la provenance des artéfacts géologiques – il travaille notamment sur les impressions de sceau et sur les tablettes cunéiformes – et il tente d’établir la technologie utilisée pour les créer à travers la minéralogie. Pour l’étude de cette nouvelle bulle, il a dû enlever un fragment minuscule de l’argile pour examiner sa fabrication minérale.

« Mes mains n’ont pas tremblé », s’amuse-t-il, ajoutant qu’il a effectué des tests similaires sur d’autres sceaux d’immense valeur qui provenaient des célèbres archives d’Amarna en Egypte et d’ailleurs. « On prend toujours un petit fragment à un endroit caché ou endommagé. On ne peut pas se permettre d’endommager le sceau ou son impression ».

Une autre série de tests a permis d’analyser la composition isotopique de la patine de la bulle, une fine couche de ternissure, qui apparaît par le biais de l’exposition à l’air avec le temps et qui peut être reproduite par des faussaires – jusqu’à un certain point seulement.

« On peut imiter une patine en laboratoire mais ce test découvrirait s’il s’agit d’une contrefaçon », explique Goren.

La bulle du roi Ezéchiel montrée à l’Armstrong Auditorium à Edmond, dans l’Oklahoma, au mois de juin 2018. (Autorisation : Autorité israélienne des antiquités, Photo : Reese Zoellner/Watch Jerusalem)

Les tests, dit-il, ont pris plusieurs années – pas parce que les tests en eux-mêmes prendraient beaucoup de temps mais en raison des exigences de contrôle du protocole d’examen.

« Chaque fois qu’on tente de dater de l’argile, il y a toujours un conflit entre la nécessité d’intervenir de manière non-intrusive et la volonté d’utiliser plusieurs méthodes pour être sûr du résultat », dit-il. « On n’est jamais sûr », se corrige-t-il, ajoutant que « c’est comme dans un tribunal – au-delà de tout doute raisonnable. Alors nous avons souvent besoin de tests supplémentaires ».

A quoi servaient ces sceaux en argile ?

Alors qu’il est excessivement rare de trouver un sceau du royaume d’Israël, comme cette nouvelle bulle, des centaines ont été découverts dans le royaume de Juda. Certains, précise Goren, semblent avoir servi à sceller des papyrus, parfois du tissu et parfois du bois – peut-être aussi des boîtes et peut-être des paquets, dit-il.

Toutefois, des éléments peuvent aussi indiquer que ces sceaux n’ont jamais servi à sceller quoi que ce soit, explique-t-il, citant le travail réalisé par l’archéologue Nachman Avigad qui avait désigné ce type de sceau sous le nom de « bulle fiscale ». Ils avaient pu, continue Goran, être créés en référence à un accord ou à une transaction officielle.

Une équipe de l’université du Mississippi a découvert cette bulle – ou ancien sceau en argile – sur un site de fouilles du sud d’Israël, l’été dernier. Il présente des preuves d’une activité gouvernementale au 10è siècle avant l’ère commune, à une époque où de nombreux spécialistes disaient qu’un royaume ne pouvait pas exister dans la région. (Crédit : University of Wisconsin/Nathaniel Greene)

De manière intéressante, poursuit Goren, les impressions des sceaux qui présentent, pour leur part, des indications laissant penser qu’ils ont été utilisés pour du papyrus ou des tissus ont pu être également ultérieurement cuits.

« Nous pensons qu’ils ont été brûlés ou cuits après que le document a été enlevé et qu’ils ont ainsi été préservés », déclare-t-il. Goren note que les fouilles réalisées à Tel Lachish en 1950 avaient permis de découvrir un bâtiment datant de l’âge de Fer dans lequel un petit juglet bouché, rempli de telles bulles, avait été découvert.

Une collection de bulles (sceaux). (Crédit : Clara Amit, autorité des Antiquités)

« Pourquoi aurait-t-on conservé des bulles ? » s’interroge-t-il avant de proposer une réponse : « Parce qu’elles étaient encore utilisées comme référence, même après l’ouverture du document ».

« Et nous pensons donc que les sceaux avaient la fonction des signatures d’aujourd’hui », ajoute Goren.

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