Certains Israéliens mal à l’aise avec l’accueil en héros des jeunes de Chypre
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Certains Israéliens mal à l’aise avec l’accueil en héros des jeunes de Chypre

Ils estiment que célébrer la libération du groupe ayant "humilié" la jeune britannique en filmant leurs rapports sexuels perpétue la culture du viol

Les adolescents israéliens blanchis d'une accusation de viol en réunion retrouvent les membres de leur famille à l'aéroport Ben-Gurion, le 28 juillet 2019 (Crédit : Flash90)
Les adolescents israéliens blanchis d'une accusation de viol en réunion retrouvent les membres de leur famille à l'aéroport Ben-Gurion, le 28 juillet 2019 (Crédit : Flash90)

Des journalistes israéliens et certains usagers des réseaux sociaux ont déploré lundi l’accueil en héros du groupe d’adolescents qui a été libéré par la police chypriote après qu’une touriste britannique, qui les avait accusés de viol en réunion, s’est rétractée.

Les sept adolescents débordaient de joie lorsqu’ils ont été accueillis par leurs familles à l’aéroport Ben-Gurion, dans la soirée de dimanche.

Dans le hall d’arrivée, les jeunes garçons, qui portaient tous une kippa blanche, ont célébré à voix forte leur libération en ouvrant des bouteilles de champagne, en scandant « Am Yisrael Cham » (le peuple d’Israël est vivant) ainsi que « la Britannique est une p…e ».

Dans des entretiens accordés dimanche aux médias en hébreu, les jeunes Israéliens ont affirmé ne rien regretter au sujet de l’incident.

« Je me sens hyper bien. La vérité a éclaté et je suis heureux », a dit l’un d’eux à l’aéroport, dimanche soir. Un autre a évoqué un « miracle de Dieu », promettant de poursuivre en justice la jeune femme pour diffamation.

Mais l’issue heureuse de l’affaire a toutefois laissé un goût amer chez certains. Sur les réseaux sociaux, les journalistes et de nombreux parents ont critiqué les festivités qui ont entouré le retour en Israël des adolescents.

Le quotidien Yedioth Ahronoth a ainsi publié un dessin satirique comparant la réception réservée aux jeunes garçons à la cérémonie d’Etat qui, en 1976, avait eu lieu pour accueillir les otages d’Entebbe qui avaient été libérés.

Dans l’une des deux Opinions de son édition de lundi, les chroniqueurs du journal ont estimé que saluer ces jeunes en en faisant des héros banalisait les actions des adolescents, et ce même si les autorités chypriotes n’avaient pas déterminé qu’elles étaient illégales.

« Alors ce que nous avons ici, c’est un groupe d’adolescents dont il s’avère qu’ils ne sont pas des violeurs, mais juste le type de garçons à avoir des relations sexuelles, en groupe, avec une jeune fille ivre, à filmer ces relations sexuelles sans son consentement et à envoyer les images à leurs amis. Aucun doute, ce sont manifestement de bons gars », a écrit Hen Artzi-Sror.

Haaretz s’est également offusqué de l’accueil festif réservé aux adolescents, disant que de telles scènes ne servaient qu’à perpétuer la culture du viol au sein de l’Etat juif.

Ariana Melamed, de Haaretz, a fustigé les adolescents qui sont « apparus en portant la kippa » quelques jours après avoir envoyé la vidéo des relations sexuelles, sur fond d’ivresse, à leurs amis. Elle a ajouté que les médias israéliens qui ont accouru en masse autour des garçons à l’aéroport Ben-Gurion « ont oublié de poser les questions sérieuses ».

Pour leur part, de nombreux Israéliens ont également souligné sur les réseaux sociaux que si ces jeunes ont été blanchis du chef d’accusation de viol en réunion à Chypre, ils auraient été néanmoins poursuivis en justice si l’incident s’était déroulé en Israël.

Israël, en 2014, a été le premier pays à bannir le « revenge porn » pour tenter de prévenir la distribution de certains contenus pornographiques sur internet.

Cette loi, qui cible les médias sexuellement explicites qui sont postés sans le consentement de la personne qui y apparaît – ou sans qu’elle le sache – couvre également les contenus partagés sur les réseaux sociaux. Elle stipule que les contrevenants reconnus coupables d’avoir publié de tels contenus seront poursuivis comme délinquants sexuels et que le délit en lui-même est passible de cinq ans d’emprisonnement.

Lundi, l’un des amis de la jeune Britannique a également condamné les Israéliens pour avoir filmé les rapports sexuels sans qu’elle n’ait été mise au courant.

L’adolescente britannique (cachée) qui a accusé sept Israéliens de viol en réunion arrive à la cour de district de Famagusta District Court à Paralimni, à l’est de Chypre, le 29 juillet 2019 (Crédit : Iakovos Hatzistavrou/AFP)

« Même s’ils ne l’ont pas violée, ce n’est pas acceptable de filmer quelqu’un sans son consentement puis de diffuser les images sur les réseaux sociaux », a expliqué cet ami sous couvert d’anonymat au Yedioth. « Ils l’ont humiliée, ils l’ont blessée et c’est pour cette raison, avant tout, qu’elle a porté plainte pour viol ».

« Elle aurait dû dire la vérité dès le début parce qu’être filmé sans consentement préalable est déjà un délit assez grave », a ajouté cet ami.

La jeune femme a été placée en détention lundi pour 24 heures, alors que la police chypriote se prépare à l’inculper. La cour de district de Famagusta devrait faire part mardi de son inculpation.

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