Rechercher

C’est pour préserver son immunité judiciaire que Gotliv s’est rapprochée de Ben Gvir

La députée, qui risque la prison pour une atteinte présumée à la sécurité nationale, craint que sa 20e place sur la liste du Likud ne lui assure ni un siège à la Knesset ni le maintien de son immunité

La députée Tally Gotliv s'adresse aux médias devant le tribunal de Jérusalem, le 6 août 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)
La députée Tally Gotliv s'adresse aux médias devant le tribunal de Jérusalem, le 6 août 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

La députée Tally Gotliv a rejoint les rangs du parti Otzma Yehudit d’Itamar Ben Gvir, quittant le Likud. Cette défection n’a pas été motivée par des considérations idéologiques : elle a davantage relevé du pur instinct de survie politique.

Sans filtre et sans retenue, comme à son habitude, Gotliv a expliqué en détail, lors d’une interview accordée mardi à la Quatorzième chaîne, les raisons pour lesquelles son départ qui était alors apparemment imminent du Likud était si urgent. « Si, Dieu nous en préserve, le Likud ne remporte que 19 sièges, je me retrouverai dans les prisons du Shin Bet », a-t-elle déclaré.

En d’autres termes, si elle souhaitait, au sein de la 26e Knesset, présenter à nouveau une demande d’immunité parlementaire contre toute poursuite pénale, elle devait changer de camp. Rester en 20e position sur la liste du Likud, elle en était consciente, l’exposait au risque de se retrouver non pas à la Knesset (une analyse qui reflète par ailleurs un manque de confiance saisissant dans les chances électorales du Likud), mais dans une salle d’interrogatoire hautement sécurisée.

En mai 2026, la procureure générale Gali Baharav-Miara avait remis au président de la Knesset une copie de l’acte d’accusation établi contre Gotliv, laquelle est accusée d’avoir révélé illégalement l’identité d’un agent du Shin Bet travaillant sous couverture – un homme qui, dans le civil, est le conjoint de Shikma Bressler, figure de proue des manifestations antigouvernementales. En vertu de la loi sur le Shin Bet, cette infraction est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à trois ans de prison.

Shikma Bressler n’était pas n’importe qui : elle a été la figure emblématique à l’origine des manifestations massives de 2023 contre la refonte du système judiciaire menée par le gouvernement Netanyahu.

En s’en prenant au compagnon de Shikma Bressler, Gotliv a attisé une théorie du complot très répandue dans les milieux de droite, selon laquelle l’« État profond » – en particulier le Shin Bet et l’establishment militaire – aurait secrètement orchestré les manifestations antigouvernementales depuis les coulisses. La divulgation de l’identité d’un agent secret des services de renseignement aura constitué une tentative délibérée et contraire à la loi visant à fabriquer de toutes pièces des preuves à l’appui de ce récit sans fondement.

Shikma Bressler, l’une des figures de proue du mouvement de protestation, prend la parole lors d’une manifestation contre les projets de réforme judiciaire du gouvernement, à Tel Aviv, le 15 juillet 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Du fait de la nature des allégations, qui impliquent la divulgation de l’identité d’un agent de renseignement en activité, Gotliv fait l’objet de graves accusations liées à la sécurité nationale plutôt que de simples poursuites civiles. Une situation qui explique son appréhension à l’idée de se retrouver dans les « prisons du Shin Bet », dans ces centres d’interrogatoire à sécurité renforcée destinés aux personnes suspectées d’espionnage et de terrorisme, dans lesquels les détenus peuvent être placés à l’isolement et privés de l’accès à un avocat pendant plusieurs jours. Une perspective intimidante pour une parlementaire habituée à bénéficier de nombreux privilèges juridiques – et ce même s’il s’agit d’un scénario plutôt improbable, comme je l’expliquerai plus loin.

L’acte d’accusation, très concis, expose comment Gotliv a révélé le nom de l’officier et sa relation avec Bressler « à un large public, de manière très médiatisée, en toute connaissance de cause, délibérément, de manière continuelle, ostensible et répétée ». Pour ce faire, elle s’est appuyée sur un article publié sur Edna Karnaval, un site web marginal tristement célèbre qui se présente comme un média d’information juridique, mais qui fait en réalité office de tribune pour les théories du complot d’extrême droite, la désinformation radicale et les attaques virulentes contre le pouvoir judiciaire israélien.

L’acte d’accusation détaille ensuite les captures d’écran qu’elle a publiées, les millions d’impressions qu’elles ont générées, ainsi que le déluge de commentaires, de « j’aime » et de partages générés par ses déclarations. Chose étonnante, la publication attribuée à Gotliv dans l’acte d’accusation est à ce jour toujours en ligne sur son compte X.

Suite à son inculpation, Gotliv a poursuivi son déferlement de mensonges et de théories du complot pendant les auditions devant la commission de la Knesset. Elle a finalement obtenu la protection de ses collègues de parti, qui ont voté en faveur de l’octroi de l’immunité parlementaire.

Toutefois, aux termes de la législation israélienne, dès la constitution d’une nouvelle Knesset, l’acte d’accusation pourra être déposé à nouveau, ce qui obligera la nouvelle commission de la Chambre à réexaminer la question de l’octroi de l’immunité à Gotliv – laquelle, d’ici-là, sera probablement députée en exercice sous la bannière du parti Otzma Yehudit.

Le ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir, à gauche, et la députée du Likud Tally Gotliv à la Cour suprême de Jérusalem, le 10 novembre 2025 (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

C’est un pari risqué : si le Likud se retrouve dans l’opposition, ou si Otzma Yehudit se retrouve hors du gouvernement, Gotliv pourrait ne plus disposer de l’influence politique suffisante pour obtenir l’immunité une deuxième fois.

De plus, même si la 26e Knesset votait en faveur de l’octroi de l’immunité à Gotliv, une jurisprudence bien établie existe, dans laquelle la Haute Cour de justice a annulé la décision d’une commission parlementaire qui refusait de lever l’immunité d’un député. D’une manière ou d’une autre, tant que la Haute Cour conservera son autorité constitutionnelle, Gotliv devra comparaître devant un tribunal. Cela prendra peut-être du temps, mais la procédure judiciaire suivra son cours.

L’issue finale pose également une menace sérieuse pour l’avenir professionnel de Gotliv. En tant qu’avocate exposée à une condamnation pénale, elle risque de perdre son droit d’exercer. Gotliv, qui se vante souvent de son sens juridique, est indéniablement consciente de l’existence de ce précédent contraignant.

Elle continue néanmoins à multiplier les déclarations publiques incendiaires. Ses propos alarmistes concernant des séjours imminents dans les « prisons du Shin Bet » sont tout aussi infondés que le reste de ses discours. Elle ne fait plus l’objet d’une enquête policière ; après qu’elle a refusé de se présenter pour être interrogée, les forces de l’ordre ont enregistré l’acte d’accusation malgré l’absence de son témoignage.

Le Likud bascule vers l’extrême droite

Le parcours de Gotliv souligne la convergence entre le Likud et le parti héritier du mouvement kahaniste, désormais connu sous le nom d’Otzma Yehudit.

Ancré dans l’idéologie extrémiste du défunt rabbin Meir Kahane, dont le mouvement Kach a été interdit en Israël et a été désigné comme organisation terroriste par les États-Unis, Otzma Yehudit était autrefois considéré comme politiquement inacceptable. Aujourd’hui, un député traditionnel du Likud peut sans difficulté et sans hésitation rejoindre ses rangs.

Le député Almog Cohen, qui a débuté sa carrière politique au sein de l’alliance d’extrême droite de Ben Gvir, a récemment fait défection au profit du Likud, lequel l’a accueilli à la 8e place de sa liste principale (soit à la 13e place après attribution des places réservées). En contrepartie, Gotliv devrait quitter le Likud pour rejoindre directement la faction de Ben Gvir, où elle occupera la quatrième place sur la liste des candidats. Aucun des deux partis n’a émis de réserves quant à ces échanges – un signe révélateur de leur rapprochement.

Le ministre Almog Cohen (à droite), candidat aux primaires du Likud, est photographié dans un bureau de vote de la ville d’Ofakim, dans le sud d’Israël, le 17 août 2026. (Crédit : Liron Moldovan/Flash90)

Les 27 000 membres du Likud qui ont voté pour Gotliv aux primaires seront témoins de son départ ; elle restera malgré tout une alliée de premier plan. À en juger par son activité publique incessante, elle semble convaincue que sa présence pourrait permettre à Otzma Yehudit de remporter plusieurs sièges supplémentaires, certaine que ses partisans la suivront où qu’elle aille.

Selon Gotliv, si le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’avait pas mené une campagne interne agressive à son encontre, elle aurait décroché une place de choix sur la liste du Likud. Forte de cette position privilégiée en tant que figure de proue du parti au pouvoir, elle affirme qu’elle aurait réclamé avec force le poste de ministre de la Justice.

C’est désormais au camp de Ben Gvir qu’elle a l’intention de demander ce portefeuille.

La députée Tally Gotliv (à gauche) et le ministre de la Sécurité intérieure Itamar Ben Gvir assistent à une audience devant la Cour suprême à Jérusalem concernant des recours contre des lois visant l’UNRWA, le 3 août 2026. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

Dans des enregistrements audio divulgués et diffusés cette semaine par la chaîne d’information N12, on entendait Gotliv affirmer que Netanyahu « est mû par un intérêt personnel d’ordre judiciaire et il cherche avant tout à échapper à son procès, au détriment de tout autre intérêt ».

Il s’agit là d’une accusation particulièrement frappante de la part d’une femme politique dont la stratégie actuelle toute entière est dictée par un intérêt juridique personnel : conserver son siège de députée dans l’unique but d’échapper à des poursuites judiciaires. En psychologie, ce phénomène s’appelle la projection : Gotliv attribue à Netanyahu les motivations et les schémas comportementaux mêmes qui régissent ses propres actions.

Le porte-parole Eli Feldstein lors d’un événement avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant la guerre contre le Hamas à Gaza, déclenchée par le pogrom du 7 octobre 2023 par le Hamas. (Crédit : Armée israélienne)

Par ailleurs, alors que les querelles s’intensifient sur les réseaux sociaux, la population peut observer, ce qui est rare, les rouages internes de la machine politique du Likud. Un exemple typique est le récent message qui a été adressé à Gotliv par Eli (« Le patron est content ») Feldstein, l’ancien collaborateur de Netanyahou actuellement jugé pour avoir divulgué des documents de renseignement confidentiels au journal allemand Bild – une divulgation non autorisée, qui a mis en danger une source de renseignement sensible et qui a compromis les efforts visant à obtenir la libération des otages. (Feldstein a gagné le surnom de « Le patron est content » après la fuite de SMS décrivant la satisfaction de Netanyahu quant à ses opérations auprès des médias.)

Feldstein, pour sa part, a publiquement rappelé à Gotliv son empressement à créer un cirque médiatique lors de sa première arrestation, laissant entendre que le fil d’actualité de la députée sur les réseaux sociaux faisait office de relais pour des campagnes de dénigrement coordonnées émanant des plus hautes sphères du pouvoir.

Une question s’impose alors : le soutien qu’elle a apporté à la théorie du complot d’Edna Karnaval était-il lui aussi orchestré depuis ces mêmes sphères ?

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.