Comment la communauté juive de Miami a accepté les excuses de Meyers Leonard
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Comment la communauté juive de Miami a accepté les excuses de Meyers Leonard

Le joueur de NBA, qui a saboté sa carrière en proférant des injures antisémites, a eu l'opportunité de se racheter une conduite et de faire "techouva"

Meyers Leonard, au centre, distribue des repas de Pessah à des survivants de la Shoah et des seniors juifs dans la région de Miami avec l'aide du rabbin Pinny Andrusier, à sa gauche. (Crédit : Chabad of Southwest Broward via JTA)
Meyers Leonard, au centre, distribue des repas de Pessah à des survivants de la Shoah et des seniors juifs dans la région de Miami avec l'aide du rabbin Pinny Andrusier, à sa gauche. (Crédit : Chabad of Southwest Broward via JTA)

MIAMI (JTA) — Une récent repas de Shabbat organisé au domicile du rabbin Pinny Andrusier, à Hallandale, en Floride, est entré dans les annales. Et pour plusieurs raisons.

L’une d’entre elles était que l’un des convives, culminant à 2 mètres 13, dépassait de loin tous les adultes et enfants présents. Et ce convive était nul autre que Meyers Leonard, un joueur de l’équipe NBA préférée du sud de la Floride, le Miami Heat.

Quelques jours avant ce dîner de vendredi soir, Leonard avait déclenché une controverse en proférant des propos antisémites durant une partie de jeu vidéo retransmise en direct sur la plateforme Twitch.

Leonard, un pivot qui a rejoint le Heat en 2019 après sept saisons au sein de l’équipe de Portland, les Trail Blazers.

« Ne me snipez pas, espèce de sale youpin », avait déclaré Leonard, 29 ans, en jouant au jeu « Call of Duty » devant des milliers de personnes, comme le montre un clip vidéo posté par le compte Twitter @MainTeamSports.

Les retombées ne se sont pas fait attendre. Leonard a été suspendu par la NBA et a écopé d’une amende de 50 000 dollars. Neuf jours plus tard, l’équipe l’a échangé contre le Thunder d’Oklahoma City, qui l’a ensuite suspendu après la date limite des échanges de la ligue, rendant son avenir dans la NBA incertain. FaZe Clan, une société d’exports dans laquelle Leonard avait investi, a également déclaré qu’elle allait « couper les ponts » avec lui à cause de cette insulte.

L’heure de réparer les dégâts avait donc sonné. Après avoir publié des excuses sur Instagram, Leonard et ses représentants ont contacté plusieurs organisations juives pour entamer un processus de réparation.

Deux jours après avoir proféré ces injures antisémites, Leonard a rencontré Andrusier, le rabbin du centre Habad de Southwest Broward à Hallandale, situé à une vingtaine de kilomètres de l’American Airlines Arenao jouent les Heat. Pour Leonard, le processus de réhabilitation devait nécessairement commencer chez Andrusier, en raison de ses liens avec l’équipe, qui remontent à 1987, quand le rabbin avait allumé une ‘hanoukkiah pendant un match.

Meyers Leonard, du Miami Heat, avant un match, le 9 janvier 2021. (Crédit : Scott Taetsch / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

« Les Heat et la communauté juive entretiennent des liens très solides », a dit Andrusier.

Chaque année à Hanoukka, avec le rabbin Chaim Lipskar, directeur du centre Habad du centre-ville de Miami, il organise une soirée baptisée Miami Heat Jewish Heritage Night. Micky Arison, le propriétaire des Miami Heat, est juif.

Quelques heures après avoir parlé avec Leonard au téléphone et l’avoir convié au centre Habad, Andrusier a eu une idée : il allait l’inviter pour Shabbat.

« Je pensais que c’était une bonne idée qu’il vienne, qu’il mange et qu’il rencontre des survivants de la Shoah et des enfants qui l’idolâtrent », a dit le rabbin.

Ce vendredi soir, Leonard s’est retrouvé avec une trentaine de personnes issues de la communauté juive voisine. Leonard a écouté les histoires de vie de chacun, a évoqué l’incident et s’est pris en photo avec des dizaines d’enfants.

Andrusier était ravi que Leonard rencontre Michael Kaufman, qui est né dans un camp de déplacés en Allemagne après que ses parents ont survécu à Auschwitz.

« Quand il racontait son histoire, on pouvait entendre les mouches voler », a dit Andrusier. « Tout le monde, y compris Leonard, pleurait. »

Le joueur de NBA Meyers Leonard écoute la survivante de la Shoah Rose Marmor. (Crédit : Chabad of Southwest Broward via JTA)

Leonard a également mené un entretien via Zoom avec des représentants de l’Anti-Defamation League (ADL) et de la Greater Miami Jewish Federation, qui avaient, dans un communiqué, condamné les injures antisémites qu’il avait proférées.

Josh Sayles, directeur de la communauté juive et des relations gouvernementales au sein de la fédération, a déclaré que l’objectif était de mettre en relation Leonard et des membres de la communauté juive à des fins de sensibilisation.

« Meyers est très intéressé à s’investir et à en apprendre davantage sur la communauté juive », a dit Sayles.

Bien que Sayles et son équipe aient reçu de nombreux appels dans les jours qui ont suivi l’incident, il a déclaré que les appels ont commencé à diminuer.

« Les gens n’en parlent plus trop », a dit Sayles.

La fédération prépare maintenant une tournée pour Leonard au mémorial de la Shoah de Miami Beach et un entretien avec des étudiants juifs. La semaine prochaine, Leonard participera à un débat sur Zoom organisé par le centre Hillel de l’université de Miami intitulé « From Heat to Healing » (Des Heat à la guérison) avec Matthew Hiltzik, producteur du documentaire sur la Shoah « Paper Clips ».

« Nous sommes motivés par ses efforts à s’instruire sur la communauté juive, l’antisémitisme et l’impact de ses mots, et il a associé ses excuses à des actions concrètes », a déclaré la branche floridienne de l’ADL dans un communiqué. « Nous ne considérons pas qu’il s’agit d’un effort ponctuel mais d’un processus d’apprentissage continu, et nous exhortons Leonard à poursuivre ce processus après son départ des Miami Heat. »

La branche de l’ADL en Floride a également appelé l’industrie du jeu vidéo à « améliorer leurs outils de modération du contenu et créer des politiques robustes et inclusives pour gérer la haine sur leurs plateformes ».

Leonard,en bout de la table, rencontre le rabbin Andrusier chez lui avec sa femme, Elle, et son frère Bailey. (Crédit : Chabad of Southwest Broward via JTA)

Même après le transfert de Leonard, deux groupes pro-Israël ont salué les excuses formulées par le joueur et son équipe. StandWithUs, un groupe de défense pro-israélienne, a sollicité son organisation partenaire Artists4Israel pour créer une fresque avec le logo des Heat. La fresque de 6 mètres sur 8 comporte l’inscription : « We Love The Heat: United Against Antisemitism, Racism & All Hate ».

« Les jeunes et les étudiants nous ont contacté et ont dit qu’ils voulaient faire quelque chose », a dit Roz Rothstein, cofondateur et PDG de StandWithUs. « Ils ont demandé ce qu’ils pouvaient faire pour montrer qu’ils aimaient toujours les Miami Heat et qu’ils appréciaient l’excuse de Meyers Leonard. Ils voulaient lui donner l’occasion de faire teshouva. »

Leonard fait partie d’un certain nombre de personnalités publiques qui ont tenu des propos antisémites récemment et qui, comme le joueur de la NBA, ont entrepris des efforts de réhabilitation auprès de la communauté juive. Ice Cube et Nick Cannon ont fait suite à leurs déclarations antisémites en rencontrant des membres d’organisations juives ; la représentante Marjorie Taylor Greene a rendu visite à des communautés orthodoxes de Brooklyn après les retombées publiques de son adhésion à des théories de conspiration antisémites.

Deborah Lipstadt, historienne basée à Atlanta, à Jérusalem, juillet 2019. (Raphael Ahren/Times of Israel)

Pour Deborah Lipstadt, l’auteure de Antisemitism : Here and Now, les solutions varient en fonction des différents cas d’antisémitisme. Ce qui distingue la meilleure approche, dit-elle, c’est la répétition des offenses et la nature de l’incident.

« Je pense que le fait qu’il ait contacté un rabbin, qu’il soit allé au dîner de Shabbat et qu’il n’ait pas immédiatement alerté la presse en dit long », a déclaré Lipstadt, éminente professeure d’histoire juive et spécialiste de la Shoah à l’université Emory. « S’il essaie vraiment de comprendre ce qu’il a fait de mal, alors c’est louable ».

Comme Andrusier et Sayles, Lipstadt considère l’ouverture et le dévouement de Leonard comme une opportunité.

« Je préférerais que dans de tels cas, quelqu’un apprenne pourquoi ce qu’il a fait est si blessant, offensant et dérangeant, plutôt que de dire simplement ‘OK, il est parti' », a-t-elle déclaré.

Dans les semaines qui ont suivi l’insulte de Leonard dans un jeu vidéo, il a passé plus de 30 heures à étudier avec Andrusier et à travailler avec des organisations de la communauté.

Pendant Pessah, Leonard a fait équipe avec Andrusier pour livrer plus de 500 paquets de matsot, de vin et de nourriture aux survivants de la Shoah, aux personnes âgées et aux familles en quarantaine.

Une femme était ravie lorsque Leonard a livré le colis à sa porte. C’est une grande fan de Heat.

« Il se rend compte qu’il a choqué et il veut vraiment montrer à la communauté juive qu’il ne leur a jamais voulu de mal et qu’il est solidaire avec nous, qu’il nous soutient et qu’il s’excuse », a déclaré Andrusier.

« J’ai dit à Meyers qu’une belle chose à propos du peuple juif est que nous avons tellement souffert, mais si quelqu’un est vraiment sincère, nous savons pardonner. »

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