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Conférence à Ryad pour promouvoir une proposition arabe pour l’après-guerre à Gaza

Les 5 pays participants entendent promouvoir le cessez-le-feu et favoriser la renaissance de Gaza voire la naissance d'un Etat palestinien en utilisant l'argument de l'intégration d'Israël dans la région

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant du Times of Israël aux États-Unis, basé à New York.

Les ministres des Affaires étrangères de cinq pays arabes et islamiques. De gauche à droite, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, le vice-Premier ministre et ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad al-Maliki, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal bin Farhan Al Saoud, et la ministre indonésienne des Affaires étrangères, Retno Marsudi, arrivent à la maison d'hôtes d'État de Diaoyutai pour y rencontrer leur homologue chinois Wang Yi.  à Pékin, le lundi 20 novembre 2023. (Crédit : AP Photo/Andy Wong)
Les ministres des Affaires étrangères de cinq pays arabes et islamiques. De gauche à droite, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, le vice-Premier ministre et ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad al-Maliki, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Fayçal bin Farhan Al Saoud, et la ministre indonésienne des Affaires étrangères, Retno Marsudi, arrivent à la maison d'hôtes d'État de Diaoyutai pour y rencontrer leur homologue chinois Wang Yi. à Pékin, le lundi 20 novembre 2023. (Crédit : AP Photo/Andy Wong)

L’Arabie saoudite accueille ce jeudi un sommet des ministres des Affaires étrangères de cinq pays de la région destiné à promouvoir une position arabe sur la guerre à Gaza ainsi que les initiatives politiques en faveur d’un cessez-le-feu, confient deux diplomates arabes de haut rang au Times of Israel.

Selon ces mêmes diplomates, les ministres arabes devraient évoquer les initiatives en faveur d’un cessez-le-feu à Gaza, en tirant parti de leur volonté de participer à la réhabilitation de la bande de Gaza après-guerre et d’intégrer Israël dans la région, pour autant que Jérusalem accepte de s’acheminer à titre définitif vers la création d’un État palestinien.

Cette conférence est emblématique du front uni que pays arabes et potentiels alliés d’Israël sont en train de construire, chaque jour plus éloigné des intentions du gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui promet la guerre durant de nombreux mois encore jusqu’à la « victoire totale ».

Par ailleurs, ce petit groupe de pays arabes emmené par l’Arabie saoudite fait miroiter à Israël la conclusion d’un partenariat à même de lutter plus efficacement contre l’Iran, ce que Netanyahu souhaite depuis longtemps.

La réunion – qui n’a pas encore été annoncée officiellement– sera marquée par la présence de Hussein al-Sheikh, l’un des principaux conseillers du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Ryad continue de coopérer avec Ramallah, ce qui fait taire les craintes que l’Arabie saoudite abandonne la cause palestinienne pour renforcer sa stature régionale et mondiale, expliquent les deux diplomates.

Selon eux, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Fayçal ben Farhan, et le cheikh seront rejoints par les plus hauts diplomates d’Égypte, de Jordanie, des Émirats arabes unis et du Qatar.

Le sommet fait suite à plusieurs réunions secrètes organisées par Ryad, le mois dernier, avec les hauts responsables de la sécurité de l’Arabie saoudite, de la Jordanie, d’Égypte et de l’Autorité palestinienne.

En pleine guerre entre Israël et le Hamas, des Palestiniens marchent entre les ruines le long de la route principale de la ville de Gaza, le 2 janvier 2024. (Crédit : AP Photo/Mohammed Hajjar)

Ces réunions se sont penchées sur des questions de sécurité, à commencer par la question de savoir si les États arabes seraient prêts à fournir des effectifs militaires pour sécuriser Gaza dans l’après-guerre. L’un des diplomates explique au Times of Israël que les participants ont exprimé la volonté de le faire à titre temporaire, pour autant que l’Autorité palestinienne – et non Israël – en fasse officiellement la demande et sous réserve d’une initiative plus globale, dans un temps limité, pour établir un État palestinien.

La réunion de ce jeudi sera moins axée sur la sécurité que sur les questions de la réforme de l’Autorité palestinienne, afin de la préparer à gouverner Gaza, et la coordination des mesures que les pays sont prêts à prendre pour renforcer les liens avec Israël, par le truchement de l’Arabie saoudite, en pourparlers avec l’administration Biden en vue d’une normalisation avec Jérusalem.

En ajoutant le Qatar et les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite a pris l’option d’élargir le cercle des participants au-delà des seuls pays ayant déjà pris part aux précédentes réunions sur la sécurité.

Le Qatar est souvent exclu de ce type de conférences en raison de sa proximité avec les gouvernements islamistes, aussi la décision d’inclure Doha est-elle le signe de la reconnaissance de son influence sur le Hamas, ce que les participants estiment essentiel pour la préparation de l’après-guerre, explique l’un des hauts diplomates arabes en rappelant que le Qatar accueille des dirigeants politiques du Hamas en exil.

Les pays arabes participant à la réunion de ce jeudi ne veulent pas que le Hamas fasse partie de la direction politique de Gaza dans l’après-guerre, mais ils pensent que l’organisation terroriste parviendra à survivre sous une forme ou une autre et qu’il faudra faire preuve d’une certaine dose de souplesse pour permettre la reconstruction de Gaza », précise le diplomate.

Selon lui, une telle chose est inenvisageable pour Netanyahu, qui a fait valoir mercredi que la seule façon pour Israël de renforcer ses liens avec ses voisins arabes était de mener à bien sa mission et de vaincre totalement le Hamas. Selon le Premier ministre, toute autre alternative rendrait possible la renaissance de l’organisation terroriste et ferait état d’une certaine faiblesse de l’Etat d’Israël, dans le sillage du massacre perpétré par le Hamas qui a coûté la vie à près de 1 200 personnes dans le sud du pays, le 7 octobre 2023, et au cours duquel les terroristes ont enlevé 253 otages.

Des soldats de Tsahal opèrent dans la bande de Gaza sur cette photo autorisée, le 6 février 2024. (Crédit : Tsahal)

En s’engageant à éradiquer le Hamas, Israël a lancé une offensive militaire massive à Gaza, qui aurait fait plus de 27 300 victimes palestiniennes, principalement des femmes et des enfants, selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas. Ce chiffre, qui ne peut pas être vérifié de manière indépendante, comprend près de 10 000 terroristes du Hamas qu’Israël dit avoir tués au combat. S’y ajoute le millier de terroristes qu’Israël dit avoir tué en territoire israélien le 7 octobre dernier.

Quatre mois après le début de la guerre, les zones du nord de Gaza dont l’armée israélienne avait réussi à déloger les combattants du Hamas commencent à les voir revenir, signe de la tâche difficile à laquelle Israël fait face pour en finir avec l’organisation terroriste, particulièrement sans la coopération d’alliés arabes pour y substituer un pouvoir plus modéré.

Quoi qu’il en soit, le succès de l’initiative arabe dépend de l’accord que le Qatar, l’Égypte et les États-Unis tentent de négocier entre Israël et le Hamas, pour garantir la libération des 136 otages en échange d’un cessez-le-feu de longue durée.

Les États-Unis souhaiteraient profiter de cette trêve pour négocier un cessez-le-feu permanent et faire progresser leurs initiatives régionales.

Toutefois, les négociations sur la question des otages ont achoppé sur un autre problème, mardi, lorsque le Hamas a répondu au cadre proposé par les médiateurs avec des conditions qu’Israël et les États-Unis qualifient d’inenvisageables, ce qui n’a pas empêché le Secrétaire d’État américain Antony Blinken de déclarer mercredi qu’il restait de l’espoir pour une percée décisive.

La vision que les pays arabes cherchent à promouvoir, lors de la réunion de jeudi, est soutenue par l’administration Biden depuis des mois, et Blinken l’a de nouveau exposée aux Israéliens lors de sa visite à Tel Aviv mercredi.

« On y voit la voie à suivre pour Israël et toute la région avec l’intégration, la normalisation, des garanties de sécurité pour Israël, la perspective de création d’un État palestinien. Cela changera complètement la donne, et la vie des Israéliens, des Arabes, des Palestiniens, tout en marginalisant des groupes comme le Hamas, des pays comme l’Iran, qui veulent un tout autre avenir », a déclaré Blinken lors d’une conférence de presse après son entretien avec les dirigeants israéliens.

« C’est aux Israéliens de décider de ce qu’ils souhaitent… Tout ce que nous pouvons faire, c’est de leur montrer les possibilités qui existent… »

« La voie actuelle s’apparente à un cycle infini de violences, destructions et désespoir. Nous savons où se trouve la meilleure des voies, mais je ne souhaite en aucun cas minimiser les décisions délicates qui devront être prises par les parties concernées pour l’emprunter », a-t-il ajouté.

Netanyahu a fait de la normalisation saoudienne l’une de ses priorités depuis son retour au poste de Premier ministre, en décembre 2022, mais il a, pour ainsi dire, rejeté l’idée de sa subordination à la création d’un État palestinien.

Le Premier ministre a souligné qu’Israël devait garder le contrôle de la sécurité sur l’ensemble de la zone située à l’ouest du Jourdain, ce qui ne permet pas la création d’un État palestinien souverain. Abbas et d’autres responsables de l’Autorité palestinienne ont depuis longtemps accepté l’idée que leur futur État soit démilitarisé, de sorte que ce point ne leur poserait pas de problème.

Toutefois, la coalition de Netanyahu comprend des éléments d’extrême droite encore plus durs que lui envers les Palestiniens et qui plaident en faveur du déplacement massif des habitants de Gaza et demandent la dissolution de l’Autorité palestinienne. Bien décidé à ne pas se laisser déborder par son propre camp, le Premier ministre se garde bien de tenir des discussions sur la stratégie d’après-guerre, et encore moins d’accepter des concessions de nature à renforcer la souveraineté palestinienne.

Alors que le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, troisième à partir de la droite, s’adresse aux journalistes, la ministre d’État aux Émirats arabes unis pour la coopération internationale, Reem Ebrahim Al Hashimy, à gauche, le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, deuxième à partir de la gauche, le ministre palestinien des Affaires étrangères Riyad Al-Maliki, troisième à partir de la gauche, le ministre saoudien des Affaires étrangères, Faisal bin Farhan Al-Saud, deuxième à partir de la droite, et le secrétaire général de la Ligue des États arabes, Ahmed Aboul Gheit, l’écoutent, le mardi 24 octobre 2023. (Crédit : AP Photo/Seth Wenig)

Tout comme la normalisation avec les Saoudiens, l’implication des États arabes dans la reconstruction de Gaza est une chose à laquelle Netanyahu aspire depuis longtemps, mais qu’il semble aujourd’hui prêt à rejeter, étant donné les conditions dans lesquelles cette aide est offerte.

Les États-Unis tentent, de leur côté, de promouvoir une initiative similaire avec leurs partenaires du Moyen-Orient pour rassembler la région autour d’une gestion unifiée de Gaza dans l’après-guerre entre Israël et le Hamas.

Les États-Unis sont en train de mettre en place un « groupe de contact » avec la Jordanie, l’Égypte, l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Qatar et la Turquie, dans le but de faire avancer des idées dans un forum unique, expliquaient un responsable de l’administration Biden et un haut diplomate arabe au Times of Israël la semaine dernière.

Chaque pays doit se choisir un représentant au sein du groupe de contact, la Secrétaire adjointe aux affaires du Proche-Orient, Barbara Leaf, étant la déléguée américaine, selon le responsable de l’administration. Le forum devrait commencer à tenir des groupes de travail à distance le mois prochain.

L’initiative de normalisation saoudienne a de nouveau fait la Une des journaux, mercredi, suite à la publication par Ryad, mardi, d’une déclaration en des termes plutôt sévères rejetant ce qu’il présente comme une suggestion du porte-parole du Conseil de sécurité nationale des États-Unis, John Kirby, selon laquelle le royaume du Golfe établirait des relations avec Israël avant le cessez-le-feu à Gaza et sans progrès sur la question de l’État palestinien.

Lors d’une conférence de presse tenue plus tôt dans la journée, M. Kirby avait été interrogé sur la conclusion d’un accord sur les otages et la normalisation avec l’Arabie Saoudite, pour savoir si les deux choses faisaient partie de la même initiative américaine. M. Kirby avait répondu qu’il s’agissait de deux voies distinctes, soulignant que les États-Unis avaient eu des échanges « positifs » avec Riyad sur la question avant et après le 7 octobre.

Des journalistes lèvent la main pour poser des questions alors que les ministres des Affaires étrangères, de gauche à droite, le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, le ministre palestinien des Affaires étrangères Riyad al-Maliki, le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar, Cheikh Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim Al-Thani, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, et le ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Shoukry, donnent une conférence de presse sur la guerre entre Israël et le Hamas, le vendredi 8 décembre 2023, à Washington. (Crédit : AP Photo/Jacquelyn Martin)

Les responsables saoudiens ont publiquement fait état de leur intention d’établir des relations diplomatiques avec Israël, même depuis le 7 octobre, mais ils ont souligné – comme l’a fait Blinken – qu’aucun accord ne serait conclu sans cessez-le-feu à Gaza ni perspective ferme de la création d’un État palestinien.

Que ce soit à cause de la séparation par Kirby des pourparlers sur les otages des négociations de normalisation, interprétable comme la disposition de Riyad à établir des relations diplomatiques avant une trêve, ou de l’optimisme du porte-parole de la Maison Blanche dans sa présentation des pourparlers, le ministère saoudien des Affaires étrangères a souhaité réagir.

Le royaume a fait part de sa fermeté envers l’administration américaine en rappelant qu’il n’y aurait pas de relations diplomatiques avec Israël sans État palestinien indépendant dans les frontières de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, sans cessez-le-feu et retrait de l’ensemble des forces d’occupation israéliennes de la bande de Gaza. », ajoute le communiqué.

Ces derniers mois, les responsables saoudiens se sont certes éloignés de leur position traditionnelle – inscrite dans l’Initiative de paix arabe de 2002 – selon laquelle une solution à deux États pleinement mise en œuvre est une condition préalable à l’établissement de relations diplomatiques avec Israël, mais ils n’avaient jusqu’alors pas précisé les mesures provisoires qu’ils pourraient accepter en échange d’un accord avec Israël, se contentant de déclarations concernant l’amélioration des moyens de subsistance des Palestiniens ou la création d’une voie vers la création d’un État palestinien.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken, à l’avant gauche, participant à une réunion avec les ministres des Affaires étrangères arabes à Amman, en Jordanie, le 4 novembre 2023. (Crédit : Jonathan Ernst/Pool photo via AP)

La reconnaissance d’un État palestinien dans les tracés d’avant 1967 est la condition la plus précise proposée par Ryad ces tout derniers mois.

Alors que Netanyahu a pratiquement rejeté une solution à deux États et qu’un fort pourcentage d’Israéliens s’opposerait à un cadre basé sur les lignes d’avant 1967, la déclaration saoudienne s’est notamment abstenue d’exiger spécifiquement qu’Israël soit le seul à reconnaître un État palestinien indépendant, confiant plutôt cette responsabilité aux membres du Conseil de sécurité des Nations unies.

La déclaration a été publiée au lendemain d’une rencontre entre Blinken et le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane à Ryad, ce qui pourrait laisser entendre que la réunion ne s’est pas bien passée.

Pourtant, en adressant la demande de reconnaissance de l’État palestinien aux membres du Conseil de sécurité, comme les États-Unis, et non Israël, Ryad offre en quelque sorte à Washington le moyen de contourner le rejet par le gouvernement Netanyahu d’une solution à deux États.

Il y a de cela une semaine, le ministre britannique des Affaires étrangères, David Cameron, déclarait pour sa part que son gouvernement envisageait de reconnaître un État palestinien indépendant.

Quelques jours plus tard, le site d’information Axios indiquait que les États-Unis envisageaient la même mesure, après l’avoir longtemps rejetée au motif que cette décision devait au préalable être acceptée par Israël et les Palestiniens.

L’ambassade d’Arabie saoudite à Washington n’a pas souhaité s’exprimer sur ce point.

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