Conversion réformée et Massorti : réactions des élus israéliens et des Juifs US
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Conversion réformée et Massorti : réactions des élus israéliens et des Juifs US

Saluée par les partis de gauche, centristes et laïcs, la décision a été dénoncée par les politiciens religieux de droite et par les deux grands-rabbins d'Israël

Examen d'une conversion au judaïsme par une cour rabbinique, à Jérusalem, en juillet 2003. Illustration.(Crédit : Flash90)
Examen d'une conversion au judaïsme par une cour rabbinique, à Jérusalem, en juillet 2003. Illustration.(Crédit : Flash90)

La Cour suprême de justice a statué lundi que les personnes qui se sont converties au judaïsme en Israël par le biais des mouvements réformés et Massorti doivent être reconnues comme Juives aux fins de la Loi du retour, et ont donc à ce titre droit à la citoyenneté israélienne.

Le jugement a été rendu à la majorité, le juge Noam Sohlberg s’étant prononcé contre. Il a déclaré que s’il était « d’accord avec la conclusion légale du verdict », il fallait accorder au gouvernement davantage de temps pour adopter une loi sur la question.

Saluée par les partis de gauche, centristes et laïcs en Israël, la décision a été dénoncée par les politiciens religieux de droite, qui ont juré de faire avancer la législation au prochain parlement pour l’annuler. Les deux grands-rabbins d’Israël ont également critiqué cette décision.

« Ce que les réformés et les conservateurs appellent « une conversion » n’est rien d’autre qu’une contrefaçon du judaïsme », a déclaré le grand-rabbin sépharade Yitzhak Yosef dans un communiqué, appelant les élus à travailler pour corriger « rapidement » cette décision.

Le grand rabbin ashkénaze d’Israël David Lau au mur Occidental, dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 21 juillet 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Le grand-rabbin ashkénaze d’Israël David Lau a affirmé que ceux qui passent par une conversion réformée ou massorti « ne sont pas Juifs ».

« Aucune décision de la Cour suprême ne changera cela », a-t-il dit selon le radiodiffuseur public Kan.

« La cour approuve un afflux d’immigrants vers l’Etat d’Israël, qui n’ont rien à voir avec le judaïsme. Comment l’Etat d’Israël est-il l’Etat juif si n’importe quel non-juif peut en devenir le citoyen ? », a ajouté Lau.

Le ministère de l’Intérieur Aryeh Deri, qui dirige le parti ultra-orthodoxe Shas, a déclaré que la décision a « porté un coup mortel au caractère juif de l’Etat » et « contribue à la démolition du statu quo [sur les affaires religieuses en Israël] qui est en vigueur depuis plus de 70 ans ».

Shas a déclaré que cette décision souligne le décalage entre la Cour et la majorité du peuple israélien « qui veut maintenir l’Etat juif et préserver le judaïsme sur la base de traditions plurimillénaires ».

Le parti s’est engagé à soumettre une loi qui renversera la décision et à soutenir la loi qui empêchera la cour d’intervenir sur ces questions à l’avenir.

Le leader du parti Shas Aryeh Deri, à droite, avec le responsable de YaHadout HaTorah Yaakov Litzman, à gauche, durant la session d’ouverture de la 20ème Knesset, le 31 mars 2015 (Crédit : Nati Shohat/Flash90)

Les dirigeants du parti ultra-orthodoxe Yahadout HaTorah ont condamné cette décision comme étant « désastreuse pour le sens du mot ‘Etat juif' ». Le ministre du Logement Yaakov Litzman et le député Moshe Gafni ont déclaré qu’ils exigeraient l’avancement d’une clause dite dérogatoire, qui permet à la Knesset de renverser les décisions de la Haute-cour, comme condition pour intégrer la coalition après les élections du 23 mars.

Les deux partis ont déclaré qu’ils ne rejoindront pas de coalition qui ne soit pas décidée à renverser cette loi ou à voter pour une loi la retoquant.

Le bureau du Premier ministre Benjamin Netanyahu a refusé de commenter la décision, bien que des membres de son parti, le Likud, très proche de Shas et Yahadout HaTorah, l’ont condamnée.

« La décision de la Cour suprême est scandaleuse ! Ce sera un désastre pour nous », a tweeté le chef de la coalition Miki Zohar.

« N’importe qui peut aller voir un rabbin réformé et recevoir la permission d’immigrer en Israël dans les trente jours. Il est évident qu’en très peu de temps, Israël ne sera ni juif ni démocratique », a ajouté Zohar.

La décision de lundi ne s’applique qu’aux conversions réalisées en Israël. Une précédente décision de justice avait contraint l’Etat à reconnaitre les conversions non-orthodoxes réalisées à l’étranger dans le cadre d’une procédure d’immigration, mais pas celles réalisées dans le pays.

Le chef de Yamina Naftali Bennett s’exprime lors d’une session plénière de la Knesset à Jérusalem le 24 août 2020. (Crédit : Oren Ben Hakoon / POOL)

Le chef du parti Yamina Naftali Bennett a accusé la Haute cour « d’intervenir dans les décisions du gouvernement et d’oublier son rôle ».

La position de l’Etat d’Israël sur la conversion « sera déterminée par les représentants élus démocratiquement, pas par des juristes », a déclaré le parti nationaliste orthodoxe.

Le parti a également déclaré qu’il ferait passer une loi sur la question basée sur un cadre défini par l’ancien ministre de la Justice Moshe Nissim.

Les politiciens laïcs ont, de leur côté, salué la décision de la cour.

« Israël doit avoir une égalité des droits totale pour tous les courants du judaïsme : orthodoxe, réformé et conservateur », a déclaré Yair Lapid, chef du parti Yesh Atid. « Nous devons tous vivre ici, ensemble, dans la tolérance et le respect. »

« Tout gouvernement sain doit mettre fin à cette situation ridicule dans laquelle Israël est la seule démocratie au monde sans liberté de religion pour les Juifs. »

Le chef du parti Yisrael Beytenu Avigdor Liberman a jugé la décision de la cour « historique ».

Il a déclaré que son parti « continuerait à lutter contre la coercition religieuse et à préserver le caractère juif, sioniste et libéral de l’Etat. »

Les mouvements réformés et conservateurs, qui représentent la majeure partie du judaïsme américain, ont salué cette décision.  Ils ont publié des communiqués distincts affirmant que cette décision, très attendue, était porteuse d’espoir d’une meilleure intégration des Juifs non-orthodoxes dans la société, où ces courants sont beaucoup moins représentés.

Le rabbin Rick Jacobs, président du Union for Reform Judaism, a déclaré que cette décision « était en cours depuis des années et reflète la diversité et le dynamisme de la vie juive en Israël et dans le monde entier ».

Rabbi Rick Jacobs. (photo credit: Clark Jones, Courtesy the Union for Reform Judaism)
Le rabbin Rick Jacobs lors de sa nomination à la tête du mouvement réformé, en 2012. (Crédit photo : Clark Jones, avec l’aimable autorisation de l’Union for Reform Judaism)

« La Cour affirme une réalité que le peuple juif est plus fort grâce aux contributions des mouvements réformés et conservateurs et à leur détermination à faire venir davantage de Juifs dans le peuple juif », a-t-il ajouté. « Nous espérons que cette décision servira de précédent qui conduira à la reconnaissance des mouvements réformés et conservateurs en Israël. »

L’Assemblée rabbinique du mouvement conservateur a déclaré, dans un communiqué, que la décision de justice était un « reproche » aux « efforts de la Knesset pour limiter la liberté religieuse en Israël ».

« C’était très attendu. Pas une justice rapide, mais douce et juste », a-t-il dit.

« Nous appelons tous les partis en Israël à respecter la décision de la Cour et à protester de manière proactive contre les tentatives de légiférer contre la liberté religieuse en Israël, ainsi que contre les communautés juives à l’étranger », a ajouté le corps rabbinique du mouvement conservateur.

L’Anti-Defamation League (ADL), qui a retweeté une publication de ses bureaux en Israël, a salué cette décision, « une mesure importante vers le pluralisme religieux en Israël ».

Plusieurs grandes organisations juives, dont la Conférence des Présidents, les Fédérations juives d’Amérique du Nord et l’Orthodox Union, sont restées silencieuses.

La décision de la Haute Cour de lundi a déterminé que les personnes qui se convertissent au judaïsme en Israël par le biais des mouvements réformateurs et conservateurs doivent être reconnues comme juives aux fins de la loi du retour, et ont donc droit à la citoyenneté israélienne.

Cette décision, qui brise le monopole orthodoxe de longue date sur les conversions officiellement reconnues en Israël, est l’aboutissement d’un processus d’appel qui a débuté il y a plus de 15 ans et qui a impliqué 12 personnes du pays qui se sont converties au judaïsme par le biais de confessions non orthodoxes.

Cette dernière décision fait suite à une décision de la Haute Cour de 2016 ordonnant à l’État de reconnaître les conversions privées au judaïsme orthodoxe qui sont menées en dehors du cadre du Grand Rabbinat.

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