Crise de l’électricité à Gaza : Steinitz réprimande le chef du COGAT
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Crise de l’électricité à Gaza : Steinitz réprimande le chef du COGAT

Le ministre de l'Energie a affirmé ne pas prendre ses ordres auprès des Palestiniens après que l'AP a demandé à Israël de couper l'électricité en raison de factures impayées

Yuval Steinitz, ministre de l'Énergie, devant la Knesset, le 7 septembre 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Yuval Steinitz, ministre de l'Énergie, devant la Knesset, le 7 septembre 2015 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Un ministre du Likud a réprimandé le Coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT), le général de division Yoav ‘Poly’ Mordechai, s’opposant à sa décision de réduire l’approvisionnement en électricité à la bande de Gaza après que l’Autorité palestinienne (AP) a dit qu’elle ne continuerait pas à payer ses factures.

Dans un vif courrier adressé le 25 mai à Mordechai et publié dans les médias israéliens jeudi, le ministre de l’Energie Yuval Steinitz, proche du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a noté être « choqué » d’apprendre cette décision et a expliqué « ne pas être habitué à prendre [s]es ordres auprès de l’Autorité palestinienne, directement ou indirectement, sur les dossiers placés sous mon autorité. »

« L’Autorité palestinienne doit des centaines de millions [de shekels] d’électricité qui lui a été fournie », a-t-il écrit à Mordechai, ajoutant que son bureau a l’autorité pour décider s’il réduit la dette et où réduire l’approvisionnement. « Peut-être au [siège présidentiel] de la Muqata à Ramallah », a suggéré Steinitz.

Il a vivement recommandé qu’Israël ne devienne pas un outil des rivalités politiques entre l’AP, dirigée par le Fatah de Mahmoud Abbas, et le groupe terroriste islamiste du Hamas, qui a pris le contrôle de la bande de Gaza dans un coup d’état violent contre le Fatah en 2007.

La seule centrale électrique de la bande de Gaza, à nouveau à l'arrêt le 16 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)
La seule centrale électrique de la bande de Gaza, à nouveau à l’arrêt le 16 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Le ministre a ajouté qu’avant qu’Israël ne coupe l’électricité, il attend du COGAT un travail conjoint avec son ministère, le Shin Bet et le ministère des Finances pour « déterminer les conséquences d’une telle initiative sur la bande de Gaza. »

Selon Mordechai, Israël fournit actuellement 125 mégawatts mensuels à Gaza – environ 30 % de ce qu’il faut pour que Gaza puisse être alimenté en électricité 24 heures par jour. Israël a également décidé de fournir encore 100 mégawatts par mois.

Après la mise en œuvre de cette nouvelle décision, Israël ne fournirait que 75 mégawatts mensuels à Gaza.

L’AP a payé 40 millions de shekels (11,1 millions de dollars) par mois pour les 125 mégawatts. Mordechai a indiqué avoir reçu une « note officielle » de Ramallah disant que l’Autorité palestinienne « ne voudrait transférer » que 20 à 25 millions de shekels par mois en électricité pour Gaza.

Il a également mis en garde sur l’impact humanitaire majeur qu’une telle initiative pourrait avoir sur les deux millions de résidents de la bande.

Yoav Mordechai, dirigeant du COGAT, et Hussein al-Sheikh, ministre des Affaires civiles de l'Autorité palestinienne, après la signature d'un accord de coopération sur l'eau, le 15 janvier 2017. (Crédit : COGAT)
Yoav Mordechai, dirigeant du COGAT, et Hussein al-Sheikh, ministre des Affaires civiles de l’Autorité palestinienne, après la signature d’un accord de coopération sur l’eau, le 15 janvier 2017. (Crédit : COGAT)

« Israël est forcé de réduire la fourniture d’électricité à la bande de Gaza », a-t-il déclaré durant une interview accordée à la BBC Arabic, attribuant la responsabilité de cette réduction aux querelles internes de pouvoir entre les Palestiniens jeudi.

« C’est un problème en interne des Palestiniens, ce n’est pas une question israélo-palestinienne, a expliqué Mordechai. Malheureusement, il y a des problèmes internes entre le Hamas dans la bande de Gaza et l’Autorité palestinienne à Ramallah, et cela a amené à une décision prise par l’AP de ne pas financer l’électricité » a-t-il ajouté.

L’AP avait informé Israël au mois d’avril qu’elle ne paierait plus l’électricité à Gaza.

Cette initiative fait partie d’une série de démarches visant à obliger le Hamas à rendre le contrôle de la bande de Gaza à l’Autorité palestinienne ou à prendre la pleine responsabilité de l’enclave.

Un porte-parole du COGAT a expliqué au Times of Israël « qu’aucun choix officiel » n’a encore été fait concernant la date de mise en oeuvre de la mesure.

Selon Mordechai, Israël est actuellement le seul fournisseur d’électricité de la bande de Gaza.

Les habitants de Gaza vivent déjà depuis deux mois au gré d’importantes coupures d’électricité, dont ils ne bénéficient que quatre à six heures par jour.

Une Palestinienne aide son fils à faire ses devoirs à la lumière des bougies, alors qu'une crise électrique touche la bande de Gaza, dans le camp de réfugiés de Khan Yunis, le 19 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)
Une Palestinienne aide son fils à faire ses devoirs à la lumière des bougies, alors qu’une crise électrique touche la bande de Gaza, dans le camp de réfugiés de Khan Yunis, le 19 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

La seule centrale électrique de l’enclave assiégée a cessé de fonctionner en avril, après que le Hamas a épuisé ses réserves de fioul et a refusé d’en acheter davantage auprès de l’AP en raison de ce que le groupe a qualifié de « taxes élevées ».

L’Egypte a également fourni un peu d’électricité à Gaza, mais ces lignes électriques fonctionnent mal.

Le porte-parole du Hamas Sami Abu Zuhri a rejeté les assertions de Mordechai, disant « qu’Israël ne fournit pas d’électricité à Gaza gratuitement. Il faut compter la déduction de plus de 80 millions de dollars mensuels par le biais des taxes douanières. »

Au mois de mai, Hussein al-Sheikh, chef du département des Affaires civiles de l’AP, avait expliqué que le Hamas profitait de la collecte du paiement des factures d’électricité des résidents de Gaza.

« Nous n’allons pas continuer à financer le coup d’état du Hamas à Gaza », avait-il dit à la radio La voix de la Palestine.

Mordechai s’était fait l’écho de ces accusations.

« Malheureusement, le Hamas prend 100 millions de shekels par mois aux résidents de la bande de Gaza : sur des biens, par des impôts payés par tous les Palestiniens dans la bande de Gaza – et cela ne revient pas à l’Autorité palestinienne », avait-il indiqué.

« La raison en est que le Hamas préfère investir cet argent dans les tunnels à creuser, et dans l’organisation », avait-il ajouté.

Le général israélien avait expliqué que les leaders du Hamas ont l’électricité 24 heures sur 24, et qu’un groupe électrogène et du fioul sont fournis à chaque membre du groupe. « Le Hamas préfère ses intérêts aux intérêts de la population de Gaza », avait-il poursuivi.

Le Hamas, qui appelle ouvertement à la destruction de l’Etat juif, a combattu trois guerres contre Israël depuis 2007, et continue à fabriquer des roquettes et à creuser des tunnels en préparation d’un prochain conflit.

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