D’anciens ambassadeurs en Egypte ne veulent pas d’un ministre Likud au poste
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D’anciens ambassadeurs en Egypte ne veulent pas d’un ministre Likud au poste

Troisième appel public cette semaine d'anciens diplomates qui estiment que ce poste sensible devrait revenir à la diplomate professionnelle Amira Oron et non à Ayoub Kara

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu. (droite) avec le ministre des Communications Ayoub Kara lors d'une réunion du Likud à la Knesset le 7 mai 2018. (Miriam Alster/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu. (droite) avec le ministre des Communications Ayoub Kara lors d'une réunion du Likud à la Knesset le 7 mai 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Neuf anciens ambassadeurs israéliens en Egypte ont écrit mercredi une lettre au Premier ministre Benjamin Netanyahu, l’appelant à ne pas nommer un ancien élu du Likud, qui a un historique de bévues diplomatiques, comme ambassadeur en Egypte et de choisir plutôt une diplomate aguerrie du ministère des Affaires étrangères, ont annoncé des médias israéliens.

Il s’agissait de la troisième fois en une semaine que des membres de la communauté diplomatique ont publiquement appelé à la nomination d’Amira Oron, une diplomate professionnelle qui à l’automne dernier a été désignée première ambassadrice au Caire, plutôt que le ministre des Communications Ayoub Kara.

Le 4 juin, la Douzième chaîne d’information a en effet annoncé que Netanyahu envisageait de nommer le ministre à ce poste.

Ayoub Kara, âgé de 64 ans, est un responsable politique et avocat druze, originaire de la ville de Galilée de Daliat el-Carmel. Il est un partisan très fidèle du Premier ministre, mais n’a pas réussi à obtenir une place suffisamment haut sur la liste du parti aux élections du 9 avril pour entrer dans l’actuelle Knesset.

La décision finale de la nomination dépend du ministre des Affaires étrangères, à savoir Yisrael Katz, un autre allié clef de Netanyahu. Ce dernier a occupé cette fonction au cours des quatre dernières années, mais a nommé Yisrael Katz à ce poste en février.

Amira Oron, qui devait entrer en fonction à l’ambassade du Caire cet été, avait déjà servi dans la capitale égyptienne et dirigeait le département Egypte du ministère des Affaires étrangères.

Ayoub Kara, lui, n’a aucune expérience diplomatique, mais il a joué un rôle actif dans les efforts d’amélioration des relations d’Israël avec certaines communautés dans des pays arabes du Moyen-Orient.

Amira Oron. (Capture d’écran : Dixième chaîne)

Dans leur lettre, les anciens ambassadeurs ont souligné qu’Amira Oron disposait « d’une large expérience des affaires du Moyen-Orient ».

« En plus du fait qu’elle parle couramment arabe, [Oron] a servi dans l’ambassade israélienne au Caire, elle s’est occupée de la division Egypte et a représenté Israël à Ankara [la capitale turque] », pouvait-on lire dans la lettre. « Le statut de notre ambassade en Egypte est important pour nous, et nous espérons que vous accéderez à notre demande. »

Les signataires sont Yaakov Amitai, Itzhak Levanon, Shalom Cohen, Eli Shaked, Gideon Ben-Ami, Zvi Mazel, David Sultan, Efraim Dofak et Shimon Shamir – qui, à eux tous, ont occupé consécutivement ce poste sensible de 1988 à 2014.

La diplomate arabophone a été choisie par le comité en octobre, mais le gouvernement n’a pas encore approuvé sa nomination. Le mandat de l’actuel ambassadeur, David Govrin, doit arriver à son terme dans les prochains mois.

Mercredi, Zvi Mazel a dit à la Radio de l’Armée qu’il ne connaissait pas la raison expliquant le retard dans la nomination d’Oron.

« Si des mois ont passé depuis [qu’elle a été nommée], c’est qu’il y a quelque chose dans l’air », a-t-il noté.

Vendredi dernier, des membres du ministère des Affaires étrangères ont envoyé une lettre à leur patron, Israël Katz, pour soutenir la nomination d’Amira Oron, a annoncé le quotidien Haaretz.

Selon l’article, le personnel du ministère a peur de parler publiquement au sujet de Kara, car il craint des répercussions, mais beaucoup voient sa candidature comme « une claque au visage » du personnel du ministère.

Le ministre des Communications, Ayoub Kara, assiste à une conférence de presse dans la ville de Safed, dans le nord du pays, le 10 juillet 2018. (David Cohen / Flash90)

Deux jours plus tôt, un groupe de plus d’une dizaine d’anciens ambassadeurs a appelé le gouvernement à rapidement approuver la nomination d’Amira Oron.

« Une nomination professionnelle de qualité à un poste sensible en Egypte est beaucoup plus importante qu’un arrangement politique », ont-ils écrit. « La représentation de l’Etat d’Israël est une tâche unique, délicate et complexe, tout particulièrement dans un pays aussi important que l’Egypte, dont les relations sont une pierre angulaire de la politique israélienne au Moyen-Orient. La diplomate qui a déjà été nommée représentera le gouvernement et l’Etat de la manière la plus professionnelle possible ».

On a aussi demandé au procureur général Avichai Mandelblit de déterminer si le gouvernement de transition de Netanyahu pouvait faire des nominations diplomatiques politiques.

Au fil du temps, Ayoub Kara a joué un rôle actif dans le dialogue inter-religieux afin d’améliorer les relations israéliennes avec de nombreux pays, dont la Turquie et l’Autriche, mais aussi les communautés druzes au Liban, de Syrie et avec les Kurdes irakiens.

Il a cependant été impliqué dans une série d’étranges bévues diplomatiques.

L’année dernière, il a été placé en détention à l’aéroport de Dubaï et a raté son vol après qu’il ne s’est pas conformé aux instructions d’officiels de l’aéroport.

En 2017, le Maroc avait adressé une rare réclamation officielle à Israël après qu’Ayoub Kara a posé pour une photo avec le Premier ministre de la République séparatiste sahraouie du sud du Maroc.

En novembre 2016, il avait publié sur sa page Facebook les détails d’un incident sécuritaire impliquant l’Etat juif. Tous les éléments dévoilés étaient encore interdits à la publication. Le message avait été rapidement effacé, mais trop tard pour que cela échappe à des journalistes et d’autres.

Un mois plus tôt, il s’était attiré les condamnations du ministère des Affaires étrangères quand, lors d’une visite en Italie, il avait laissé entendre que les puissants tremblements de terre dans le pays étaient une punition divine pour les actions anti-Israël aux Nations unies.

Partisan loyal de Netanyahu, il avait néanmoins perdu le soutien du Premier ministre avant les primaires du Likud en février, pour des raisons qui restent encore inconnues.

Stuart Winer a contribué à cet article.

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