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Un pilier de lumière et d'espoir pour les Juifs et l'Ukraine

Dans l’Ukraine en guerre, les synagogues ont brillé pour marquer la Nuit de cristal

Les communautés s'attendaient à des coupures de courant à cause des frappes russes sur les infratsructures énergétiques du pays, mais il n’y en a pas eu

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

La synagogue d'Anatevka, près de Kiev, en Ukraine, garde ses lumières allumées pour marquer le 84e anniversaire de la Nuit de cristal, le 9 novembre 2022 (Crédit : Autorisation)
La synagogue d'Anatevka, près de Kiev, en Ukraine, garde ses lumières allumées pour marquer le 84e anniversaire de la Nuit de cristal, le 9 novembre 2022 (Crédit : Autorisation)

Les principales synagogues à travers l’Ukraine en guerre ont laissé leurs lumières allumées mercredi soir pour marquer le 84e anniversaire de la Nuit de cristal, le pogrom de 1938 au cours duquel les synagogues à travers l’Allemagne nazie ont été incendiées et au moins 90 Juifs ont été assassinés.

La synagogue Brodsky, dans le centre de Kiev, la synagogue Chorale de Kharkiv et la synagogue du village juif d’Anatevka ont toutes trois participé à l’initiative intitulée « Light from the synagogue », dirigée par le Mouvement des kibboutz religieux d’Israël.

« Quand ils nous ont demandé de participer, nous espérions juste que les [autorités] ne couperaient pas les lumières en plein milieu », a déclaré le rabbin Yossi Azman, fils du grand-rabbin de la synagogue Brodsky, Moshe Azman.

Les frappes russes sur les infrastructures ukrainiennes ont provoqué de fréquentes coupures de courant dans toute l’Ukraine.

Contre toute attente, la synagogue historique n’a pas subi de coupure de courant cette nuit-là.

« Il ne s’agit pas seulement allumer une lumière en mémoire de ce qui a été », a déclaré Azman le jeune, s’exprimant depuis Kiev. « Allumer les lumières aujourd’hui signifie s’impliquer dans d’autres formes d’illumination, comme rapprocher les Juifs de leur foi, aider les nécessiteux, etc. »

Le rabbin a précisé que les sirènes de raid aérien continuent de retentir dans la capitale, mais qu’aucune frappe n’a eu lieu dans la ville ces derniers jours. Le restaurant de la synagogue est ouvert, des offices ont lieu tous les jours, et au cours des dernières 24 heures, lui et son personnel ont distribué plus de 2 000 colis alimentaires, raconte-t-il.

La synagogue Brodsky à Kiev, en Ukraine, garde ses lumières allumées pour marquer le 84e anniversaire de la Nuit de cristal, le 9 novembre 2022 (Crédit : Autorisation)

Azman a également supervisé l’éclairage d’Anatevka, fondé à l’extérieur de Kiev par son père en 2015 pour accueillir les réfugiés juifs des combats dans le Donbas. Dès les premiers jours de l’invasion de 2022, des centaines de Juifs ont trouvé refuge dans le village avant de fuir la guerre dans des convois en direction de la frontière.

Le rabbin de Kharkiv Moshe Moskowitz a déclaré au Times of Israel que la synagogue est un « pilier de lumière et d’espoir pour la communauté juive et la ville de Kharkiv en ces temps difficiles. »

Située à seulement 30 kilomètres de la frontière russe, la deuxième plus grande ville d’Ukraine a été une cible de choix pour Moscou, qui pensait que sa population majoritairement russophone accueillerait ses troupes comme les libérateurs des Ukrainiens nationalistes. Bien que les forces russes aient brièvement atteint le centre de la ville, elles ont été repoussées vers la frontière à la mi-mai.

Le grand rabbin de la synagogue Brodsky de Kiev, le rabbin Moshe Azman, lors d’une prière, le 8 août 2022. (Crédit : Lazar Berman/The Times of Israel)

Pourtant, la ville continue de souffrir des bombardements, et les destructions sont nombreuses dans les zones civiles.

« Lors de la Nuit de cristal, on a essayé de briser l’esprit juif en cassant les fenêtres et les synagogues », a déclaré Moskowitz lors d’une conversation téléphonique. « Même si au cours de cette guerre les fenêtres de notre synagogue et de notre école ont été fracassées par des bombes et des roquettes, la synagogue et notre esprit brillent plus que jamais. »

Le projet « Light from the Synagogue » n’a cessé de se développer ces 15 dernières années. Les congrégations participantes sont appelées à sensibiliser le public sur le rôle du pogrom de novembre 1938 dans l’histoire, en plus de garder les lumières allumées jusqu’au matin.

Au lendemain de la Nuit de cristal, les 9 et 10 novembre 1938, l’Allemagne n’avait subi pratiquement aucune répercussion internationale pour l’orgie de violence déclenchée par le gouvernement, au cours de laquelle 20 000 jeunes Juifs ont été arrêtés et envoyés dans des camps de concentration. Pour les historiens, c’est cette absence de conséquences ou de sanctions qui a donné à l’Allemagne le « feu vert » pour l’escalade vers la Shoah.

La synagogue Kharkiv Choral à Kharkiv, en Ukraine, garde ses lumières allumées pour marquer le 84e anniversaire de la Nuit de cristal, le 9 novembre 2022 (Crédit : Autorisation)

« Les ravages de cet événement sont significatifs, et ce qu’il a symbolisé pour les Juifs allemands s’est avéré être profond et durable », selon Yad Vashem. « La passivité des citoyens allemands a signalé aux autorités nazies que la population allemande était prête à davantage de violence et continuerait probablement à se taire. »

« La Nuit de cristal était un point de non-retour », a déclaré Dalia Yohanan, coordinatrice du projet. « Le monde était indifférent et cela a été un signal pour les nazis », a-t-elle déclaré au Times of Israel.

Le père de Yohanan, Naftali (Kurt) Wertheim, a survécu à la Nuit de cristal lorsqu’il était enfant, en se cachant sous une table alors que les voisins lançaient des pierres sur les fenêtres de sa famille. Peu après, Wertheim a été envoyé en Grande-Bretagne dans le cadre des Kindertransport avant de s’installer en Israël.

Yohanan a participé au lancement de « Light from the Synagogue » en 2008 avec des dirigeants de l’Organisation sioniste mondiale (OSM). La commémoration diffère de Yom HaZikaron, la journée de commémoration de la Shoah, car elle n’est pas axée sur le deuil.

A Graz, en Autriche, les passants regardent une synagogue brûler dans la matinée qui avait suivi la nuit de Cristal, le 10 novembre 1938. (Crédit : Domaine public)

Plus de 400 synagogues en Israël ont participé à l’événement cette année, ainsi que des centaines de synagogues et d’églises en dehors de l’État juif, a déclaré Yohanan. En Argentine, par exemple, des commémorations ont eu lieu dans 50 synagogues, a précisé Yohanan.

« Chaque année, nous grandissons un peu plus en Israël et dans le monde juif », a déclaré Yohanan.

Cette année, les églises du monde entier ont été invitées à participer, a ajouté Gidon Ariel, qui dirige l’organisation « Root Source », qui met en relation les chrétiens pro-israéliens avec les Israéliens.

En Israël, la commémoration a officiellement débuté à la résidence du président à Jérusalem, où il y a une petite synagogue sur place. Dans tout l’État juif, les synagogues des bases militaires ont gardé leurs lumières allumées toute la nuit à la demande du grand rabbin de Tsahal.

Matt Lebovic a contribué à cet article.

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