Dans une nouvelle série égyptienne, les Juifs sont les gentils
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Dans une nouvelle série égyptienne, les Juifs sont les gentils

‘Le quartier juif’ regrette le temps où les Juifs, les Musulmans et les Chrétiens vivaient en harmonie au Caire

Elhanan Miller est notre journaliste spécialiste des affaires arabes

Une scène du drame égyptien Haret al-Yahood [quartier juif], diffusé pendant le Ramadan 2015 (Capture d'écran YouTube)
Une scène du drame égyptien Haret al-Yahood [quartier juif], diffusé pendant le Ramadan 2015 (Capture d'écran YouTube)

Les feuilletons égyptiens, produits annuellement pour divertir des millions de musulmans pendant la rupture du jeûne pendant le mois sacré du Ramadan, ont souvent été des plates-formes pour le vitriol antisémite et anti-israélien.

La série produite en 2012 : « l’équipe de Naji Atallah », avec l’acteur Adel Imam, racontait la tentative d’un groupe égyptien de dévaliser une banque dans un Israël profondément raciste.

Le spectacle historique de 2002 : « Le Chevalier sans monture », où l’intrigue se passait dans l’Egypte de 1932 et qui se fondait sur le canard antisémite « Les Protocoles des Sages de Sion », a failli se transformer en un drame diplomatique quand Israël a failli retirer son ambassadeur du Caire et a suscité la condamnation du Département d’Etat américain.

Mais un nouveau drame sur les Juifs d’Egypte qui devrait être diffusé pendant le Ramadan, vers le 18 juin, promet d’être sensiblement différent.

L’intrigue de « Haret al-Yahood », ou le quartier juif, se déroule au Caire entre les deux événements marquants de l’Histoire égyptienne du 20e siècle : la Révolution de 1952 – qui a remplacé la monarchie au pouvoir avec le Mouvement des Officiers libres dirigé par Muhammad Naguib et Gamal Abdel Nasser – et la crise de Suez en 1956, connue en Israël comme l’Opération Kadesh et en Egypte comme l’agression tripartite.

Il dépeint une histoire d’amour entre Ali, un officier de l’armée égyptienne joué par Iyad Nassar, et Laila, une jeune femme juive, incarnée par Mona Shalabi. Comme on pouvait s’y attendre, leur romance est gâchée par la vague montante du nationalisme égyptien et les tensions sociales provoquée par la création d’Israël.

« Nous avons vécu toute notre vie au centre du Caire et n’avons jamais connu de racisme », affirme un personnage féminin âgée dans la bande-annonce de la série tandis qu’une famille juive se trouve autour de sa table éclairée aux chandelles.

« Je suis un frère pour les Musulmans, ma religion me le dit », affirme un autre homme, qui a revêtu un fez ottoman. Pendant ce temps, de l’autre côté de la fracture idéologique, un jeune égyptien sioniste se met en colère quand son père se réfère à Israël, en train de naître, comme de « la Palestine ».

Les drames historiques évoquent rarement juste le passé, évidemment. Madhat al-Adl, l’auteur de la série, a déclaré qu’il souhaitait dépeindre une Egypte cosmopolite dans laquelle « toutes les religions et langues coexistent ».

« Quand une telle coexistence existait, l’Egypte était grande », a argué Adl dans le quotidien égyptien al-Masry al-Youm en février.

« La série ne traite pas seulement des Juifs, mais d’un quartier égyptien connu comme le quartier juif, où les musulmans, les chrétiens et les juifs ont vécu ensemble. On n’a jamais dit ‘celui-ci est un chrétien ou un musulman ou un Juif’ ; ils étaient tous Egyptiens. Par conséquent, nous devons appeler les Juifs rien qu’Egyptiens ».

Reflétant la pensée égyptienne actuellement en vogue, le grand méchant dans le quartier juif – mis à part le sionisme – est le mouvement islamiste des Frères musulmans. Son fondateur égyptien, Hassan al-Banna, qui a été assassiné en 1949, est représenté tandis qu’il cite un verset coranique appelant les musulmans à frapper les infidèles « où qu’ils se trouvent ».

« Nous voyons l’histoire se répéter », a souligné Adl al-Masry al-Youm. Ils [les Frères musulmans] ont essayé de prendre le dessus sur la révolution du 23 juillet [le coup d’Etat de 1952 des officiers libres], mais ont échoué, parce que Gamal Abdel Nasser était un leader avec une stratégie. C’est arrivé à nouveau pendant la révolution du 25 janvier [le début du printemps arabe égyptien] comme les événements le prouvent ».

Les partisans des Frères musulmans avec un portrait du président déchu Mohammed Morsi tandis qu'ils prennent part à un rassemblement pour protester contre les peines de mort pour des membres du groupe radical en Egypte, devant l'ambassade égyptienne à Ankara le 9 avril 2014 (Crédit : AFP PHOTO / ADEM ALTAN)
Les partisans des Frères musulmans avec un portrait du président déchu Mohammed Morsi tandis qu’ils prennent part à un rassemblement pour protester contre les peines de mort pour des membres du groupe radical en Egypte, devant l’ambassade égyptienne à Ankara le 9 avril 2014 (Crédit : AFP PHOTO / ADEM ALTAN)

La leçon implicite dans « Le quartier juif » n’a pas échappé à la critique de cinéma Ola al-Shafii du quotidien égyptien al-Youm as-Sabi ‘. Louant les grandes qualités techniques du film dans un article paru le 31 mai, elle a ajouté que la série est « plus que nécessaire à notre époque actuelle ».

« Le Quartier juif » se remémore d’une époque où le cinéma égyptien fêtait la composition sociale hétérogène du pays et l’intégration.

Le film (arabe) de 1949 « Fatma, Marika et Rachel » raconte l’histoire d’un playboy égyptien qui fait semblant d’être Juif afin de trouver les faveurs d’une jeune femme juive. En 1954, la comédie « Hassan, Morqos et Cohen » (en arabe) raconte l’histoire d’un partenariat commercial entre un Musulman, un Chrétien et un Juif.

Mais l’image romancée de l’Egypte dépeint dans le nouveau feuilleton ne semble pas exciter tous les téléspectateurs potentiels. Un commentateur égyptien l’a décrit sur Facebook comme « un désastre qui attend de se produire ».

« L’aspect positif peut être l’humanisation de certains personnages juifs égyptiens, au moins ceux qui ne seront pas marqués comme des traîtres et présentés avec les yeux écarquillés de colère ».

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