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De jeunes résidents du kibboutz Kfar Aza racontent le carnage du 7 octobre

Les hommes et les femmes du quartier de la "jeune génération" du kibboutz ont vu 11 de leurs voisins assassinés et sept autres pris en otage par des terroristes palestiniens

Ori Lupo, une habitante du kibboutz Kfar Aza, marchant parmi les ruines. (Crédit : Capture d'écran de la Douzième chaîne ; utilisée conformément à l'article 27a de la loi sur le droit d'auteur)
Ori Lupo, une habitante du kibboutz Kfar Aza, marchant parmi les ruines. (Crédit : Capture d'écran de la Douzième chaîne ; utilisée conformément à l'article 27a de la loi sur le droit d'auteur)

De jeunes habitants de Kfar Aza ont raconté comment ils ont vu leur quartier détruit et leurs voisins massacrés ou kidnappés lorsque des terroristes palestiniens du Hamas ont envahi leur kibboutz le 7 octobre.

Sur les 37 résidents du quartier « des jeunes » du kibboutz, 11 ont été assassinés et sept ont été enlevés et emmenés de force dans la bande de Gaza – ils font partie des 1 200 personnes qui ont été tuées et des 240 qui ont été enlevées lorsque des terroristes armés se sont déchaînés sur les communautés du sud d’Israël.

« La plupart des habitants du quartier ont été assassinés, et être quasiment la seule à avoir survécu. Le sentiment de culpabilité est anormal », a expliqué Ori Lupo à la Douzième chaîne.

Parmi les habitants de cette zone désormais pratiquement détruite, on comptait des soldats, des enfants de membres de kibboutz et des jeunes gens qui avaient quitté d’autres régions du pays pour se rapprocher de la nature.

Le reportage de la Douzième chaîne présente un montage d’anciennes images de la vie communautaire animée et décontractée du quartier, où les jeunes résidents se réunissaient sous leur porche, avant que tout cela ne prenne fin lorsque le groupe terroriste palestinien du Hamas a lancé son attaque dévastatrice.

Les survivants ont raconté s’être réveillés au son des tirs de roquettes et des bombardements le matin du 7 octobre, avoir vu les projectiles voler au-dessus de leurs têtes et avoir pris des vidéos depuis l’extérieur de leur maison, ignorant brièvement l’ampleur de l’incursion qui était en train de se produire.

Une vue aérienne du quartier, autrefois animé du kibboutz Kfar Aza, conçu pour ses jeunes résidents. (Crédit : Capture d’écran de la Douzième chaîne ; utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur le droit d’auteur)

Ils ont finalement appris que des terroristes s’étaient infiltrés dans le kibboutz.

Le résident Alon Shamriz avait écrit sur le groupe WhatsApp du quartier : « Ne sortez pas maintenant, restez dans votre mamad [la pièce sécurisée]. » Shamriz a, par la suite, été kidnappé ce jour-là et a été retenu en otage pendant plusieurs mois. Il fait partie des trois otages tués par erreur des soldats de l’armée israélienne à Gaza après avoir échappé à la captivité.

Bar Kislev a raconté avoir vu des dizaines de terroristes faire irruption dans le kibboutz avec des camionnettes et des motos, puis s’approcher du quartier des jeunes.

« Sur le groupe WhatsApp du quartier, tout le monde a commencé à envoyer des messages, comme des dominos tombant l’un après l’autre : ‘Ils sont dans ma maison, ils sont dans ma maison' », a raconté Kislev.

« Venez vite, s’il vous plaît, ils tirent sur ma maison », avait écrit Nirel Zini, avant d’être tué.

« Ils m’ont tiré dessus. Ils m’ont brûlé », a écrit Yuval Solomon, en joignant une photo de sa blessure. « J’en ai poignardé un dans la tête ». Solomon a lui aussi été assassiné par la suite.

Dans un message vocal, Aviad Ederi a chuchoté : « Écoutez, ils sont ici, dans nos maisons. Ils ont kidnappé mon ami. Ils tirent sur toutes les maisons. Prévenez, appelez les gens. Ils pénètrent dans toutes les maisons. »

Ederi a également été tué.

Hadar Haniya et Nadav Alon s’exprimant depuis les ruines du kibboutz Kfar Aza (Crédit : Capture d’écran de la Douzième chaîne ; utilisée conformément à la clause 27a de la loi sur le droit d’auteur).

Hadar Haniya et Nadav Alon ont déclaré avoir entendu des terroristes crier « Allah Akbar » (« Dieu est le plus grand ») et « Massacrez les Juifs » alors qu’ils circulaient librement dans le quartier des jeunes.

« On aurait dit que nous étions à Gaza », a déclaré Haniya. « Ils nous ont envahis », a ajouté Alon.

Haniya a confié qu’elle avait espéré que quelqu’un entendrait leurs messages et les sauverait, mais que « cela ne s’est pas produit ».

Kislev a raconté avoir entendu et vu des preuves de l’enlèvement de certains de ses amis, dont Emily Damari et les frères jumeaux Ziv et Gali Berman.

« J’ai entendu : ‘Tout le monde dehors, les Juifs, tout le monde dehors’. Puis j’ai entendu Ziv dire : ‘Ne tirez pas, je n’ai pas d’arme' », a déclaré Kislev.

« Vers 10h45 ou 11h, j’ai vu la voiture d’Emily prendre la direction d’une rue secondaire, entrer dans le quartier et s’arrêter devant ma maison. J’ai vu l’un des terroristes au volant. J’ai entendu de nombreuses discussions en arabe, des portes claquer, puis j’ai entendu la voiture faire marche arrière et foncer en direction de Gaza », a-t-il raconté, ajoutant qu’il pense que c’était le moment où Damari et les jumeaux Berman ont été enlevés.

Il a décrit avoir entendu un cri, puis avoir vu deux terroristes tenant une femme qu’il n’a pas pu identifier, ainsi que cinq autres personnes les entourant, toutes armées, qui ont commencé à l’emmener, vraisemblablement vers Gaza. Il a ajouté que les enlèvements s’étaient déroulés sur une heure.

« Ils étaient tout simplement euphoriques », a-t-il précisé à propos des terroristes.

Yuri Levin parmi les ruines du kibboutz Kfar Aza. (Crédit : Capture d’écran de la Douzième chaîne ; utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur les droits d’auteur)

Yuri Levin a raconté qu’il s’est caché sous son bureau lorsqu’il a commencé à se rendre compte que sa maison brûlait et qu’il a décidé d’uriner sur la porte pour éteindre et empêcher la propagation des flammes. Il a également ajouté qu’il avait déchiré le tissu de son oreiller pour s’en servir comme masque lorsque la fumée a commencé à envahir la pièce et qu’il n’y voyait plus rien.

« J’ai commencé à me demander ce que les gens pensent avant de mourir. Et j’ai entendu une femme crier de l’autre côté du quartier. J’ai compris qu’ils avaient commencé à prendre des gens en otages », a-t-il déclaré.

Levin a expliqué qu’à un moment donné, il a ouvert la porte et tenté de s’enfuir lorsqu’il a vu « une kalachnikov pointée sur son visage » par un terroriste. Un autre tenait un couteau tandis qu’un troisième brandissait un râteau et une houe en guise d’armes.

L’un des terroristes a commencé à traîner Levin jusqu’à la frontière du kibboutz, lorsqu’il a décidé en une fraction de seconde de courir.

Bar Kislev dans les ruines du kibboutz Kfar Aza. (Crédit : Capture d’écran de la Douzième chaîne ; utilisée conformément à l’article 27a de la loi sur les droits d’auteur)

« En un instant, j’ai décidé de sprinter, et je l’ai entendu courir après moi, je l’ai entendu crier, certainement à l’homme qui se trouvait là-haut avec l’arme pour qu’il vienne me tirer dessus », a-t-il raconté.

Levin a trouvé un buisson dans lequel se cacher, et y est resté pendant trois heures.

Alors que les terroristes tentaient de pénétrer dans son mamad, Eden Abarbnel a déclaré que son petit ami Bar Yatzkan avait suggéré qu’ils s’échappent par la fenêtre.

« J’ai ouvert la fenêtre, seulement la vitre », a raconté Abarbnel. « J’ai senti ce qui se passait à l’extérieur. C’était une terrible odeur. Tout était brûlé, et non pas comme un ‘feu de joie’ brûlé, brûlé comme … », dit-elle en s’interrompant.

« De la chair », dit Yatzkan.

« Une odeur horrible, je l’ai encore dans le nez en ce moment », a ajouté Abarbanel. « J’ai entendu tous les cris en arabe, j’ai refermé la fenêtre et j’ai dit à Bar que si nous nous enfuyions, nous allions certainement mourir – nous restons ici quoi qu’il arrive. »

Lupo, qui s’abritait avec son petit ami Sivan, a raconté avoir entendu des terroristes pénétrer dans sa maison par la fenêtre.

« Je les ai entendus charger leurs armes, s’asseoir sur le canapé, parler entre eux et probablement prendre de la nourriture dans le réfrigérateur. Et puis [ils ont vu] l’uniforme et ils se sont dit les uns aux autres, ‘venez, Tsahal, venez, Tsahal' », a-t-elle raconté.

« Ils ont compris qu’ils avaient un élément à faire valoir, qu’ils avaient trouvé la maison d’un soldat (…). De là, l’un d’eux a reculé, a pointé son arme et a tiré sur la porte », a-t-elle ajouté.

Lupo a dit qu’elle avait alors entendu Sivan lui dire « Je t’aime ». En regardant vers lui, elle l’a vu saigner près de la porte du miklat.

Finalement, après s’être assurée que les terroristes étaient partis, elle a décidé de s’enfuir par la fenêtre avec Sivan, qui était blessé. Alors qu’ils s’enfuyaient, elle dit avoir senti des balles siffler au-dessus de sa tête alors qu’ils couraient le long de la route principale du kibboutz jusqu’à la maison de ses parents.

« Nous avons pris une laisse de chien, nous lui avons fait un garrot (…). Puis nous avons appelé le service de secours du Magen David Adom pour demander une intervention », a-t-elle raconté.

Des soldats israéliens enlevant les corps de civils israéliens du kibboutz Kfar Aza, près de la frontière entre Israël et Gaza, dans le sud d’Israël, le 10 octobre 2023. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

« Attendez patiemment, cela va prendre beaucoup de temps. Il n’y a personne qui puisse venir vous chercher », se souvient-elle.

Yatzkan a déclaré qu’Eden et lui ont commencé à entendre de l’hébreu à 12h50, lorsque les forces spéciales sont arrivées. Cependant, les troupes n’ont pas pu s’approcher en raison du grand nombre de terroristes encore présents dans le quartier des jeunes.

Finalement, le lieutenant-colonel Tomer Grinberg, commandant du 13e bataillon de la Brigade Golani, est arrivé jusqu’à leur appartement et a commencé à maîtriser la bataille, tandis que les troupes secouraient le couple.

Grinberg, qui a été salué pour ses actions ce jour-là et plus tard dans l’opération à Gaza, est tombé au champ d’honneur en décembre dans la bande de Gaza.

Le lieutenant-colonel Tomer Grinberg (Crédit : Armée israélienne)

Haniya et Alon ont dit avoir pensé qu’ils pouvaient quitter leur appartement en toute sécurité vers 5h du matin, le 8 octobre, lorsqu’ils ont entendu les forces de sécurité à proximité. En sortant, ils ont vu un cadavre juste devant leur maison et ont pour la première fois constaté l’ampleur de la dévastation dans le quartier des jeunes.

Alon s’est approché des soldats, qui l’ont soupçonné d’être un terroriste. Un soldat lui a donné un coup de pied dans la poitrine et a crié « terroriste, terroriste ». Puis un autre a tiré un coup de feu qui a atteint le soldat qui lui avait donné un coup de pied.

Après avoir remarqué Haniya, ils ont compris qu’il s’agissait de deux civils.

« C’était une question de secondes. Une de plus et ils auraient continué à me tirer dessus », a déclaré Alon, décrivant la situation chaotique.

« J’ai demandé à l’un des volontaires combien de personnes avaient été tuées. Il m’a répondu que nous ne voulions pas le savoir », a confié Haniya.

Parmi les habitants enlevés à Kfar Aza, Amit Soussana a été libérée le 30 novembre dans le cadre d’un accord d’une trêve négociée par le Qatar et les États-Unis entre le groupe terroriste palestinien du Hamas et Israël.

Shamriz et Yotam Haïm, ainsi que Samar Talalka originaire de la ville bédouine de Hura, ont été abattus par erreur par des troupes israéliennes dans le quartier Shejaiya de Gaza City après s’être échappés de leur captivité.

Ziv et Gali Berman, Emily Damari et Doron Steinbrecher sont toujours retenus à Gaza.

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