De nombreux pays auraient déjà confiné à la place d’Israël, selon une experte
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De nombreux pays auraient déjà confiné à la place d’Israël, selon une experte

L'épidémiologiste Ora Paltiel avertit contre le "manque de confiance dans les décisions gouvernementales" et craint que le système de santé puisse bientôt être mis à mal

Une équipe médicale travaille dans le service du coronavirus du centre médical Shamir, à Beer Yaakov, le 20 août 2020 (Yonatan Sindel/ Flash90)
Une équipe médicale travaille dans le service du coronavirus du centre médical Shamir, à Beer Yaakov, le 20 août 2020 (Yonatan Sindel/ Flash90)

Les autorités d’une grande partie du monde auraient déjà imposé un confinement si elles avaient été confrontées aux taux actuels d’infection en Israël, mais le gouvernement de Jérusalem n’a pas la confiance du public pour mettre en place des mesures fortes, a déclaré jeudi une épidémiologiste de renom.

« Je pense que de nombreux pays auraient déjà mis en place un confinement avec ces chiffres », indique Ora Paltiel, professeure à l’école de santé publique Braun et au département d’hématologie de l’Université hébraïque.

Elle a tenu une présentation auprès de journalistes peu après que le ministère de la Santé a révélé que plus de 3 000 nouveaux diagnostics de Covid-19 avaient été confirmés la veille, établissant un nouveau record, et alors que les ministres envisageaient, semble-t-il, de nouvelles mesures de confinement local.

Ora Paltiel estime que l’une des raisons pour lesquelles de nouvelles mesures strictes n’ont pas été prises jusqu’à présent est « le manque de confiance de la population dans les décisions gouvernementales ». Elle pense également à d’autres raisons, et notamment les conséquences économiques d’un nouveau confinement, et le fait que les hôpitaux ne sont pas encore débordés.

Illustration : une patiente âgée atteinte du Covid-19. (iStock)

Elle a averti qu’il était trop tôt pour avancer que le système de santé israélien allait résister à la pandémie, avertissant qu’une combinaison de grippe et de coronavirus en hiver « pourrait très bien submerger le système de santé ».

Et d’ajouter : « Le système de santé fait face, mais dans quelques semaines, quand nous aurons 3 000 cas par jour pendant quelques jours, et que même 2 % d’entre eux tomberont malades, vraiment malades, alors nous pourrions certainement mettre à mal notre système de santé, qui est sous-financé, sous-déployé et en sous-effectif. »

Faisant une évaluation de la situation actuelle, elle commente : « Il est indéniable qu’une très grave épidémie est en cours et nous avons, parallèlement à l’augmentation du nombre de cas, un nombre accru de cas graves, et la mortalité est également en hausse ».

Il y a actuellement 23 938 cas actifs, avec 855 patients hospitalisés, dont 426 dans un état grave. 976 décès ont été dénombrés.

Ora Paltiel, professeure à l’école Braun de santé publique et du département d’hématologie à l’Université hébraïque. (Crédit : Jared Bernstein)

Selon l’analyse d’Ora Paltiel, la confiance dans les autorités a été fortement ébranlée depuis le premier confinement au printemps, et « cette rupture de la confiance du public est une grande menace pour le gouvernement ».

À la question de savoir si la politique d’Israël imitait désormais celle de la Suède, un pays qui a rejeté le confinement en toutes circonstances, elle répond : « Personne ne le dit explicitement, mais c’est la façon dont les choses se sont déroulées. »

Elle avertit que, s’il a été avancé que la culture suédoise impliquait une certaine distance physique naturelle, ce n’est pas le cas en Israël, où les rassemblements sont fréquents et où les gens ont tendance à s’étreindre et à s’adonner à d’autres formes de contact physique.

Notant que le responsable de la lutte contre l’épidémie, Ronni Gamzu, a été critiqué au sein du gouvernement, elle déplore « un manque de confiance même parmi les décideurs, ce qui rend la prise de décision plus difficile ».

L’experte estime qu’il aurait été sage de retarder la réouverture des écoles, et qu’il est clair que la reprise des cours rend plus probable la propagation du virus.

Elle rappelle que les écoles ultra-orthodoxes ont rouvert il y a environ 10 jours, et qu’il y a déjà eu une augmentation des infections parmi leurs élèves. Elle trouve « très inquiétant » que Chaim Kanievsky, un grand rabbin de la communauté ultra-orthodoxe, ait donné l’ordre aux élèves de yeshiva de ne pas se soumettre à un test de dépistage du coronavirus, afin d’éviter la fermeture des écoles et les quarantaines de masse.

Au sujet du système éducatif général, Ora Paltiel explique que, comme il n’a repris qu’il y a deux jours, il est trop tôt pour évaluer le niveau de transmission. Cependant, elle a fait valoir que les chefs d’établissement n’étaient pas allés assez loin dans la limitation de la taille des groupes dans les écoles pour réduire les risques d’infection, affirmant qu’il est « préoccupant » que les jardins d’enfants et les élèves de CP et CE1 se retrouvent dans des classes à plein effectif.

« Nous n’avons pas été assez bons dans la planification de la réduction de la taille des classes pour tous les enfants », souligne-t-elle.

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