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Deborah Lipstadt exhorte à « prendre au sérieux » toutes formes de haine

L'envoyée à la lutte contre l'antisémitisme a noté dans son tout premier discours que la haine anti-juive "ne vient pas d'un seul bord politique" mais qu'elle est "omniprésente"

Deborah E. Lipstadt, nominée au poste d'envoyée dans la lutte contre l'antisémitisme avec le rôle d'ambassadrice, pendant une audience de la commission des Affaires étrangères au sénat, au Capitole, à Washington, le  8 février 2022. (Crédit : AP Photo/Andrew Harnik)
Deborah E. Lipstadt, nominée au poste d'envoyée dans la lutte contre l'antisémitisme avec le rôle d'ambassadrice, pendant une audience de la commission des Affaires étrangères au sénat, au Capitole, à Washington, le 8 février 2022. (Crédit : AP Photo/Andrew Harnik)

WASHINGTON (JTA) — L’antisémitisme n’est souvent pris au sérieux que lorsqu’il devient meurtrier, a déclaré Deborah Lipstadt, spécialiste de la Shoah dont la nomination au poste d’envoyée à la lutte contre l’antisémitisme a été retardée alors qu’elle devait être approuvée à sa fonction par des sénateurs républicains furieux contre les critiques qu’elle avait pu avoir à l’égard de leur parti, dans le passé.

Lipstadt a choisi le musée du mémorial de la Shoah américain pour son tout premier discours prononcé jeudi depuis sa confirmation, au mois de mars, par le sénat.

Elle a tenu sa promesse faite aux sénateurs républicains, pour le moins sceptiques, de s’attaquer et de dénoncer la haine antijuive de part et d’autre de l’échiquier politique.

« L’antisémitisme ne vient pas d’un seul bord du spectre politique », a déclaré Lipstadt. « Il est omniprésent et il réunit des gens qui, par ailleurs, ne s’accordent sur rien d’autre – ou, pour le dire mieux, sont en désaccord sur tout le reste. »

Elle a évoqué la menace provenant de l’extrême-droite, mentionnant la marche néonazie de Charlottesville qui avait convaincu le président Joe Biden, responsable de sa nomination au poste, de se présenter à la présidence. Mais elle a aussi fait allusion à ses frustrations à gauche.

« Trop souvent, quand il y a un acte d’antisémitisme, ceux qui le condamnent ne parviennent pas à se focaliser spécifiquement sur ce préjugé particulier », a-t-elle déploré. En 2019, des groupes juifs, des républicains et certains démocrates juifs avaient été mécontents quand une résolution condamnant l’antisémitisme avait été amendée pour inclure la condamnation d’autres formes de fanatisme, notamment l’islamophobie.

Dans son discours et, plus tard, dans un entretien avec Sara Bloomfield, directrice du musée, Lipstadt a indiqué que l’antisémitisme n’était souvent pris au sérieux que trop tardivement.

« Il y a trop de gens, il y a trop d’organisations et trop d’institutions qui ne prennent pas au sérieux l’antisémitisme », a-t-elle continué. « Ils sont incapable de l’inclure dans leur longue liste des haines légitimes développées sur la base des préjugés. Ils se demandent de quoi les Juifs se plaignent… Après tout, ils sont riches et ils sont puissants ».

S’exprimant auprès de Bloomfield, elle a estimé que les populations ne parvenaient pas à prendre l’antisémitisme au sérieux avant qu’il ne devienne meurtrier, citant les attaques anti-juives survenues à Pittsburgh en 2018, dans le New Jersey en 2019 et à Paris en 2015. « Puis ils arrêtent tout à coup mais c’est comme s’ils n’avaient pas pris la menace au sérieux, au moins au premier regard, comme c’est pourtant le cas pour de nombreuses autres victimes d’oppression », a dit Lipstadt.

Deborah Lipstadt, choisie au poste d’envoyée spéciale dans la lutte contre l’antisémitisme par le président Joe Biden, témoigne dans le bâtiment du Dirksen Office, près du capitole, le 8 février 2022. (Crédit : Ron Kampeas/JTA)

Le poste d’envoyée à la lutte contre l’antisémitisme avait été mis en place en 2004 pour suivre l’antisémitisme à l’étranger et offrir des recommandations permettant de s’y attaquer aux différents gouvernements dans le monde, mais Lipstadt a noté que les choses étaient dorénavant bien plus floues. Elle a fait remarquer la prise d’otages survenue dans une synagogue à Colleyville, au Texas, au mois de janvier, dont l’auteur avait été un musulman britannique radicalisé. « Il est de plus en plus dur de faire la différence entre l’antisémitisme étranger et celui qui sévit dans le pays », a-t-elle déclaré.

Un point de vue également adopté par son prédécesseur, Elan Carr, qui a travaillé sous l’administration Trump – qui était aussi présent lors du discours et que Lipstadt a mentionné dans son allocution. Autre clin d’œil au travail de continuité qui sera réalisé par rapport à l’administration Trump, Lipstadt a salué les Accords d’Abraham qui ont permis à Israël de normaliser les liens diplomatiques avec quatre pays arabes et qui avaient été négociés au cours des derniers mois du mandat de Trump.

« En travaillant avec les pays qui ont signé les Accords et opté pour la normalisation, nous pouvons nous attaquer à une forme d’antisémitisme extrémiste violent qui a souvent des conséquences meurtrières », a-t-elle dit.

Un certain nombre de républicains s’étaient opposés à la nomination de Lipstadt, qui avait été en conséquence retardée, parce que lorsqu’elle faisait campagne pour Biden, elle avait fustigé l’administration Trump qui, selon elle, montrait des tendances fascistes. Elle avait aussi estimé qu’une déclaration faite par le sénateur républicain du Wisconsin, Ron Johnson, relevait « du suprématisme blanc ».

Ces propos tenus par une spécialiste reconnue et très respectée de la Shoah avaient entraîné la colère des républicains mais la communauté juive s’était rassemblée derrière elle. Elle avait rassuré les républicains en affirmant qu’elle serait non-partisane dans son rôle d’envoyée et elle a été finalement confirmée dans sa fonction par un vote bipartisan.

Dans son discours, Lipstadt s’en est pris aux responsables russes pour leur négationnisme « discret » de la Shoah en raison de leur affirmation que leur invasion de l’Ukraine aurait été décidée pour « dénazifier » le pays.

Lipstadt a dit qu’elle était « scandalisée par cette exploitation de l’histoire et des souffrances de la Shoah et de la Seconde guerre mondiale pour une guerre qui a été décidée de sang-froid ».

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