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Début du procès du policier qui avait tué un autiste palestinien

Iyad Halak, 32 ans, avait été abattu il y a 21 mois par un agent qui l'avait pris pour un terroriste dans la Vieille Ville de Jérusalem

Les membres de la famille d'Iyad Halak, un jeune autiste de 32 ans qui avait été abattu dans la Vieille Ville de Jérusalem, après l'audience du procès du policier des frontières accusé d'avoir tué le trentenaire à la Cour de district de Jérusalem, le 27 février 2022. (Crédit :  Yonatan Sindel/Flash90)
Les membres de la famille d'Iyad Halak, un jeune autiste de 32 ans qui avait été abattu dans la Vieille Ville de Jérusalem, après l'audience du procès du policier des frontières accusé d'avoir tué le trentenaire à la Cour de district de Jérusalem, le 27 février 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le procès de l’agent de la police des frontières qui avait ouvert le feu et mortellement blessé Iyad Halak, un autiste palestinien, dans la Vieille Ville de Jérusalem a débuté dimanche, après presque deux ans de querelles judiciaires.

La mort de Halak avait fait les gros titres en Israël et dans le monde entier. Le département des enquêtes internes de la police, placé sous l’autorité du ministère de la Justice, avait enquêté sur les faits et l’un des deux agents qui se trouvaient sur les lieux avait été finalement mis en examen pour homicide involontaire par négligence.

Environ 21 mois plus tard, l’agent de la police des frontières – dont le nom est soumis à un embargo – est arrivé à la Cour de district de Jérusalem pour y être jugé, portant un masque et entouré par ses collègues. S’il est reconnu coupable, l’homme est passible d’une peine maximale de douze ans de prison.

Quelques dizaines de manifestants de droite et de gauche se trouvaient sur les trottoirs de la rue accueillant le palais de justice, dimanche matin. Le député d’extrême-droite Itamar Ben-Gvir a qualifié Halak et sa mère de « terroristes » dans des slogans furieux, ont indiqué les témoins. D’autres Israéliens de droite ont brandi des panneaux qui disaient « N’abandonnons aucun de nos soldats ».

Rana Halak, submergée par l’émotion, s’est effondrée sur le trottoir. « C’était tout simplement trop pour moi et je me suis évanouie », a-t-elle dit au Times of Israël.

La famille Halak a critiqué la lenteur de la procédure, évoquant un « affront fait à la justice ». Elle a aussi appelé à ce que des chefs d’inculpation plus durs soient retenus à l’encontre de l’agent qui a tué Halak.

« On nous traîne de procédure en procédure. Tout ce que nous voulons, c’est que l’agent qui a tué notre fils soit enfin jugé. Tout ce que nous voulons, c’est la justice », a déclaré Halak.

Selon l’avocat de la famille, Khalid Zabarqa, la prochaine audience n’aura pas lieu avant le 9 mai.

« Quand un Juif est tué, alors ils agissent. Mais quand notre fils a été tué, on a retardé les choses, on a tenté de couvrir ce qui s’était passé. C’est du racisme. Et cela entraîne la haine entre les deux peuples », a dit Halak.

Rana, mère de Iyad Halak, 32 ans, montre sa photo à leur domicile à Wadi Joz à Jérusalem-Est, le 30 mai 2020. (AP Photo/Mahmoud Illean)

Halak a ajouté que sa famille avait reçu de nombreux appels téléphoniques menaçants. « On se fait insulter et on nous dit qu’on devrait mourir, comme Iyad. On ne nous laisse jamais tranquilles », a-t-elle poursuivi.

Dans cette affaire, le Parquet avait finalement décidé de ne pas poursuivre l’autre agent présent sur les lieux, un commandant de la police locale. « Après avoir examiné toutes les circonstances de l’incident, décision a été prise de fermer son dossier dans la mesure où aucun délit criminel n’est apparu dans sa conduite », avait déclaré un porte-parole des enquêtes internes de la police en 2020.

Le 30 mai 2020, Iyad Halak, un résident de Wadi Joz, avait quitté son domicile pour se rendre dans une institution accueillant des personnes en situation de handicap à Jérusalem-Est. Halak faisait régulièrement le trajet vers cet établissement, où il travaillait et étudiait depuis des années.

Selon le Parquet, les agents de la police des frontières avaient été avertis qu’un terroriste se trouvait dans la zone. Ils avaient remarqué Halak, qui tenait à la main un téléphone cellulaire noir qu’ils avaient confondu avec une arme.

Deux policiers, dont un commandant de la police des frontières, avaient pris en chasse Halak, lui demandant de décliner son identité. Le jeune trentenaire, apparemment terrifié, avait pris la fuite.

Les deux agents l’avaient poursuivi dans les rues. Malgré les nombreuses caméras présentes sur les lieux, il n’y avait eu aucune preuve vidéo ni de la poursuite ni de la fusillade elle-même, selon le département des enquêtes internes.

Halak s’était réfugié dans un local à poubelles. L’un des policiers avait alors ouvert le feu sur l’autiste en-dessous de l’abdomen.

D’autres agents étaient alors arrivés sur les lieux. Un officier de police avait interrogé Halak sur l’arme qu’il paraissait transporter, selon l’acte de mise en examen.

« Halak s’était légèrement redressé, il avait désigné la femme [ qui l’accompagnait vers l’institution et qui l’avait suivi jusque-là, affolée] et il a murmuré quelque chose », a remarqué l’acte d’inculpation. Les agents ont alors posé la question à l’accompagnante initialement chargée de s’occuper de lui, Warda Abu Hadid.

« Quelle arme ? », avait-elle répondu.

Pendant cet échange, le même policier avait encore une fois ouvert le feu et il avait tué Halak sans justification apparente, selon les procureurs.

Les avocats de la défense de l’agent, de leur côté, ont qualifié « d’intolérable » l’acte de mise en examen. La défense affirme que l’agent qui a tué Halak avait ouvert le feu de bonne foi dans un contexte de tensions dans la Vieille Ville de Jérusalem-Est.

« Il a agi rapidement dans le cadre d’une opération tendue qui n’a duré que quelques secondes face à un homme qui avait été identifié comme étant un terroriste dangereux armé », a fait savoir le cabinet d’avocats Efrat Nahmani-Bar dans un communiqué.

« Avec le recul, il s’est avéré que Halak était un homme en situation de handicap. Mais il était impossible de le prévoir », a ajouté le communiqué.

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