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Décès d’Albert Seifer, enfant caché pendant la Shoah et militant de la mémoire

Caché dans un couvent du Lot pendant la Shoah, l’homme est devenu médecin ainsi que, plus tard, délégué régional du Comité français pour Yad Vashem

Albert Seifer. (Crédit : Yad Vashem)
Albert Seifer. (Crédit : Yad Vashem)

Le Dr. Albert Seifer, enfant caché survivant de la Shoah et ancien président délégué de la région Midi-Pyrénées du comité français pour Yad Vashem, est décédé, a rapporté sur Facebook le Musée de la Résistance et de la Déportation de la Haute-Garonne. Il était âgé de 86 ans.

Sa famille, d’origine polonaise, a fui l’antisémitisme et s’est réfugiée en France dans les années 1930. Fils de marchands forains juifs, son père a été déporté à Auschwitz tandis que sa mère décidait de cacher ses enfants. Ainsi, le jeune Albert avait 8 ans quand, en mars 1943, il est arrivé avec sa sœur Berthe au convent de Notre-Dame-de-Massip, à Capdenac (Lot).

« De décembre 1942 à mai 1944, j’ai été avec ma sœur Berthe et 84 autres enfants juifs, caché dans le couvent. Suite aux rafles qui se multipliaient, l’une des amies de ma mère l’a informée de cette possibilité pour mettre les enfants à l’abri. Je n’oublierais pas le courage de Sœur Bergon qui avait été influencée par la lettre pastorale de Mgr Saliège, l’archevêque de Toulouse qui lui avait demandé de participer concrètement au sauvetage des enfants juifs », expliquait-il en 2015 lors d’une cérémonie récompensant un couple de Justes parmi les nations. « Il a demandé à Denise Bergon de cacher des enfants juifs, lui disant : ‘Mentez, je vous donne par avance toutes les absolutions’ », disait-il en 2012.

Les enfants passaient ainsi pour de « bons petits chrétiens réfugiés de l’est de la France ». « Les garçons – il y avait une majorité de filles à Massip – allaient à l’école communale de Saint-Julien-d’Empare, une classe unique dirigée par Mlle Curonnet. Nous assistions aux messes et avions appris toutes les prières. J’ai même été enfant de chœur. En cas d’alerte, les bijoux et nos papiers étaient cachés et l’on se cachait dans les bois ou dans un minuscule souterrain, situé sous la chapelle et où il fallait se coucher », disait Albert Seifer.

Sœur Bergon a finalement pris peur en mai 1944, quand la division Das Reich est remontée – la même qui a perpétré les massacres de Tulle et d’Oradour-sur-Glane. « Sœur Bergon, qui nous a témoigné beaucoup d’affection, a donc demandé aux parents de venir chercher leurs enfants, elle qui avait eu l’intelligence de ne pas envoyer les lettres que nous avions écrites pour eux. » Sa mère est ainsi venue chercher ses enfants en juin 1944.

Nous avons appris avec tristesse le décès de Monsieur Albert Seifer. Sa famille, polonaise, fuit l'antisémitisme et se…

Posted by Musée de la Résistance et de la Déportation de la Haute-Garonne on Thursday, January 20, 2022

Au sujet de son père, Albert Seifer expliquait « qu’après avoir fui dans les années 1930 avec sa famille l’antisémitisme en Pologne pour la France, il avait rejoint, en 1942, la Résistance. C’est au cours de la distribution de tracts clandestins, à Toulouse, qu’il a été arrêté. Torturé à la prison de Saint-Michel pendant trois mois, il n’a jamais parlé. Las, la Gestapo l’a fait déporter. Après trois jours sans manger, il est arrivé à Auschwitz où il a passé la première sélection, évitant de peu la chambre à gaz en levant la main lorsque les SS demandaient s’il y avait dans leur rang des coiffeurs. Mon père coiffeur ! C’était un commerçant en textile (rires) ».

« Il a rasé et tondu les déportés du camp et les SS. Lors d’une nouvelle sélection pour la chambre, il a été, encore, sauvé ; cette fois par un SS qu’il avait rasé. La troisième fois, il savait que c’était la bonne. Ce jour-là, il s’est mis à courir dans le camp et non sans avoir reçu des coups de crosse d’un SS, il a déboulé dans le bloc médical du camp où les médecins l’ont caché sous des planches. »

« Janvier 1945, Auschwitz a été évacué. Mon père a fait partie de la Marche de la mort pour Mathausen dont il a survécu. Ce n’est finalement qu’en avril 1945 qu’il a été libéré par les Américains. Il pesait 38 kg. Il restait encore trois mois en Allemagne pour aider les Américains à trouver les SS cachés. La plus grande joie de ma vie fut de retrouver mon père dont j’avais été séparé pendant deux ans et demi. »

« Vrai miracle, toute la famille Seifer est saine et sauve. Sauf que, mon père a allumé des veilleuses à l’occasion d’une fête religieuse juive. Je lui ai dit que c’était dangereux, ces flammes près du gaz. On a compté les veilleuses. Il y en avait quarante. Une par membre de la famille paternelle disparu. »

L’homme est devenu médecin ainsi que, plus tard, délégué régional du Comité français pour Yad Vashem. À ce titre, il a œuvré à retrouver et honorer plusieurs Justes parmi les nations et n’a jamais cessé d’avoir une pensée pour le Cardinal Saliège chaque 30 octobre, jour anniversaire de sa mort.

Il laisse derrière lui sa veuve, Renée, ses enfants et petits-enfants.

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Posted by Hebraica Toulouse on Wednesday, January 19, 2022

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