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Décès de Tom Tugend, vétéran de 3 guerres et correspondant émérite de la JTA

Ce journaliste avait combattu avec les Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, pris part à la guerre d’indépendance d’Israël et couvert l’actualité juive pendant près de 60 ans

Tom Tugend, chez lui à Los Angeles, le 3 août 2021. (Crédit : Jacob Gurvis)
Tom Tugend, chez lui à Los Angeles, le 3 août 2021. (Crédit : Jacob Gurvis)

JTA — C’est typiquement le genre d’histoire que Tom Tugend aurait aimé raconter, sauf que c’est cette fois-ci, c’est l’histoire de sa vie.

Tugend quitte Berlin en 1939, à l’âge de 13 ans, le jour de l’anniversaire d’Adolf Hitler, chassé par les croix gammées omniprésentes dans la ville.

Six ans plus tard, il est de retour en Allemagne, cette fois sous l’uniforme américain, chargé d’interroger les nazis qui ont poussé sa famille à l’exil.

« J’avais été réfugié quelques années auparavant », expliquait Tugend à la Jewish Telegraphic Agency en 2021. « Ils m’avaient chassé, ils s’étaient rendus maîtres des lieux. Et soudain, ils étaient on ne peut plus gentils avec nous. Et bien sûr, leurs meilleurs amis étaient Juifs. »

Tom Tugend, qui a livré trois guerres – deux pour les États-Unis et une pour Israël – a été pendant des dizaines d’années correspondant des médias juifs, spécialiste de Hollywood.

Il est décédé chez lui, mercredi, à Sherman Oaks, en Californie, à l’âge de 97 ans, a déclaré sa fille Alina.

« C’était quelqu’un de profondément sincère : ceux qui le connaissaient le savaient bien », confiait Alina Tugend à la JTA, ce jeudi.

« Pour beaucoup d’entre nous, c’était un vrai héros. »

Tugend était également connu pour sa grande gentillesse et son absolue douceur, qualités qu’il avait une fois encore démontrées lors d’une interview accordée l’an dernier à la JTA, dans laquelle il évoquait des anecdotes de son existence, des canons antichar frappés de croix gammées qu’il opérait en Égypte à son expérience de l’antisémitisme en tant que jeune immigrant allemand aux États-Unis.

Né en 1925, Tugend grandit dans une famille juive allemande aisée. Son père, Gustav Tugendreich, pédiatre reconnu, comprend très tôt le danger de l’ascension d’Hitler et part pour les États-Unis au milieu des années 1930, après avoir obtenu un poste de conférencier au Bryn Mawr College, en Pennsylvanie.

Dès que possible, il demande à sa famille de venir le rejoindre, mais la vie est encore agréable en Allemagne et les siens attendent jusqu’à la dernière minute. Ils le rejoignent enfin, quatre mois avant le début de la Seconde Guerre mondiale.

C’est le 50e anniversaire d’Hitler, le 20 avril : les arbres et poteaux de la ville arborent de gigantesques bannières frappées de la croix gammée.

« Ils n’aimaient peut-être pas les Juifs, mais c’était très gentil de leur part de nous offrir des adieux aussi grandioses », ironisait Tugend, en 2021, dans un éclat de rire.

La vie aux États-Unis n’est pas facile, au début, car la famille est en butte à l’antisémitisme.

En quatrième, la classe de Tugend étudie Le Marchand de Venise de Shakespeare et son personnage principal, le célèbre Shylock, prêteur juif de sinistre mémoire. L’un des camarades de classe de Tugend, qu’il considère comme son ami, demande au professeur : « Ne serait-il pas préférable d’acheter à un Américain plutôt qu’à un Juif ? »

« C’est quelque chose que je n’évoque généralement pas, parce que j’ai du mal à reconnaître que j’ai connu des moments difficiles aux États-Unis, plus difficiles que ceux que j’ai vécus en Allemagne  », confiait Tugend.

Très actif, il s’engage dans l’armée à l’âge de 18 ans et se trouve confronté à plus d’antisémitisme encore.

Déployé en mars 1944 en Europe, il passe du temps à Marseille, en soutien à l’armée française dans son combat contre les unités SS.

Lorsque ses commandants apprennent qu’il parle couramment Allemand, ils l’envoient en Allemagne interroger les nazis.

Il retourne aux États-Unis en mars 1946 mais a toujours la bougeotte. Deux ans plus tard, une nouvelle opportunité se présente.

« Comme l’occasion de créer un État juif ne se présente que tous les 2 000 ans, je craignais de louper le coche », s’amusait-il.

Il rejoint les rangs de la toute jeune armée israélienne, qui se procure du matériel où elle peut.

Tugend est chef d’escouade dans une unité antichar anglophone, où on utilise des canons allemands revêtus de grandes croix gammées.

À la fin de cette guerre, Tugend retourne en Californie terminer ses études de journalisme. Son séjour est une nouvelle fois de courte durée, car il s’engage à nouveau en 1950 mais, cette fois, il n’est pas envoyé au front mais à San Francisco, pour contribuer à un journal militaire.

Après la Corée, disait Tugend, il se consacre à l’écriture, faute de guerres. Pendant 30 ans, il donne des cours à l’Université de Californie, à Los Angeles, tout en menant en parallèle, à partir de 1964, une carrière de journaliste spécialisé dans les questions juives. Il contribue au Jerusalem Post, au Jewish Chronicle et au Jewish Journal of Greater Los Angeles. Pendant des dizaines d’années, il est correspondant de la Jewish Telegraphic Agency sur la côte ouest.

Retrouvez ici les articles de Tom Tugend pour le Times of Israël

Lisa Hostein, ex-rédactrice en chef de la JTA et actuelle rédactrice en chef de Hadassah Magazine, se rappelle avoir rencontré Tugend lors d’un voyage de presse en Argentine en 1986. Elle déclarait à la JTA, l’an dernier, que Tugend était « un grand professionnel doublé d’un véritable gentleman ».

Au fil des ans, Tugend est récompensé par le Greater Los Angeles Press Club et la Society of Professional Journalists. Il reçoit également un prix pour l’ensemble de sa carrière de la part de l’American Jewish Press Association.

Son dernier article publié date du mois dernier, dans le Jewish Journal de Los Angeles : il s’agit de la nécrologie d’Edward Robin, philanthrope et homme d’affaires de Los Angeles, mort à l’âge de 80 ans, 17 plus jeune que Tugend.

Quelques semaines avant sa propre mort, Tugend insufflait encore à ses écrits sa patte, toute en chaleur et générosité.

« Il faudrait presque un livre pour énumérer la liste des responsabilités qu’il a assumées au sein des organisations juives du monde entier », écrivait Tugend à propos de Robin.

Une nouvelle fois récompensé à l’occasion du gala du Jewish Journal, le mois dernier, auquel il assistait, Tugend disait ne pas s’être départi de son goût pour l’écriture. « J’ai toujours un certain plaisir à voir ma signature », confiait-il à la JTA l’an dernier.

Tugend laisse derrière lui celle qui fût son épouse pendant 66 ans, Rachel, ainsi que leurs filles, Alina Tugend, Orlee Raymond et Ronit Austgen.

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