Des archéologues auraient trouvé le site de naissance de l’apôtre Pierre
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Des archéologues auraient trouvé le site de naissance de l’apôtre Pierre

La localité romaine de Julias, où vivaient, selon les Evangiles, Pierre, son frère André et Philippe, 3 des 12 apôtres, serait située non loin de l'endroit où débouche le Jourdain

Objets découverts pendant les fouilles de Bethsaïde (dans le sens horaire) : pièce e bronze d'e-Tell, mmbre de l'équipe d'el-Araj, porte de la ville sur le site d'el-Araj. (Crédit : autorisations)
Objets découverts pendant les fouilles de Bethsaïde (dans le sens horaire) : pièce e bronze d'e-Tell, mmbre de l'équipe d'el-Araj, porte de la ville sur le site d'el-Araj. (Crédit : autorisations)

Des archéologues israéliens et américains pensent avoir trouvé le site de naissance ou de résidence de Pierre et de deux autres apôtres compagnons de Jésus sur les bords du lac de Tibériade, dans le nord d’Israël, a indiqué lundi l’un d’eux à l’AFP.

Mordehaï Aviam, du Kinneret College, Institut universitaire du lac de Tibériade, pense que les deux campagnes de fouilles qu’il vient d’achever avec des collègues américains ont permis de découvrir le site de l’ancienne localité romaine de Julias.

Or celle-ci, selon l’historien romain Flavius Josèphe, a été construite vers l’an 30 sur les ruines de Bethsaïde, un village de pêcheurs sur les bords du lac de Tibériade où, selon les Evangiles, Pierre, son frère André et Philippe, trois des douze apôtres, sont nés ou vivaient.

« Josèphe a rapporté que le roi avait amélioré Bethsaïde, transformant le village en polis, une vraie ville, a expliqué Aviam à Haaretz. Il n’a pas dit si elle avait été construite sur ou sous ou à côté [du village]. Et dans les faits, pendant tout ce temps, nous ne savions pas où elle était. Mais les bains publics attestent de l’existence d’une culture urbaine. »

Morceaux de poterie retrouvés sur le site d'el-Araj, à Bethsaïde, en 2016. (Crédit: autorisation du Dr Mordechai Aviam)
Morceaux de poterie retrouvés sur le site d’el-Araj, à Bethsaïde, en 2016. (Crédit: autorisation du Dr Mordechai Aviam)

Les archéologues ont cherché de longue date à localiser l’ancienne Julias, envisageant principalement trois sites différents.

L’un de ces sites, le seul fouillé jusqu’alors, avait bien été identifié comme un « candidat valable », rapporte Mordehaï Aviam. Mais il est à présent remis en cause par les fouilles menées jusqu’à la semaine dernière, à quelques kilomètres de là, sur un des deux sites non explorés, El Araj, ajoute-t-il.

Les archéologues ont atteint le niveau de la période romaine. « Nous avons mis au jour des fragments de poterie, des pièces de monnaie, ainsi que les vestiges d’un bain public, ce qui tend à prouver qu’il ne s’agissait pas d’un petit village, mais d’une localité pouvant correspondre à Julias », dit-il.

« Sur la base de ces découvertes, nous pensons que ce site a de fortes chances d’être situé à l’emplacement de Bethsaïde », a-t-il ajouté.

Le site fouillé, non loin de l’endroit où débouche le fleuve Jourdain, se trouve à quelques centaines de mètres du lac de Tibériade, a constaté un photographe de l’AFP. Mais le niveau du plan d’eau était beaucoup plus élevé à l’époque.

Mordehaï Aviam a exprimé l’espoir que de nouvelles fouilles permettent de remonter dans le temps et d’atteindre le niveau de la période juive pour confirmer ses présomptions.

Rami Arav (autorisation)
Rami Arav (autorisation)

Cependant, selon le directeur de l’équipe de fouilles de la Vallée de Bethsaïde, qui étudie depuis des décennies un site concurrent, e-Tell, ces découvertes ne permettent pas de conclure sur la localisation de la ville « perdue ». De plus, il affirme l’avoir déjà trouvée.

Rami Arav, professeur de religion et de philosophie à l’université du Nebraska à Omaha et codirecteur des fouilles du nord de Bethsaïde sur le lac de Tibériade, fouille le site d’e-Tell depuis 1897. Il dirige le Consortium du projet de fouilles de Bethsaïde, qui regroupe 30 universitaires de 18 institutions internationales.

Arav a expliqué par e-mail au Times of Israël que la découverte de la couche romaine « ne suffit pas à identifier un endroit comme Bethsaïde, il y a plus d’évidences, que les fouilles d’El Araj n’ont pour l’instant pas rempli », notamment la découverte d’objets datant du deuxième siècle et de la première moitié du premier siècle, et un centre de culte dédié à Livia/Julia.

« Tout ceci, et bien plus encore, a été découvert à e-Tell, et par conséquent, e-Tell a été identifié comme Bethsaïde, ce qui a été confirmé par le comité des noms de lieux du Premier ministre d’Israël », a écrit Arav.

Les archéologues d’El-Araj ne sont cependant pas convaincus.

« Les preuves accumulées par plus de 20 de fouilles ne permettent pour l’instant pas de démontrer leur affirmation, qu’e-Tell est la Bethsaïde du premier siècle. L’altitude et l’éloignement du lac, ainsi que le déclin inexpliqué de la culture matérielle au début de la période romaine précoce, remettent en cause l’identification d’e-Telle comme étant la ville perdue de Bethsaïde », selon leur site internet.

Une stèle de basalte décorée d'une tête de taureau de Bethsaïde, datant du 8e siècle avant notre ère. (Crédit : musée d'Israël)
Une stèle de basalte décorée d’une tête de taureau de Bethsaïde, datant du 8e siècle avant notre ère. (Crédit : musée d’Israël)

Y a-t-il eu deux Bethsaïde ?

L’histoire de Bethsaïde précède l’aube du christianisme. La région est occupée depuis au moins 3 500 ans, pendant le premier âge du Bronze, comme le montrent les ruines de dolmens antiques, qui peuvent être visitées dans la réserve naturelle de la vallée de Bethsaïde.

La Bible décrit le lieu comme une région désirable et stratégique. Selon un article publié en 2000 dans Biblical Archaeology Review par Arav et l’équipe d’archéologues qui a fouillé le site d’e-Tell, « au dixième siècle avant l’ère commune, Bethsaïde était au cœur du petit royaume de Geshur. »

La ville-état de Geshur apparaît dans les tablettes cunéiformes dites des lettres d’el-Amarna, qui sont majoritairement des lettres échangées entre pharaons égyptiens et gouverneurs de leurs territoires conquis, notamment en Terre Sainte.

La force militaire du royaume de Geshur était importante, selon la Bible. Dans le Livre de Josué, il est écrit que « les Israélites n’ont pas réussi à déposséder les Geshurites et les Maacathites, et Geshur et Maacah demeurent parmi les Israélites jusqu’à ce jour. » Sur la base des preuves archéologiques d’une ville impressionnante découvertes sur le site d’e-Tell correspondant à la période israélite, Arav et son équipe ont supposé que Bethsaïde était la capitale de Geshur.

Le site de Bethsaïde d'e-Tell, tiré du rapport de fouille de 2016. (Crédit : autorisation)
Le site de Bethsaïde d’e-Tell, tiré du rapport de fouille de 2016. (Crédit : autorisation)

Par le mariage de Maachah, la fille du roi Talmai de Geshur, au roi David, la Bethsaïde du dixième siècle précédant l’ère commune « s’est alliée avec le roi David et sa dynastie (en conséquence, Bethsaïde a intégré de nombreuses influences culturelles israélite). » Maachah était la mère d’Absalom, qui a assassiné son demi-frère Amnon et fuit dans le pays natal de sa mère, Geshur. Les relations ont été reformées quand la fille d’Absalom, Maachah, a épousé le fils de Salomon, Réhoboam, roi de Judée.

La période du deuxième Temple a vu l’épanouissement de l’implantation et des activités en Galilée, alors que de nombreux Juifs fuyaient la région de Jérusalem, où la vie était rendue difficile par l’occupation romaine. Sous Josèphe, elle avait été fortifiée avant la grande révolte juive contre Rome de l’an 67.

La viabilité potentielle des trois sites de Bethsaïde – le troisième, el-Mesydiah, situé à environ deux kilomètres de l’embouchure du Jourdain, n’a pas encore été fouillé – et a mené certains universitaires à se demander s’il y avait eu plus qu’une implantation portant ce nom.

« Il est vrai qu’il existe Degania Alef et Degania Beth, et Ein Harod Ihud et Ein Harod Meuhad. Mais contrairement à ces merveilleux exemples modernes, il n’y a pas de tel cas dans l’Antiquité, en particulier avec une telle proximité », a indiqué l’archéologue Arav.

« Les pêcheurs d’e-Tell ont abandonné le site parce qu’il était devenu trop éloigné du lac, et ils sont allés plus au sud, sur la côte »
Rami Arav

« J’ai suggéré il y a longtemps qu’el-Araj est devenue Bethsaïde pendant la période byzantine [du 4e au 6e siècles de notre ère], après qu’une catastrophe géologique a repoussé plus au sud la côte nord du lac de Tibériade. A cette période, les pêcheurs d’e-Tell ont abandonné le site parce qu’il était devenu trop éloigné du lac, et ils sont allés plus au sud, sur la côte », a dit Arav.

« Alors les arrières-arrières-petits-enfants de la Bethsaïde du premier siècle ont emménagé trois-cents ans après sur leur nouvel emplacement, à el-Araj. Peut-être l’ont-ils appelé Nouvelle-Bethsaïde », a écrit Arav.

Le site découvert à el-Araj ne sera pas ouvert dans l’immédiat au public, a précisé Mordehaï Aviam, du Kinneret College.

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